‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 50 sur 149 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

son zèle s'enflamme, il veut aller déployer au milieu de Genève le drapeau de l'Evangile. Qu'importent les périls? un serviteur de Jésus-Christ ne les calcule pas. N'est-ce pas au milieu des orages que grandit le chêne évangéiique? N'est-ce pas le sang des martyrs qui en est la rosée? Le trois novembre, il arrive a la Tour Perce, prêt à recommencer la lutte. Il trouve les amis de Farel dans l'abattement : leur coeur a faibli au jour de l'orage. Et puis, il faut le dire aussi, s'ils n'aiment pas les prêtres, ils trouvent un peu lourd le joug évangélique. Froment, qui se sentait de force à lutter contre toute une colonne de prêtres et de moines, sent son courage défaillir devant la faiblesse des uns et devant la lâcheté des autres. Découragé et leslarmesaux yeux, il quitte Genève. Mais a peine a-t-il fait une heure de chemin, qu'il s'arrête tout-à-coup... «Non, s'écrie-t-il, jene retournerai pas à Orbe ; c'est à Genève que je veux aller. » Son parti est pris, il revient sur ses pas. «Me voici, dit-il à ses amis étonnés et épouvantés Calmez-vous, ma présence ne vous fera courir aucun danger. Séparons-nous, faites comme si j'étais un inconnu pour vous. Que tout ce qui s'est passé soit secret. «Cela dit, il les quitte; et, le lendemain, les Genevois lisaient sur^tous les murs des carrefours de leur cité l'avis suivant :

« Il est arrivé dans cette ville un homme qui veut en- » seigner à lire et décrire dans tin mois à tons ceux qui )) voudront venir, grands et petits, même à ceux qui n'ont » jamais été à eschole, et si dans le dit mois ils ne saveni » pas lire et écrire, il ne demande rien pour sa peine. Jx- )) quel on trouvera dans la grande salle du Boitet, à la » Croix-d'Or, au Molard; il s'y guérit beaucoup de maladies » pour rien. »

La réclame, comme on le voit, n'est pas d'invention moderne. Celle-ci produisit un etl'et qui dépassa toutes les espérances de son ingénieux auteur. L'hôtel de la Croixd'Or fut. à la lettre, assiégé par une foule de personnes qui proclamaient, les unes, la bonté de la méthode de l'instituteur, les autres, l'elficacité de ses remèdes. La louange du maître était sur toutes les lèvres. Il n'élait question que de lui. Les prêtres ne tardèrent pas à découvrir le luthérien sous la consultation du médecin et

ri2 IIISTOIKE nE LA RÉFORMATION FRANÇAISE.

(]iin.s les leçons (lu maltro d'ccolc : car Froment faisait copier h ses élèves tous les passages des Livres saints qui ton viiin(]iienl Rome d'erreur. Le médecin ne parlait des maladies du corps ([uo pour arriver aux maladies do ràme; et le maître d'école était jeune, capable, instruit, éloquent, ardent, entraînant, sympatlii(]ue. Son école ne désemplissait pas; les enfants y amenaient leurs parents, iiienlùt la grande salle du Boilel dt;vint une église où la vérité était annoncée avec autant d'énergie que de clarté.

Dès co moment, la réputation du médecin maître d'écolo va croissant, les disputes dogmatiques se réveil- .lentavec plus de force que jamais. Des personnes fidèles à Rome s'inquiètent : les idées évangéliques pénètrent jusijuedans leurs maisons, leursenfantsen sont atteints. Alille voix répèlent les versets de l'Ecriture, que Froment xiG dicte sur le papier que pour les graver dans les cœurs. Rome est blessée au flanc, sa blessure saigne ; ses partisans voudraient que du milieu des prêtres il s'élevât une voix courageuse pour confondre le mystérieux étranger et le couvrir publi(iucmcnt de honte et do confusion. Mais pas un seul de ces prêtres dont Genève est pleine n'ose se placer en face du maître d'école; tous ils savent qu'à une grande facilit(Wie paroleil joint une admirable présence d'esprit. Ce qu'ils redoutent le plus chez lui, c'est l'usago habile qu'il fait de la Parole do Dieu. Quand on les presse de se mesurer avec Froment, ils ricanent, le traitent de luthérien, de chien, de maître fou. Voilà le rôle humiliant auquel la vérité condamne toujours l'erreur.

Le fruit évangélique mûrissait au milieu des agitations diverses dont la ville était le théâtre, mais il n.o devait être cueilli qu'à son heure. Avant que cette heure sonncit, Genève devait passer par d'autres péripéties. Rien de grand ne se fait sans douleur. Ce qui vient rapidement et sans peine s'en va de même. Nous sommes à la fin de l'année 1-532, et déjà l'hùlel de la Croix-d Or était un second liôlel de la Tour l'erce. Froment était devenu populaire. Les amis comme les ennemis do la Ré-

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