‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 52 sur 149 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

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l'exauceras; lu vpux qu'il se converlisse et qu'il vive. Tu vois ce pauvre peuple aveugle et conduit par des aveugles, tellement qu'ils sont tombés dans la fosse delà perdition; il ne peut être relevé que par ta bonté et ta miséricorde; ouvTe donc leur intelligence par Ion Saint-Esprit; qu'ils reconnaissent leurs iniquités ! Et toi, Seigneur, ne regarde pas à nos fautes, mais à la bonté de ton Fils, que lu aslivré è la mort pour nous. Seigneur, puisqu'ilt'a jilu df m'clire entre les choses débiles de ce monde pour confondre les fortes, donne-moi sagesse et constance, afin que la verlu soit manifestée en cette ville! Ton serviteur, si lu ne le fortifies, ne peut subsister en présence de ses adversaires. Nous te prions au nom de Jésus qui nous a enseigné à dire : « Notre père qui es aux cieux, etc. »

Il avait à peine achevé l'oraison dominicale, que la foule s'étonna. Pour la première fois, elle entendait une prière sortir du cœur, elle qui jusque-là n'avait connu que les vaines redites de ses prêtres. Son cœur brûla, elle s'émut, et au milieu de l'émotion générale, le prédicateur prit pour texte ces paroles : Gardez-vous des faux prophètes; il développa son sujet avec netteté, clarté, et avec cel entrain que lui donnait l'immense auditoire suspendu à ses lèvres. Il parlait depuis un moment, quand le grand saultierde la ville, Petremann Falquet arrivant, lui ordonna de se laire, et au peuple de se retirer. Froment lixa sur lui ses regards flamboyants... « Tu m'ordonnes de me taire, lui cria-t-il d'une voix tonnante, et Dieu m'ordonne de parler ! Ne vous troublez pas, » dit-il ensuite au peuple. Et sans faire attention à Petremann Falquet, il continua son discours, dans lequel il indiqua lous les caractères auxquels on peut reconnaître les vrais et les faux ministres de Jésus-Christ. Pendant qu'il parlait, ses auditeurs faisaient eux-mêmes l'application de ses paroles brûlantes; ils voyaient dans leurs prêtres ces faux proiihèles si bien dépeints par le fougueux tribun. La lumière pénétrait dans les esprits, un grandcoup élait porté aux traditions romaines; elles croulaient sous la [larole puissante du jeune apôtre, quand Claude Bernard vit an iver en armes les prêtres, le procureur fiscal et le lieutenant de police. « Froment, lui cria son ami, voici les prêtres; sauve-loi ! qu'il n'y ait point de sang répandu

dans co beau jour ! » Fromonl voulut continuer son discours; SCS amis l'on empêchèrent et l'entraînèrent chez Ami Perrin. Les prêtres et leurs acolytes les suivirent, assiégèrent la maison, brisèrent les vitres, mais ils se retirèrentdevant !a calme inlrépiditédcs amis du prédicateur.

La mission de Froment était accomplie à Genève. Il sentit (]u'il ne pouvait plus y demeurer sans compromettre ses amis ; il quitta la ville, mais en y laissant son cœur et en em[)orlant l'espérance que la semence do l'Evangile n'avait pas été jetée en vain dans ses murs.

Avant de poursuivre notre récit, étudions un moment l'œuvre de ce tout jeune homme qui paraît tout-à-coup avec tantd'éclat sur la scène, et en disparaîlbienlôt ajirès; météore par le temps qu'il demeura à l'horizon, mais étoile polaire par son utilité. 11 nous rappelle ces jeunes hommes ardents, qui, aux jours des révolutions sociales et politiques, jettent, à un momentdonné, lepoidsde leur parole et de leur courage dans la balance des destinc>es des nations. Ils mûrissent d'un rayon de soleil une idée, donnent le dernier coup de bélier h une vieille bastille, ot un étendard à la main marchent résolument à l'assaut. Courage, talent, ardeur, enthousiasme, ils sont les hommes, non do leur lenips, mais de leur heure. L'heure passée, ils s'éclipsent; mais ils n'en ont pas moins accompli leur tâche, et ils demeurent grands, parce qu'ils y ont attaché leur nom. Tel fut Froment. Genève avait besoin de lui pour sa réformation ; mais il fallait (ju'il y arrivât après Farid et avant Calvin. Dieu l'y envoya au moment oii celle cité réclamait un tribun hardi et courageux, afin de briser les derniers liens qui retenaient encore la population sous le joug des prêtres. Ce que le maître d'école avait commencé a/ec tant do sainte originalité, le prédicateur du Molard l'acheva avec éclat et bénédiction. Quelque courle qu'ail été .son œuvre, Froment n'en reste pas moins un grand nom dans l'histoire de la Réformalion genevoise.'

a Je ne suis pas venu apporter la paix, mais l épcc, » dit

Note XV.

Mvr.E m.

Jésus. ' Celle parole, prononcée par Celui qui esl tout aii.our cl loul charité, dut sembler élrun.L'e à ses disciple» la première! fois qu'ils l'entcndireul. Plus tard ils so la rappelèrent au milieu do leur pénible ministère, quand, messagers do paix, ils virent que les lioniines qu'ils voulaient sauver ne répondaient à leur amour ])our eux (jue par des haines sourdes, ou par de lâches persécutions. Leur histoire esl celle de tous ceux i}ui, après eux, élevèrent au milieu des hommes ignorants et corrompus, le flnmbi'au salutaire de l'Evangile. Que venaient faire Farel, Saunier, Froment, Calvin, à Genève ? si ce n'est prêcher ces mêmes enseignements que Pierre donnait aux Juifs, à Jérusalem, le jour de la Tentecôle, el Paul aux AtliéiiicMis dans leur aréopage ? El cependant prêires el moines se liguèrent contre eux, plus coupabhîs que Caïpho el «luo 13émélrius d'Ephèse, [larccï qu'ils savaient que le livre au nom duquel les réformateurs parlaient, est le livre de Dieu. Leur haine et leurs violences ne prouvèrent que leur relus do changer leur vie licencieuse en une vie sainte et pure. En rejetant le joug du Seigneur, ils furent aussi logiiiues dans leur résistance que les réformateurs dans leurs allaques.

Le départ, ou plutôt la fuite deFrnmeat, loin de ralentir le zèle des fidèles, ne fil c]uo l'exciter. Le courage du bouillant jeune homme avait |iassé dans les cœurs ; puis la vérité chrétienne avait fail un t;rand pas. L'éli-ment humain, enfin, qui se mêle trop souvent à nos meilleurs sentiments comme à nos meilleures œuvres, leur donnait force et vie. Les luthériens croissaient en nombre, (!t avaient de chauds pai'lisans jusqu(! dans le sein du conseil. Le petil filet d'eau était devenu ruisseau, le ruisseau sera bientôt torrent, et, dans s. m cours impétueux, il emportera [irêlres, moines, évêques, croix, chapelets, messes, reliques, confessionnaux, et nettoiera la cité genevoise de ses superstitions séculaires.

Les amis de l'Evangile so comptèrent; ils furent tout à la fois étonnés et joyeux dose trouver si nombreux. A l'oiuvre ! direnl-ils ! à l'œuvre ! le repos ne convient qu'à

i i },îaltli. X, 01.

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ceux qui ont truvnillc. A dater de ce momont chncim d'eux devint un aitl(;nt missionnaire. Les travaux de Froment, sa firédicalion du Molard, ses ousoigneinents, furent autant de textes de discours et de discussions. On attaqua Rome dans la vie de ses [)rôtres, dans le paganisme de son culte, dans l'hérésie do sa foi ; et du fond do leur retraite, Farel , Froment, Saunier furent, après Dieu, l(!s inspirateurs de ces hommes qui marchaient contre Rome comme vers une ville qu'il fallait prendre d'assaut. Les prêtres, do leur côté, no demeuraient pas oisifs : ils chassèrent de Genève le cordelier Bocquet, coupable d'avoir prononcé une jihrase hérétique et suspecte de luthéranisme. Ni; se sentant pas loiileluis assez forts pour faire face à l'orale, ils essayèrent do faire intimider les conseils par lesFribourgeoisqui, ennemis déclarés de tout essai de réforme, ne voulaient pas que le luthéranisme fût introduit dans la cité genevoise. De leur côté, les réformés s'adressèrent aux seigneurs do Rerne, qui, touchés do leurs plaintes, écrivir(>nt aux deux conseils pour réclamer noblement la liberté de conscience pour ceux qui no voudraient admettre que le pur Evangile de Jésus-Christ.

Placés entre deux forces contraires, les conseils étaient très-embarrassés : d'un côté, ils méprisaient trop les prêtres [lour sévir contre les réformés; de l'autre, ils n'étaient pas assez détaches de leur Eglise pour se déclarer contre elle. Le fruit n'était pas encore mûr, mais lo jour de sa maturité n'était pas éloigné.

C'est à cotte époque (mars 1533) qu'eut lieu une prando émeute dans les rues Basses. Los réformés coururent risque d'être écrasés, vu leur petit nombre, comparé à la masse do leurs assaillants. Lo massacre allait commencer, quand les députés fribourgeois, avertis quo le sang allait couler, se jetèrent résolùment entre les deux partis, lev(!rent leurs armes en sii^nedo trêve; puis ils s'avancèrent vers les catholi(iues : « Voyez, leurdirent-ils : les luthériens sont tellement désespérés, et en si vaillantes dispositions, quo nous ainuu'ions mieux, nous Fribourgeois, combattre avec eux qu'avec vos prêtres; d'ailleurs, ils sont eu plus grand nombre quo vous ne croyez, et si

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