‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 27 sur 149 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

de la Réforme le clergô ne se relâcha en rien de sa rigueur contre les hérétiques. Arme des lois rendues contre eux, ii s'en servit. Toutefois, dans la lutte qu'il soutenait contre les luthériens, il sentit la nécessité de demander h la presse des armes contre la presse. Le purgatoire était attaqué avec une ardeur sans égale ; en vérité, il menaçait ruine. Le clergé le sentit : pour conjurer l'orage, ii fit paraître un livre intitulé : Merveilleuse histoire de l'esprit de Lyon. L'argumentation était digne du titre. La Sorbonne n'avait rien trouvé de mieux, pour défendre sa cause, que de faire sortir do ce lieu imaginaire, l'àmo d'une certaine sœur Alix, qui déclare qu'elle y est violemment tourmentée, et qu'il lui faut, pour en sortir, les prières des fidèles.

Cet écrit fut dédié à François 1", qui probablement no le lut pas.

Le clergé comprit bientôt que les combats de plume no lui étaient pas favorables, et que ce qu'il écrivait pour se défendre tournait contre lui. 11 se concerta donc, et deux conciles provinciaux furent convoqués, l'un à Sens et l'autre à Bourges (1526). Naturellement on s'y occupa à chercher des moyens pour étouffer l'hérésie qui, de plus en plus, allait pullulant par tout le royaume. Le concile de Sens défendit la lecture de la Bible en langue vulgaire, et réclama énergiquement le secours du bras séculier. On s'occupa surtout à jeter des soupçons et des défiances dans l'esprit do Françoisl". Jaloux d'un pouvoir qu'il sentaitafTaibli depuissa captivité, leroi prêta l'oreilleaux ennemis des luthériens. Onlui faisaitentrcvoir danscesdcrniers de hardis novateurs qui, après avoir porté la hache sur l'autel, la porteraient tôt ou tard sur le trône. De telles insinuations devaient avoir infailliblement prise sur le cœur d'un prince vaniteux et jaloux do son autorité. Prompt dans le mal comme dans le bien, François 1" ordonna que les juges et les magistrats séculiers connaîtraient du crime d'hérésie. C'était transformer en tribunal du saint Office chacun des parlements du royaume. Quand les passions ont voix délibérntive dans le conseil des princes, la raison et la justice en sont bannies.

Si la Réforme eCtt procédé de l'esprit de l'homuio, eilo

n'eût pu lutter; elle se fût éteinte, noyée dans des flots :lo sang ou éloufiee dans la flamme des bûchers. Mais elle émanait directement de l'esprit de Dieu, puisque ses premiers disciples ne se séparèrent de Rome que pour être fidèles à Jésus-Christ. De là leur force dans leur faiblesse, de là aussi la faiblesse de leurs adversaires dans leur Ibrce. A ne regarder qu'aux apparences, la lutte n'était pas égale... Mais quand Dieu se met d'un côté, la défaite est toujours de l'autre.

Dans ces jours de persécution, un homme condamné à mort dormait sur les dalles humides de sa prison. Son siimmeil était doux et paisible, parce que sa conscience lui rendait ce beau témoignage qu'il était prêt à tout sacrifier plutôt que do renier sa foi. Son crime, c'était son luthéranisme. 11 attendait donc en paix la couronne que Dieu place au front de ses élus. Un visiteur le réveille : il veut le soustraire à une mort certaine en lui arrachant une rétractation. Le prisonnier ouvre les yeux et les fixe, plein de mépris et de dédain sur le convertisseur qui baisse les siens. Ce convertisseur, c'était Briçonnet, qui se relira sous le poids accablant du regard du martyr, dont l'exécution eut lieu le 3 juillet 1528. Il était du village des Rioux, et s'appelait Denis.

L'impunité dont jouissait Louis do Berquin paraissait h Bedier un crime de lèse-majesté divine. Le syndic do la Sorbonne le haïssait d'autant plus, que l'intrépide et spirituel gentilhomme l'avait immolé à la risée publique, Lrasme veillait sur Louis de Berquin. Le prudent savant de Rotterdam l'avertissait de se tenir en garde contre les frocs et les capuchons. « Ils te tueront, » lui écrivait-il.

Dans l'incapacité oh le syndic de la Sorbonne se trouvait de conlroverser avec le gentilhomme, il crut plus simple et plus expédilif de le jeter entre les mains du [ arlement. C'était hardi, surtout après les deux délivrances de l'ami d'I^rasme. Livré aux juges par ses ennemis, Louis de Berquin fut condamné à avoir la langue percée,

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