LIVRE
lîavicre qui se plaint des vices du clergé bavarois ; le cardinal de Lorraine fait le même aveu. «Sa Majesté, disaitil, en parlant de Charles IX, est contrainte, à regret, de se plaindre de la vie impudique des personnes ecclésiastiques; elles apportent tant de scandale et de corruption parmi le peuple, outre le scandale qu'on prend des ministres, qu'il lui semble être nécessaire qu'il y soit promptement pourvu. » « Nous sommes, s'écriait l'éloquent cardinal en faisant allusion au vaisseau qui portait Jonas, cause de cet crage; jetez-nous dans la mer, et puisque vous avez noire confession, cliàticz-nous comme il vous plaira. » '
Nous pourrions multiplier nos preuves; mais les fails cités parlent assez haut ; et, en présence de ces maux que le célibat attira sur la cbrélienlé, on comprcml ce mol si vrai d'.Enéas Sjivius, avant qu'il se nommât i'icll : « Si pour de bonnes raisons on a ôté le mariage aux prêtres, l'our de meilleu.es il faudrait le leur rendre. » i
Le désir d'une sainteté plus parfaite fut l'une des causes de la fondation du monacliisme au sein de la religion chrétienne. Ce fut, de la part des chrétiens, une de ces erreurs qui accusent moins le cœur que l'intelligence de ceux qui, les premiers, cherchèrent la perfection dans la solitude, loin du bruit du monde et de ses passions. Ce n'était pas certainement Jésus-Christ, ni ses apôtres, qui leur avaient donné cet exemple : ils vécurent dans lo monde, mais non comme le monde. Lumières brillantes au milieu des ténèbres, ils exerçaient sur les hommes une influence plus salutaire que si, amants passionnés de la solitude, ils s étaient retirés sur quelque mont Cassin uu dans quelque sauvage thébaide. far son caractère, comme par lo ministère dont il est revêtu, le lévite chrétien est appelé à vivre au milieu des hommes. Si parfois il recherche la solitude, ce n'est que pour un temps : ainsi le fils de Ma-
' Instract. et missiv. des rois très-chrét. pour le concile de Trente, î Platine. Vie de Pie 11.
8 HISTOIRE DE LA RÉF0R5IAT10N FRANÇAISE.
rie; ainsi son précurseur Jean-Baptiste ; ainsi tous ceux auxquels Dieu confie la glorieuse mission d'instruire et de réveiller les pécheurs.
Peu de docteurs ont brilléd'un plus pur éclat que le célèbre Clémangis, archidiacre de Bayeux. Frappé des malheurs qui désolaient la chrélicnté, ce saint homme publia un écrit qui nous en dévoile les plaies. Dans son célèbre traité de. la Corruption et de la Ruine de l'Eglise, il parle des moines. Après avoir dit comment, par leur vocation, ils sont tenus à plus de sainteté, il ajoute : « Ils en sont plus éloignes ; ils sont plus tenaces, plus avaricieux, plus adonnés aux choses temporelles; ils sont en outre inconstants, indiscijilinés, dissolus, bruyants, courant les liroinenades, hantant les mauvais lieux ; ils ne haïssent rien tant que la cellule, le cloître, la lecture, l'oraison, la règle de la religion : ils ne sont moines que par l'habit. » '
Clémangis ne déplora pas seul les débordements des moines : plusieurs autres voix se joignirent à la sienne pour dire les misères de Sion et pour flétrir la corruption de Jérusalem.
« Seigneur Jésus, s'écria Volkvin, abbé de Sédichonbith, (jucls grands monstres vois-tu dans ton Eglise ! quand les chasseras-tu? quand y porteras-tu remède ? quand la nettoieras-tu ? car les maux du clergé sont sans nombre. Quel est le lieu saint où il n'y ait quelque monstre? la cure en a, la chanoinerie en a, la cléricature en a, les monastères aussi en ont ; en somme, continue-t-il, ces monastères ont leurs monstres comme un Janus a deux têtes, savoir: un moine marchand. Oh! monstre vraiment hideux qu'un moine marchand ! car quel rapport y a-t-il entre la religion et la marchandise? quelle relation entre le cloître et le marché ? » ^
De tous ceux qui écrivirent contre les moines, Léonara Arétin fut celui qui les stigmatisa avec le plus d'esprit. 11 fut pour eux co qu'Apulée avait été pour les [.rètres et les augures do Rome païenne ; son oraison contre les hypo-
1 Cloinangis, lihcr de r\iinA Kculesia).
2 Viyiucr, Thi'nl. (le r.4iriC';'h. pii^' (i'V-i.