‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 58 sur 149 · vnE m · texte numérisé non relu

vnE m

en prcsenco dos rnagistrats de la ville et dos députés bernois, la grande querelle entre Rome et la Uéforme va se vider. Farci, Courault, Froment, Viret, Bernard, ex-ehnnoine, et maintenant l'un des champions les plus décidés du luthéranisme, sont à leur banc : Farol avec son œil de feu, Froment avec son intrépide regard, Viret avec son pieux recueillement, Bernard avec son énergie, lo jieuple avec ses [tassions, les magistrats avec leur anxiété vl leurs irrésolutions ; chacun parcourt des yeux les thèses sur lesquelles roulera la discussion; elles sont au nombre de dix ; les voici :

« 1° 11 ne faut chercher la justification do ses péchés qu'en Jésus-Christ;

2° Il no faut rendre qu'à Dieu l'adoration religieuse;

3° Le gouvernement de l'Fglise ne doit être réglé que par la Parole de Dieu ;

4° 11 a été sulfisamment satisfait pour nos péchés par le sacrifice, de Jésus-Christ offert une seule fois ;

5° Jésus est le seul médiateur entre Dieu et l'homme;

6° Ceux-ci errent qui attribuent à leurs œuvres la vertu de justifier ;

i' C'est une idolâtrie que d'adorer les saints cl les imagos;

8° Les traditions humaines, et les constitutions qu'on appelle do l'Eglise, cl qu'on doit plutôt appeler romaines ou pa[)ales, sont non-seulement vaines, mais pernicieuses ;

9° Le sacrifice do la messe, les prières pour les morts, et celles qu'on leur adresse, sont contraires à la Parole de Dieu et inutiles pour le salut;

- 10" Les saints no sont pas nos avocats et nos intercesseurs ; et c'est par l'autorité des hommes et non par celle de Dieu qu'on a introduit dans l'Eglise la doctrine de Jour ministère. »

Le désappointement des auditeurs fut grand, quand pas un seul prêtre ne monta sur l'estrade pour défendre sa foi. Un murmure d'impatieuce se fit entendre; mais bientôt on apprit que l'évêque avait défendu à ses abbés, curés et chanoines, de paraître dans l'assemblée. Los syndics et lesamis du clergé sap[ilièrent les prêtres du ne pus compromettre leur cause par leur abstention : nul

10(5 IliSTOir.lC DF. LA Ul';i"OilMAT!ON FKANÇMSE.

d'eux no porul sur la plalo-forino. La foulo se dispor.sa en murmura lit, ot un {jrand nonidro do callioliquos, honteux cl humiliés do la lâclieto du ciergoj scntii'cul leur loi chanceler et commoncèronl à souprounor que le hon droit pourrait bien n'être pas do leur côté.

Celle journée lut bonne jiour la Uélormo; ses défenseurs avaient montré encore une lois, cl sur un grand théâtre, qu'ils ne redoutaient pas pour leur foi le grand jour do la discussion, tandis que les défenseurs dt) la papauté avaient révélé toute leur faiblesse en se cachant.

Le conseil, comprenant toutes les suites lâcheuses qu'aurait pour le clergé son mutisme, lit des eiïorls inouis pour l'engager ;i ne pas fuir la discussion. Après huit jours d'instances, le docteur Caroli se reiulit aux désirs des magistrats. Lecordelier Chapuis s'y rendit également: la conférence fut fixée au 8 juin 15.35.'

Pourdonnerdu courage à Caroli, qui devait parler lo premier, les chanoines lui euvoyèrenl une caisse de leur meilleur \ iii.

Caroli n'était pas étranger au mouvement religieux qui entraînait les esprits vers un monde nouveau. Noasculemenl il connaissait les erreurs de son Eglise, mais encore il avait prêché contre elle à Meaux, aux jours où Briçonnet faisait des réformes dans son diocèse. Mais la crainte de la mort le rendant lûche, le contraignit à renier son luthéranisme. C'éluit cet homim; que le clergé genevois avait chargé de sa défense. Nul, sans doute, n'était plus capable que luide remplir lo mandat qui lui était conlié. Mais malheureusement pour ses partisans, il manquait de convictions. C'était un linbile niaitre d'armes, ot nullement un lutteur. Néanmoins il ne craignit pas d'engager le combat; mais dès le début il compromit sa cause en avouant qu'il ne voyait [)as d'hérésies positives dans les cinq premières thèses.

Les catholiques furent stupéfaits en l'entendant : il acceptait par cet aveu les bases mêmes de la Réforme...

Cet aveu fait, Caroli, attaqué sur le saciilice do la messe, se mit à citer les l'ères et les scolastiques.

« Laissez les l'èrcs et les scolastiques, lui diiont ses

' Ilegistie du conseil, 1535

Page 1