‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 51 sur 149 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

formo avaient les yeux sur lui, quand, tout-à-coup, lo iTiaîlro d'école qui donnait ses leçons dans la grande salle de la Croix-d'Or les donna sur la place publique. Voici comment cela arriva.

Dans le courant du mois de décembre, le vicaire de l'église de la Madeleine causait avec trois partisans du lulhéranisme. La conversation tomba sur Froment... Lo vicaire ne craignit pas de dire qu'il ne redoutait nullement le prédicateur de la grande salle de la Croix-d'Or, et qu'il lui serait facile de le convaincre d'erreur i>ar lo seul témoignage de l'Ecriture; qu'il était prêta avoir une conférence publique avec lui. Les trois luthériens acceptèrent le dc(î au nom de Froment; un rendez-vous lut fixé au 31 décenitire dans la cure même du provocateur.

Au jour indiqué, la salle où devait avoir lieu le tournoi théologique était pleine de curieux qui avaient déposé leurs armes avant d'entrer, et qui attendaient avec ini* patience de voir les deux adversaires aux prises. Nul no doutait que le vicaire de la Madeleine ne combattît Froment avec la sainte Ecriture. Mais l'élonnement fut grand, quand, au lieu de la Bible, le prêtre ouvrit uii traité de Nicolas de Lyra, dont il cita plusieurs passages pour combattre ce qu'il appelait les erreurs de son adversaire.

Il avait à peine commencé à lire des citations, que do toutes parts on lui cria : « Ce n'est pas Nicolas de Lyra qu'il faut citer, mais la Bible ; citez la Bible, défendezvous par la Bible ; que nous fait votre Nicolas de Lyra? »

Pendant que le malheureux vicaire, assiégé par les questions des uns et les reproches des autres, ne savait <inelle contenance tenir, une foule de prêtres armés de bâtons envahit la salle.

« Que signifie ceci? s'écria Cl^aude Bernard; ést-ce dans lin guet-apens que nous sommes tombés'^ Nous déposons nos armes avant d'entrer ici, et l'on profite de notre bonne foi pour nous attaquer! » Il n'avait pas fini de parler, que le tumulte était déjà grand, et que les partisans de Froiçent, menacés par les prêtres, avaient quitté la salle, et, après avoir repris leurs énées, étaient descendus dans la rue en criant : a Au secours! »

Aiii cfis qu'ils poussèrent, quelques citoyens so joi-

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gnirent àeux pour leur prêter main-forto. De leur côté, les prêtres sonnèrent le tocsin et réunirent leurs partisans; et de toutes parts on se prépara an combat. Sans l'intervention de la police, le sang eût infailliblement coulé.

Les conseils, saisis de l'affaire, défendirent aux prêtres de sonner le tocsin et d'attaquer les bourgeois; mais ils défendirent aussi à ces derniers d'aller entendre Froment, et décidèrent que le seul prédicateur de carême serait lecordelier Bocquet.

Le lendemain, c'était le l*' janvier de l'année 1533, le cordelier Bocquet prêcha au couvent de Rives, devant un immense auditoire. Il fit plusieurs allusions aux événements de la veille; quelques mots qu'il dit pour montrer la nécessité de chercher la vérité dans la sainte Ecriture suffirent pour transformer cette foule en mer agitée. L'écluse était ouverte : toute la masse d'eau s'y précipita. Au sortir du sermon du cordelier, on courut à la Croix-d'Or entendre Froment. La salle fut bientôt trop petite : on s'y trouva entassé. Tous ceux qui avaient entendu Bocquet voulurent entendre le maître d'école; l'exiguïté du local ne le permit pas. « Au Molard ! cria une voix. Au Molard! répétèrent mille voix;» et la foulo se précipita au Molard, entraînant Froment avec elle. D'un banc de poissonnière on lui fit une chaire qui devint la première chaire réformée de Genève; c'est là que fut prononcé le premier sermon protestant.

Le prédicateur, malgré sa jeunesse, ne fut pasau-des-i sous de sa lâche. Debout sur son banc, il calma par un signe de main la foule agitée, et la rendit attentive par cette prière que le Saint-Esprit mit sur ses lèvres :

. « 0 Dieu, père do toute miséricorde, tu as promis à tes enfants de leur donner tout ce qu'ils te demand.<;raicnt avec foi, moyennant que ce soit chose juste et raisonnable. Tu sais maintenant quel besoin ce pauvre peuple a d'ouïr la parole; car, bien que nous ayons négligé de t» reconnaître pour le seul vrai Dieu, et Jésus-Christ que tu as envoyé, — toutefois tu nous as promis que lorsque le jpécheur viendra vers toi, par Jésus-Christ ton Fils, tu

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