‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 39 sur 149 · LIVRE U · texte numérisé non relu

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français et sans nom d'auteur ; mais on sut bientôt que c'était l'œuvre de Calvin, qui dès ce moment deyint célèbre et fut consiiléré comme l'un des hommes les plus sav^inis de son siècle. Son parti pressentit en lui l'un do ses clicfs les plus éminenls. Sans qu'ils le veuillent, les grands génies arrivent à leur place, comme l'eau à son Biveau par la forpc de son poids. •

<» Si on lisant, dit M.Sayous, V InstUution de lareligion chrétienne, on se reporto au temps où elle parut, on comprend aisément quelle impulsion elle donna à la Réformijtion française. Traduite en français par le réformateur lui-même, elle fit naître de tous les points de la société, et particulièrement de la classe moyenne et instruite, de fervents candidats à la foi nouvelle. Ce fut pour .chacun une cuirasse, une arme à l'épreuve contre les séductions de rKglise désertée. Celte espèce de code, eu 'même temps qu'il formait de robustes théologiens, donna 'au?: ministres l'immense avantage sur le clergé ennemi do posséder dans uno langue vulgaire, dqns un français nepewx et a,dmiriibJcn''C{)t clair, l? dQ/;trinedu maître et ^SAn arsenal ,d'argumcnts. Les pAfcasmes, éloquents à tprce de haine e| d'amertume, proc)ignés par Calvin au pape et à sa sèquello, au^ décisions sorbon niqueset à toute la théologie romaine, étaient faits pour produire une .vive impression sur la masse des esprits; et comme ils .éfaient des plus faciles à saisir, et encore davanlago à répéter, }e peuple eut aussi des mpts à son usage, pour flétrir les hQmmes qu'on lui représentait comme ensevelis idans de jjontpuses et pa'iejjnes erreurs. Tout parti (juj fi pour lui l'^^rne des mots est bien fort l ^

Pour l'homme qui étudie l'histoire, peu d'époques ont plus d'attrait que celle de la renaissance, où l'on voit tout d'un W.up sortir de la demi-barbario du moyen âgo une foule 4'éx.ud.its et.cje lettrés gui jnaygiJirent en France

' Voir opte x.

Elude^ sur les éprivains dfila fiéfurzr}§fi<^n, (4)10. 1, pag. 133

le règne de la pensée. On dirait un ruisseau glacé par un long hiver, qui, aux premiers rayons d'un doux soleil do printemps, se prend à courir comme un prisonnier quia brisé ses chaînes. C'est ce qui fait l'éternel regret du parti catholique, qui lance ses anathèmes sur cette époque de mouvement et de vie, et réserve ses éloges pour ces jours d'immobilité oii le prêtre était tout et le laïque rien. Cependant, nous devons le dire, sans la Réformation la renaissance n'eût rien fondé. Elle eût créé au sein do la chrétienté déchue une opposition philosophique; mais elle eût péri à la tâche. Pour vaincre la puissante Rome, il fallait quelque chose de plus robuste qu'une tête de penseur, il fallait un cœur de vraiment chrétien. Ce n'était pas tout de détruire, il fallait fonder. Supposez donc une pléiade de savants et de lettrés, ayant à leur tête des Michel Servet etdes Montaigne, rationalistesou incrédules, la renaissance eût-elle vaincu ? Nous ne le pensons pas. Le monde a besoin d'une croyance vraie ou fausse, et jusqu'ici la sagesse humaine n'a su lui présenter que ses doutes ou ses espérances lointaines. C'est donc près du berceau de la Réforme qu'il faut chercher la clef delà société moderne. Elle est là ; pas ailleurs. Et puis, dans ces lettrés et ces érudits, qui ont illustré le règne de François 1", nous ne trouvons que des croyants; tous, ils inclinent leur front devant l'autorité des Ecritures; tous, ils parlent, ils écrivent, ils agissent, ils meurent pour le saint nom de Christ. A peine si l'incrédulité compte dans ses rangs le curé de Meudon, Servet, et quelques autres. Et cependant ceux qui écrivent sur cette belle et glorieuse époque attribuent à la pensée philosophique ce qui est l'œuvre de l'esprit de Dieu! Ce n'est pas étonnant, la chair ne peut comprendre l'esprit.

Le soleil qui éclaira la France au commencement du XVI' siècle, et qui dora de ses rayons les premiers jours du règne du successeur de Louis XII, était levé depuis longtemps sur l'Italie. Là, pendant que nous étions en France à demi barbares, les arts et les lettres florissaient.

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