‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 36 sur 149 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

repos et l'obscurité. Il nous le dit d'une manière bien touchante dans la prcfnce do son Commentaire. .s?jr /es Psaumes : (t Je m'en allai en Allemaj^ne, ccrit-il, pour y trouver en quelque coin obscur le repos que jo n'avais pu trouver pendant un long temps. »

Arrivé à Bâle, il ne se mêla pas à la société, il vécut retiré, livré à l'étude de l'hébreu. Mais sa conscience no tarda pas à l'arracher à ce milieu tranquille qui lui plaisait tant. Ses frères de France étaient cruellement persécutés par François 1", dans le moment même où ce monarque recherchait l'alliance des princes protestants. Ce qui surtout indignait Calvin, c'étaient les calomnies dont le roi très-chrétien ne craignait pas de charger ses victimes. Le moment donc était venu d'élever la voix. — Lo réformateur parla.

11 en est des grands hommes comme des chaînes alpestres : ils ont leurs grands jours, dates immortelles dans leur vie, comme les montagnes ont leurs pics, qui élèvent dans les nues leurs sommets blancs do neige. Lo jour oîi Calvin écrivit son InsliliUion chrétienne fut une belle époque pour la Réforme. Cet écrit plaça son auteur sur un piédestal d'oîi ses ennemis n'ont pu le faire descendre, et où le jugement de la postérité l'a maintenu. L'Institution chrétienne était dédiée au roi très-chrétien.

L'homme qui s'adresse à François I" a vingt-six ans à peine. Nul ne le connaît encore dans le monde littéraire, où son commentaire du traité de la Clémence', de Sénèque a passé presque inaperçu au milieu do ces écrits qui naissent et meurent sans que personne y prenne trop garde. Le jeune homme va droit au roi; et dans un langage inimitable et qu'il façonne à son génie, il lui fait entendre de dures et salutaires vérités. Il lui demande justice contre les exactions dont ses frères souffrent. Proscrit et mangeant le pain amer de l'étranger, il ne veut pas que François I" croie qu'en plaidant la cause des exilés il plaide la sienne propre. «No pensez pas, lui dit-il, que je tâche à plaider ici ma défense particulière,

no lîlSTOlP.K DE I,\ RÛFORMATIOX FRANÇAISE.

et pour impétrer retour au pays do ma naissanre, auquel combion que je porte telle affection d'humanité qu'il appartient, toutefois comme les choses sont maintenant disposées, je ne soufTrc pas grand deuil d'en être privé; niais j'entreprends la cause commune de tous les fidèles et même celle de Christ, laquelle aujourd'hui est, à telle manière, de tous déchirée et foulée en voire royaumo qu'elle semble être désespérée.»

11 rappelle au roi ses devoirs. « Le monarque, lui dit-il, qui ne fait pas sa puissance à la gloire de Dieu, n'exerce pas règne, mais brigandage. » 11 insiste pour que lo roi examine par lui-même la foi de ses sujets persécutés. « Considérez, lui dit le jeune réformateur* toutes les parties de notre cause, et nous jugez 6lre les plus pervers des pervers, si vous ne trouvez, manifestement, que nous sommes opprimés et recevons injures et opprobres parce que nous mettons notre espérance au Dieu vivant, et que nous croyons que c'est la vie éternelle de connaître un seul vrai Dieu, et celui qu'il a envoyé Jésus-Christ; à cause de cette espérance quelquesuns de nous sont détenus en prison, les autres fouettés, les autres contraints à faire amende honorable, les autres bannis, les autres échappés par la feinte; tous nous sommes en tribulations; tenus pour maudits et pour exécrables, injuriés et traités inhumainement. Contemplez, d'autre part, nos adversaires (je parte de l'état des prêtres à l'aveu et appétit desquels tous les autres nous contrarient), et regardez un peu avec moi de quelle aiïection ils sont menés ; ils se permettent aisément à eux et aux autres d'ignorer, négliger et mépriser la vraie religion qui nous est enseignée par l'Ecriture, et pensent (ju'il n'y a pas grand intérêt quelle foi chacun tient ou ne tient pas de Dieu ou do Christ; mais que parfois, comme discnt-il.'-, il soumette son sens au jugement de l'Eglise et ne se soucient pas beaucoup s'il advient que la gloire de Dieu soi' polluée par blasphèmes, tous évidents, moyennant que pas un ne sonne mot contre l'autorité de notre mère sainte Eglise, c'est-à-dire, selon leur intention, du siège rom.ain. Pourquoi combattent-ils d'une telle rigueur pour la messe et pour le purgatoire, les pèlerinages et tel fatras, tellement qu'ils nient la vraie piélc^ uouvoir cou-

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