‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 3 sur 149 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

sainte, pour la dotinor à l'homme. Des ténèbres profondes l'enveloppaient comme un linceul de mort. Celui qui eût cherché au milieu d'elles son Sauveur eût pu dire comme Marie-Madeleine : a Je cherche mon maître, mais je ne sais où on l'a mis. ' »

L'abandon de la foi entraîne nécessairement après soi celui du culte. Celui qui, connaissant l'histoire de l'Eglise primitive, eût cherché son culte parmi ceux qui se proclamaient les seuls orthodoxes, eût été douloureusement surpris en découvrant dans Rome papale Rome païenne. Rien, en effet, ne ressemblait moins aux chrétiens apostoliques que les catholiques du xvi' siècle : cérémonies, chants, vêlements, autels, temple^, ustensiles, tout rappelait Numa Pompilius. Celait affligeant, et cependant c'était en croyant bien faire que l'Eglise s'était revêtue des dépouilles des adorateurs de Cybèle et de Jupiter. ^

Plus fidèles, les chrétiens n'auraient fait aucun emprunt à ce paganisme, dont l'histoire, commencée dans les ténèbres, se continue dans le sang et finit dans la boue. Le Sauveur du monde, qui veut être adoré par ses disciples en esprit et en vérité, ne donna pas à son Eglise une forme de culte commecelie que Dieu commanda aux Juifs par Moïse; mais le bon sens, si la conscience se tait, parie assez haut pour dire que si les chrétiens avaient eu besoin de chercher, pour leur culte, des modèles, ils n'eussent jamais dû en demander à ces païens de Rome qui, pendant quatre cents ans, essayèrent d'étouffer le christianisme dans le sang de ses plus fidèles enfants. Il était donc impossible que, lors(]ue le cri « rr forint' » roti-ntit à Wittemberg, les réformateurs n'anèlassent pas kîurs regards sur ce côté si misérable de l'Eglise.

Ce qui les frappa surtout, ce fut l'immoralilé dans la-

1 Voy. note i.

2 Voy. noie ii.

fl HISTOIRE DE LA KÉFOI\MATION FRANÇAISE.

quelle la prande majorité du clergé était plongée. Lo temple du Dieu vivant était devenu, à la lettre, une caverne de voleurs. Nous aurions trop à citer, si nous faisions comparaître ici tous les écrivains qui, tour à tour, déplorent l'abaissement dans lequel l'Eglise était tombée. Quelques citations sulfiront. '

Parmi ces hommes (jui, avant le xvi« siècle, élevèrent la voix contre les vices du clergé et de la cour de Rome, on peut placer, en première ligne, saint Bernard : « Ils mangent, dit ce grand homme en parlant des prêtres de son temps, les péchés do mon peuple, c'est-à-dire qu'ils fjxigent le prix des péchés, sans se soucier des pécheurs. Lequel, s'écrie-t-il, des ecclésiastiques pouve2-vous me nommer qui ne songe bien plus à vider les bourses de ceux qui lui sont soumis qu'à détruire les vicesV*» « Tout leur soin, dit le cardinal Cusan, est pour lo temporel, rien pour lo spirituel. ^ »

Si les soins pastoraux étaient négligés, la science l'était aussi : la plupart des prêtres n'étaient que des machines à messe, à baptême, à mariage et à ensevelissement. La connaissanco des saintes Lettres était bannie du sanctuaire ; « Aujourd'hui, dit Marsilc de Padoue, quo le gouvernement de l'Eglise est corrompu, » la plupart des prêtres et des évêques sont peu instruits en la sainte Ecriture, et, si j'ose le dire, ils sont incapables de décider les doutes de la foi en Dieu. « Je me souviens, ajoute-t-il, d'avoir vu plusieurs prêtres, plusieurs abbés et plusieurs prélats si dépourvus de science, qu'ils ne savaient pas même parler selon les règles de la granim.aire. *

Un mal plus dangereux encore q\ic l'ignorance désolait l'Eglise, c'était l'impureté. Il fut avoué, en plein concile de Trente, par l'ambassadeur du duc de Bavière; ce dernier déclara de la part de son maître qu'il lui était impossible de dire ce qu'il savait du clergé sans ofl'enser les oreilles.

Ce n'est pas seulement l'ambassadeur de l'Electeur do ' Voy. note m.

^ Bernard, in cant. serm. T7.

3 Nicolas Cusan, lib. 3, de Concord. Calh. c. 29.

* Marsile de Pad. Defens. pacis, pari. 2, cap. 20.

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