‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 38 sur 149 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Nous n'approuvons pas, sans doute, les injures que le zèle arrache au jeune écrivain, mais on ne secoue pas comme on le voudrait la poussière de son siècle. Les injures, entre adversaires, n'avaient pas alors la gravité qu'elles auraient de nos jours. Nous sommes plus polis dans nos luttes; mais, en réalité, valons-nous beaucoup mieux ? Je ne le crois pas. lis étaient sérieux, nous ne le sommes guère; ils étaient croyants, où est notre foi ?

La première idée de Vlnstitution est tirée tout entière de l'état où se trouvait l'Eglise naissante : persécutée, calomniée, méconnue, il lui fallait un Tertullien pour la 'défendre. Elle le trouva dans l'ex-chapelain de la Gésine; aussi, son livre fut un de ces écrits de circonstance qui meurent quand ils sont faits par des hommes ordinaires, mais qui vivent quand ils sortent de la plume d'un homme de génie, parce qu'ils résument les besoins d'une époque et qu'ils inscrivent une grande date dans les annales de l'humanité.

Ce livre causa une profonde sensation ; il était tout à la fois une défense énergique et chaleureuse de l'Eglise naissante, et une exposition claire et méthodique de sa foi. Il décidait nettement les questions et creusait un abîme infranchissable entre la foi nouvelle et l'ancienne. D'une main puissante, il retranchait du nouveau culte toutce que les âges avaient amassé sur l'ancien, et, par nn vigoureux efl'ort, ramenait l'Eglise aux temps primitifs, sans tenir compte de ses quinze siècles de vie.

En présence de ce livre remarquable, qui a fait la Réforme ce qu'elle est, des esprits sérieux se sont demandé s'il ne l'affaiblit pas plutôt qu'il ne la fortifia. Leurs raisons ont certes du poids, et sont dignes qu'on les médite et qu'on les pèse. Une réforme, disent ces esprits sérieux, était nécessaire et urgente : sans elle, le monde courait à la barbarie par la corruption des mœurs. Mais Calvin n'éloigna-t-il pas plus de sa cause qu'il n'en rapprocha, en lançant dans le public un écrit qui condamnait nettement et catégoriquement tout ce qui, jusqu'alors, avait élé la foi des peuples? L'écriva'n ne s'exposait-il pas à froisser les âmes pieuses, désireuses d'une réformation, mais qui ne sentaient pas la nécessité de porter la hache sur des dogmes reçus à l'éiat de vérité? Admettons, disent-ils, que

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Calvin se fût coiilentô do limilcr Je pouvoir du pape, de faire rentrer le clergé dans son devoir, de délivrer le peuple des charges dont on l'accablait, de faire la jrucrre, \ la simonie, la Franceentière n'élait-elle pasà lui? Puis, une fois maître de l'Eglise, ne pouvait-il pas y faire des améliorations progressives pour .l'amener finalemenl là où il l'a voulu tout d'abord?

Au point de vue politique, c'était ce qu'il fallait faire. Mais alors la Réforme n'était plus la réforme : ce n'était qu'un catholicisme retouché. On dorait le dehors de la coupe sans la nettoyer. Rome serait redevenue Rome, et il aurait fallu faire plus tard ce qu'on fit alors. Les occasions ont leur heure : (juand on la laisse échapper, ello se retrouve rarement.

^ Nous comprenons les accommodements' dans les choses oh la conscience n'est pas on jeu. Mais si nous nous plaçons au point de vue des principes, sommes-nous libres, au jour d'une réformation, dcdonner droitde bourgooisio à l'erreur? Quoi qu'en dise le latitudinarisme, la foi aux dogmes est lo premier des dogmes, c'est-à-diro la pierre angulaire de tout éditice religieux.

Si nous nous reportons aux jours oîi la séparation eut lieu, nous reconnaîtrons qu'il était bien difficile que Calvin, avec son esprit austère et absolu, fit le livre do r//isiiiuiion autrement qu'il ne l'a fait. Il avait, d'un côté, laCible; del'autre, des traditions qui la contredisaient. Du moment qu'il se décidait pour la Bible, c'en était fait des traditions. Qu'aurait-il pu conserver, et pourquoi conserver? Il voulait la régénération de l'Eglise, et il lui eût laissé volontairement quelques bourgeons do lèpre! Ce n'était pas possible. Il fut logique et fit bien. Cependant, nous ne pouvons nous dissimuler que, quand ce hardi chirurgien tailla dans les chairs pour en extraire le cancer, il emporta de la chair vive, et beaucoup, tant il craignit que l'extirpation ne fût pas complète. Il faut l'en plaindre, mais non l'en blâmer. Dieu seul est infaillible. Contrairement donc à l'opinion des hommes sérieux dont nous avons parlé, nous croyons que si Calvin eût été un Erasme ou un Sully, la grande œuvre du xvi° sièclo ne se fût pas accomplie.

L'Jnstitulion de ta Reldijion -hi'élienm parut écrite ea

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