‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 34 sur 149 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

son Eglise. «Ce bon vieillard, dit Théodore do Bèzo en parlant de Lcilcvro, vcid do bon œil ce jeune honuno comme présageant (lucce dcvoit eslre l'aulcur de la restauration de l'F.glise en Franco. »' 11 ne vit pas sa prophétie s'accomplir en entier; mais du fond do sa retraite,, il put cependant saluer lo soleil levant de ce beau jour i|u'il avait tant désiré. Il est vrai que co soleil avait des lâches sanglantes, mais mieux qu'un autre le bon docteur, nourri de l'esprit des Livres saints, savait que les douleuj-s des martyrs sont la semence de l'Iîglise, et que leur sang, qui crie vengeance contre les persécuteurs, est lo baptême do gloire dos persécutés.

Trois ans après, Lefèvre, rassasié d'années, s'endormit en [laix, mettant sa seule et unique confiance dans lo sacrifice du Golgotha. Lo temps, qui a respecté la mémoire du docteur d'Etaples, n'a pas respecté son tonabeau qui a disparu sous les coups du marteau des démolisseurs; on lo chercherait vainement aujourd'hui dans l'église de Nérac, où Florimond de lieniond dit l'avoir vu. ^

Sur la pierre qui couvrait les restes du pieux vieillard, on lisait les dernières paroles qu'il avait prononcées sur son lit do mort; les voici :

Corpus humo , mentemqus Deo, bona cvncta relinquo paupcribus. Faber hœc dum morerelur, ail. ^

Calvin vit h Nérac Gérard Roussel. S'il faut on croiro Florimond de Rcmond, celui-ci fut cfi"rayé du radicalisme théologique du jeune docteur, et essaya do le ramener ù des sentiments plus modérés. Ce que dit l'historien catholique est assez probable. Gérard Roussel et Calvin no pouvaient pas se comprendre : l'un voulait retrancher tous les abus, l'autre no voulait extirper que les plus criants... Le premier était un radical , le second un conservateur. Aux jours des crises sociales, les hommes du jusle milieu s'effacent; ils ne modèrent rien, et no font

• Bèze, Vie Je Calvin.

2 Flor., liv. VII, p. 847.

5 Je laisse mon corps à la terre, mon esprit à Dieu, mes biens aux pauvres. Ce sont les paroles que Lefèvre dit en mourant.

([u'aigrir; traites de lâches par les uns, de traîtres par les autres, ilsdisparaissent de l'arène où ils nereparaissent qu'aux jours de calme, pour so retrouver au milieu de leur élément.

Nous sommes en 1534 : Calvin n'a pas encore songé à faire schisme. Comme tous les ouvriers de cette époque mémorable, il poursuit la régénération du corps auquel il tient par les fonctions mêmes qui l'y rattachent. 11 demeure dans son Eglise, quoiqu'il y soit persécuté. Il professe encore extérieurement le catholicisme. A trois reprises différentes, le chapitre d'Angoulême le charge de prononcer des oraisons latines devant le clergé assemblé.

Si le désintéressement de Calvin n'était pas on quelque sorte proverbial, sa conduite pourrait faire croire à sa cupidité ; car, tout ennemi qu'il soit des abus de son Eglise, il continue à faire gérer sa cure par des vicaires, ot à toucher la part du bénéfice qui lui revient. 11 est à regretter, pour la gloire du réformateur, qu'il n'ait pas résigné ses fonctions, quand, étudiant à Bourges, il comprit que la papauté avait fait fausse route. Mais si l'on étudie de près ce grand homme, et que l'on fasse la part des temps où il vécut, on reconnaît que sa séparation de Rome devait procéder plutôt de la force des événements que de la puissance de la réflexion. Tel fut Jean Hus, qui demeura curé de sa chapelle de Bethléem à Prague; tel fut Luther, qui resta moine tout en croyant à la justification par la foi. Calvin pouvait donc être prébendaire de la chapelle de la Gésine sans penser à rompre avec son Eglise. Nous préférerions, sans doute, qu'il en eût étéautrement; mais quand le momentarriva pour lui d'entrer définitivement dans les ordres, et d'opter entre ses bénéfices et ses convictions, il garda ses convictions et résigna ses bénéfices. Après un voyage qu'il fit à Noyon dans ce but, il retourna à Paris où il se fixa momentanément.

Les époques do réveil religieux ont, comme les plus belles médailles, leur revers. Plus l'esprit de Dieu soufllo

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