‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 54 sur 149 · LIVRE ni · texte numérisé non relu

LIVRE ni

échec on faisant acte d'autorité. Il ordonna donc qu'on cessât do lire dans les églises les portions de l'Evangile qu'on y lisait chaque dimanche. Il défendit do plus qu'on prêchât pendant l'avent. Le mandement du prélat fugitif excila un grave mécontentement; les magistrats s'opposèrent à son exécution.

La position était critique pour le clergé, qui se sentait humilié dans le mépris des magistrats pour les ordres de son chef, et qui souffrait avec une impatience mal déguisée les railleries do ses adversaires. Voyant enfin quo chaque acte violent de sa part élait l'occasion d'un nouveau triomphe pour son ennemi, il se décida, quoi(]u'à contre-cœur, à descendre sur le terrain de la discussion Il jeta donc son épée de fer de côté et se présenta vaillamment sur la broche, n'ayant d'autre arme que la Parole do Dieu, Hardi et confiant, il défia pasteurs et prédicateurs, et, du haut de ,sa chaire, il essaya de démolir pièce il pièce l'hérésie. Mais dans ce clergé do Genève, qui se sert si bien d'épées et de bâtons, il n'y

avait pas un seul prêtre capable de tenir tête à Farel

La Sorbonno avait alors quelques hommes de talent qui défendaient pied à pied l'Eglise romaine contre les attaques de ses nombreux adversaires. Guy Furbity élait do ce nombre. On jeta les yeux sur lui pour réparer les brèches faites à la ville épiscopalo de Pierre do la Baume. Il arriva précédé d'une immense réputation... Le clergé £0 serra autour de lui comme autour d'un chef. Le moment élait enfin venu de repreudre par la parole ce quo la parole avait fait [lerdre. Furbity monta en chaire. La foule, avide d'entendre un homme que la savante Sorbonno comptait dans ses rangs, et qui devait faire rentrer l'hérésie dans les antres ténébreux d'où elle était sortie, courut l'entendre. Furbity pouvait beaucoup pour sa cause; il la gâta par ses maladresses. Au lieu do .se présenter comme un ministre do conciliation , il se posa en homme do guerre. Au lieu de raisons, il ne porta en chaire que des injures. Il railla les réformateurs et exalta outre mesure le prêtre. Ce dernier, selon lui, est l'être par excellence; devant lui tout genou doit fléchir, tout front se courber; il est supérieur à la Vierge même, qui n'a mis au monde le Sauveur qu'une fois, tandis

qu'il le fait descendre du ciol à sa volonté; il n'a pour cela qu'à souffler sur une hostie en prononçant ces mots : Ceci est mon corps. — Quant au pasteur reformé, c'est un être sans caractère, une misérable canaille, un brigand.

Des prédications pareilles devaient naturellement porter leurs fruits. Un rude châtiment attendait le sorbonniste.

Le 2 décembre 1533, les catholiques le conduisirent en triomphe à la cathédrale. Electriséà la vue de son immense auditoire.Furbity puisa à pleines mains dans son inépuisable vocabulaire d'injures. « Les bourreaux de Jésus-Christ, (lit-il, ceux qui se partagèrent sa robe, ne sont pas morts, ils sont dans cette église; ce sont les luthériens, les vaudois, les ariens, les sabelliens. » Il outragea, insulta, divagua, oublia ses devoirs do prédicateur en outrepassant tous les droits que donne la chaire... Tout-à-coup, il s'anèta au milieu de son discours, et promenant des regards provocateurs sur l'assemblée, il sembla chercher un adversaire. Un mouvement d'épaule sembla dire aux luthériens : Vous avez peur!

Enhardi par le silence qui régnait, et croyant, dans ce moment, à sa force comme à la faiblesse do ses adversaires, Furbity leur jeta un défi dédaigneux. « S'il y a ici, dit-il, des luthériens, qu'ils s'avancent. » Il s'arrêta un moment, puis il continua : « Ils se cacheront, car ils sont trop lâches, et ne sont bons qu'à disputer sous le manteau do la cheminée pour séduire quelques femmes ignorantes. » L'oraleur s'arrêta encore et sembla attendre que quelque réformé vînt ramasser le gant qu'il avait jeté au bas de sa chaire.

Dans ce moment, catholiques et réformés étaient dans une attente pleine d'anxiété. Furbity et les siens triomphaient déjà... quand toul-à-coup un homme au regard hardi se dressa sur un banc élevé d'où il dominait la foule, et d'une voix de tonnerre qui imposa le silence, il cria : « Messieurs, messieurs, écoutez, ce que je veux vous dir<!. » Cet homme, cet audacieux, c'était Froment.

A peine eut-il élevé la voix, que tous les regards so dirigèrent vers lui. T)obout sur son banc, il commanda à la foule, et la foule écoula, pendant que, du haut do sa

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