LIVRE n
sistcr, si loulcs choses ne sont crues et tenues par foi explicite, combien qu'ils n'en prouvent rien pnr la l'arole de Dieu? Pourquoi? dis-je, si non pourtant quo leur ■.ventre leur est pour Dieu, comme pour religion, lesquels ôtés non-seulement ils ne pensent pas qu'ils puissent être chrétiens, mais ne pensent plus être hommes? Car combien que les uns se traitent délicatement en abondance, les autres vivotent en rongeant des crotites, toutefois ils vivent tous d'un pot, lequel sans telles aides, non-seulement se refroidirait, mais gèlerait de tout. Pourtant celui d'eux qui se soucie le plus de son ventre est le meilleur zélateur de leur foi; bref, ils ont tous un même propos ou de conserver leur règne ou leur vende plein.»
Il fallait que le clergé se fût bien avili pour qu'on osât l'accuser ainsi devant le ro: très-chrétien.
Après ces paroles, éloquentes à force de mépris et de colère, Calvin répond au reproche de nouveauté fait à la loi nouvelle. « Quand ils l'appellent nouvelle, dit-il, ils font grande injure à Dieu, duquel la sacrée Parole ne méritait pas d'être notée de nouvelleté; certes, je ne doute point que touchant d'eux elle ne soit nouvelle, vu que Christ même et son Eglise leur sont nouveaux. »
Ayant ainsi répondu aux objections tirées des miracles et de l'autorité des saints Pères, et montré qus ces derniers condamnent Rome et ses enseignements, Calvin revient au roi et lui dit :
« Je retourne à vous, sire ; vous ne devez vous cmou- Toir de ces faux rapports par lesquels nos adversaires s'efforcent de vous jeter en quelque crainte et terreur. C'est à savoir que ce nouvel Evangile, ainsi qu'ils l'appellent, ne cherche autre chose qu'occasion de sédition et toute impunité de mal faire ; car Dieu n'est point Dieu de division, mais de paix, et le Fils de Dieu n'est point ministre de péché, quand il est venu pour rompre et détruire les œuvres du diable; quant à nous, nous somn>es injustement accusés de telles entreprises desquelles nous ne donnâmes jamais le moindre soupçon du monde ; et il est bien vraisemblable que nous, d'esqucls jamais n'a été ouï une seule parole séditieuse, et des'iuels la vie a toujours été connue sarnte paisible.
112 HISTOIRE DE LA nÉFORMATION FRANÇAISE.
quand nous vivions sous vous, Sire, machinions do renverser le royaume! Qui plus est maintenant, étant chassés de nos maisons, nous ne laissons point de prier Dieu pour votre prospérité et celle de votre règne. Grâce à Dieu, nous n'avons si mal profilé en l'Evangile, que notre vie ne puisse être à ses détracteurs exemple do charité, libéralité, miséricorde, tempérance, patience, modestie et toutes autres vertus. Certes, conlinue-t-il avec une noble fierté, la vérité témoigne évidemment pour nous, que nous craignons et honorons Dieu purement, quand par notre vie et par notre mort nous désirons son nom être sanctifié, et la bouche même des envieux a été contrainte de nous donner témoignage d'innocence. »
Il supplie ensuite le roi de faire justice aux opprimés, et il ajoute : « Si au contraire les dotraclalions des malveillants prêchent tellement aux oreilles que les accusés n'ayent aucun lieu de se défendre; d'autre part, si ces impétueuses furies, sans que vous y mettiez ordre, exercent toujours cruauté par prisons, fouets, géhennes, coupures et briîilures, nous, certes, comme brebis dévouées à la boucherie, serons jetés à toute extrémité, tellement néanmoins qu'en notre patience nous posséderons nos âmes, et attendrons la main forte du Seigneur, laquelle, sans doute, se montrera en sa saison et apparaîtra armée, tant pour délivrer les pauvres de leur affliction, que pour punir les contempteurs qui s'égarent à cette heure. Le Seigneur Roi des rois veuille établir votre trône en justice et votre siège en équité. »
Ainsi parle au roi François 1" le Tertullien duscizibmo siècle. Sous ses paroles calmes, mais fortes, soumises, mais indignées, on scntque ce jeune homme est l'organe de tout un parti qui demande justice contre ses oppresseurs et en appelle de leurs iniquités à celui qui rend à chacun selon ses œuvres, et devant lequel les rois ne sont pas plus grands que le moindre de leurs sujets. Navré à la vue des maux immérités sous lesquels gémissent tant de fidèles, son indignation éclate parfois en invectives et en paroles de mépris.