‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 55 sur 149 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

chaire, Furbify, muet de colère, entend le réformateur battre en brèche, do sa parole puissante et passionnée, les remparts déjà si ébranlés de l'Eglise romaine.

« Je veux être brûlé vif, s'écria Froment, si je ne prouve pas par les Ecritures que toutes les paroles du docteur sont menteries et inventions de l'Antéchrist. L E-îprit de Dieu peut-il être, à la fois, vérité et mensonge, en enseignant les hommes?... Or saint Paul écrit aux Romains: « Celui qui mange de tout le fait pour plaire au Seigneur ; celui qui ne mange pas de tout se conduit ainsi pour être agréable à Dieu; » et à Timo- Ihée : « L'Esprit dit expressément que plusieurs abandonneront la foi pour annoncer des doctrines de démons; ils défendront de se marier et de faire usage des aliments que Dieu a créés pour que les fidèles en usent avec actions de grâces. » Qui parle selon l'Esprit de Dieu ? Est-ce saint Paul ou le pape? Le Seigneur peut-il se déiiire? autoriser un jour l'usage de toute nourriture acceptée avec reconnaissance, et défendre plus tard co qu'il a permis?... Vous dites que ceux qui lisent l'Evangile en langue vulgaire sont libertins, ivrognes, blasphémateurs. Nous acceptons ces injures en compagnie des fidèles à qui saint Paul ordonne de lire et de sonder les Ecritures; en compagnie des saints Pères de l'Orient et de l'Occident, qui recommandent de lire la Bible en grec, en latin, en hébreu, en syriaque, c'est-à-dire dans les langues vulgaires des pays où la doctrine de Jésus- Christ a pénétré. »

C'était trop pour la patience des prêtres, qui ne surent plus contenir leur colère. Furieux, ils s'élancèrent do leurs bancs et se précipitèrent vers l'orateur. Les réformés firent à Froment un rempart de leurs corps et facilitèrent sa retraite.

Si Rome eût voulu se perdre à Genève, elle n'eût pas suivi une autre voie que celle dans laquelle elle marcha, avec tant d'aveuglement et do persévérance. Mais il fai t" nous hâter d'ajouter que ce qu'elle eût pu faire au commencement de la lutte devenait impossible avec les cxi-

gencos sans cesse croissantes de ses adversaires qui, après chaque nouvelle victoire, lui demandaient un nou- ,veau sacrifice. Aujourd'hui on sacrifie le carême, demain on sacrifiera les images, ap.rès-demain la messe. Gii s'arrêter ? Dans ces heures critiques, le plus sage n'aurait su le dire. 11 fallait donc que chacun suivît le courant des choses : les uns en tout refusant, les autres en voulant tout. Des deux côtés l'accord était impossible. Le sorte» était jeté, c'était aux armes de prononcer. Le signal du combat fut donné le 1" janvier 1534. M. de Bonmont parut sur la brèche, tenant dans ses mains un mandement de Pierre de la Baume, qui ordonnait h tous ceux qui avaient des Bibles en allemand ou en français de les brûler. Le coup était hardi; il fut tenté trop tard. Le mandement épiscopal fut accueilli avec un cri de surprise et d'indignation. Pendant que les citoyens se livraient à des commentaires plus ou moins violents sur son contenu, Furbity, du haut de la chaire de la cathédrale, d(''versait les flots de son éloquence bouffonne sur les réformés et les dévouait à tous les démons do l'enfer. « Que Dieu les convertisse, criait-il de toute la force do ses poumons, sinon qu'il leur envoie des fièvres quartes, et ciiausse qui voudra leurs mitaines. »

Furbity empira ainsi l'étatdeschoseset vint puissamment en aide au parli protestant. Les députés bernois, indignés do l'ordre sacrilège de brûler les Bibles, et des attaques indécentes du sorbonniste, insistèrent pour qu'une conférence publique eût lieu entre lui et les réformés, afin qu'il justifiât sesaltaques par les Ecritures. Furbity refusa; il se réfugia derrière l'autorité é[>iscopale, qui ne voulait pas donner son consentement. Le conseil insista et ordonna que le prédicateur fût amené devant MM. do Berne et le conseil des Deux-Cents. Nul prêtre n'eut le courage d'accompagner Furbity, qui se trouva face à face avec Farel. Celui-ci le reçut avec courtoisie. Le combat commença.

Il appartient à l'histoire particulière do l'Eglise de Genève de rapporter dans ses plus petits détails cette importante controverse. Nous dirons seulement que le docteur do Sorbonne fut malheureux dans cette conférence, et dans celle qui eut lieu le 29 janvier suivant. Farci lui

Page 1