‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 30 sur 149 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Nous avons dit que Kome nous donne la caricature et non le portrait de la liberté d'examen ; c'est habile de sa part, mais peu loyal. Cette liberté, telle que les réformés l'entendent et la comprennent, n'est pas celle que supposent les catholiques; ils l'entendent si peu ainsi, que lorsqu'un fidèle est convaincu que la sainte Bible est réellement la Parole de Dieu, ils veulent que cet homme, en ouvrant les pages sacrées du livre de vie, ne dise pas • Que penses-tu ? nrjais, que lis-tu ? Ils lui reconnaissent pleinement le droit de chercher, avec les lumières de sa conscience et de sa raison, les vérités déposées par la sagesse divine dans le code sacré. Ce qu'ils lui dénient absolument, c'est le droit de mettre à la place de ce qui est écrit les données de sa conscience ou de sa raison. Libre à lui de nier la divinité des Livres saints; mais le jour où il les reçoit comme inspirés, ce jour-là il a un pape; et le seul usage qu'il doive et puisse faire de sa raison, c'est de s'en servir pour connaître ce que son maître lui enseigne dans sa parole infaillible. Le membre de l'Eglise qui déclare que la Bible est la seule et unique règle de sa foi, et qui néanmoins se permettrait de rejeter les dogmes sacrés qui lui semblent contraires à sa raison ou à sa conscience, serait le plus irrespectueu.K des hommes, s'il n'en était pas le plus inconséquent.

Le grand argument que Rome fait valoir contre la liberté d'examen, elle le puise dans les divisions qu'elle trouve au sein du protestantisme. Cet argument n'est que spécieux : car ces divisions qu'elle signale, loin de faire la faiblesse de la Réforme, font sa force, puisqu'elle a dans ses diversités l'unité qui est la vie, tandis que Rome ne nous présente que le spectacle de son uniformité, qui est la mort. Les fractionnements protestants que nous appelons Eglise calviniste, Eglise luthérienne. Eglise anglicane, morave, méthodiste, baptiste, presbytérienne, ne sont que les membres d'un seul et même corps; comme aux jours apostoli(]ues les Eglises de Rome, de Corinthe, d'Ephèse, de Philadelphie, de Jérusalem, de Galalie, n'étaient que les membres de cette Eglise invisible dont Christ est l'époux et le chef. Séparées par leurs coutumes et leurs usages particuliers, elles étaient cependant une dans la foi, comme les Français sont un dans leur natio-

nalilé, quoi qu'ils soient un composé do Urelons, de Fia mnnds, do Lorrains, de Normands, de Provençaux, etc. Nous nous résumons et nous disons en lerrninanl: Rome, avec son princi[)e d'autorité, ne fait de ses fidèles qne des automates, tandis que la Réforme, avec son principe de liberté, respecte en eux leur droit d'homme.

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