‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 32 sur 149 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

cachet de sa physionomie. Ce fut un mal nécessaire. La France étant essentiellement un pays de réaction, il lui faut le calme d'une trappe, ou le bruit du monde. Entre le ligueur et le huguenot, il n'y a pas de juste milieu. Carvin aimait passionnément l'étude. Ce qu'il recherchait, ce n'était pas la gloire , mais le silence de son cabinet. Sans qu'il désirât le bruit, la célébrité vint le chercher et l'arracher à ses chères études avant qu'elles fussent terminées. De tous côtés on venait le voir et s'entretenir avec lui sur les vérités du salut. « Il avança merveilleusement, dit Bèze, le règne de Dieu. En plusieurs familles, à Bourges, à Orléans, il fit des prosélytes. » On s'émerveillait en entendant ce tout jeune homme parler avec facilité et profondeur sur les questions qui agitaient alors les esprits; on était aussi frappé do l'austérité de l'étudiant qui avait sous ses cheveux noirs toute la sagesse des vieillards. Le soigneur des Lignières fut l'un de ses enfants spirituels.

11 est bon de constater que Calvin ne songeait pas, à cette époque, à une séparation. Quel que fût son génie pénétrant, il ne pouvait en avoir l'idée. Tout ce que demandaient alors, lui et ceux qui l'avaient précédé, Farel, Briçonnct, Lefèvre d'Elaples, Roussel et leurs amis, c'était cette réformation tant désirée et toujours si vainement demandée. Puis l'Eglise romaine était leur Eglise, pourquoi la quitter? Où aller planter ses tentes ? Nous le répétons, l'idée d'une séparalion ne vint que plus tard, le germe ne devant pousser qu'à son heure. Il était sans doute dans la prédication des idées nouvelles ; mais il y était enseveli comme une semence qui ne donne signe de vie qu'au printemps. Pour Calvin et ses frères, l'hiver ne devait pas toujours durer.

De Bourges, Calvin alla à Noyon, voir son père qui se mourait; il se fixa ensuite à Paris et s'y logea chez Etienne de la Forge, où nous le trouvons en 1532. ' C'est alors qu'il fit ses débuts dans la littérature, en composant son commentaire sur le traité de Sénèque, De Clemeniia. Rien dans cet écrit ne fait pressentir l'auteur de tant de livres de polémique religieuse. 11 n'est encore qu'un

"Bèze, p. 13.

08 IIISTOIKE 1)1-, LA niÎFORMATION FP.ANÇAlsn.

savanldc la renaissance, qui paie son tribut d'ndiniralion à l'antiquité [)rofann. Quehiucs bio;;raiihes ont voulu \oir dans le [ircmicr écrit du réTormaleur une rochimation indirecte contre les |)crsécutions dont les luthériens étaient l'objet de la part de François 1". Si tel fut le but du jeune écrivain, il ne l'atteignit pas ; carie frère do Marguerite de Valois redoubla de rigueur 5 leur égard. Voici comment cela arriva :

Le médecin Ko|ip était l'ami du jeune savant. En sa qualité de recteur do l'université. 11 devait, selon l'usage, faire une harangue, à l'octave de la Saint-Martin. L'auteur du commentaire de la Clémence y mit la main, et y sema, touchant la justification [jar la foi, des propositions (]ui r.rcnt jeter fou et flamm(î à la Sorbonne. Comment ne se serait-elle pas irritée? on osait sous ses yeux prêcher celle abominable doclrino avec laquelle Luther troublait toute la catholicité ! Les vieux docteurs dénoncèrent Kopp et son discours. Le pauvre recteur prit la fuite, et Calvin se hâta de s'éloigner pour éviter la colère des sorbonnisles.

Avant de suivre le complice de Kopp dans sa fuile, il est bon de nous demander pourquoi le clergé romain a une si gi'ande haine fiour le dogme de la justifuation par lu foi, enseigné si clairement dans lesépitres de saint Paul. Que peut donc avoir de; si dangereux une doctrine que saint Augustin enseigna à lîippone, saint Bernard dans son cloître, et Luther à Wittembcrg? Ce qu'elle peut avoir do dangereux, la conduite des prêtres le dit assez. La première fois (]u'elle fut prêchée, leur regard pénétrant y vit la coignée qui devait abaîlre Tarbre romain. En ell'et, la mort de Rome est dans ce dogme.

Dans l'Kglise latine, le salut est le résultat d'une foule 3o cérémonies dont le prêtre est le ministre olficicl. Tout (■•st si bien ordonné chez elle, que rien ne s'y fait ([ue par le prêtre médiateur entre Dieu et l'iiomme. Or, f)Our arriver au salut, ce dernier n'a pas d'autre intermédiaire ([ue lui. De là pour le clergé une puissance sans bornes, line lois ce premier ooint obtenu, le grand mouveiiienl

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