‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 59 sur 149 · LIVRE ni · texte numérisé non relu

LIVRE ni

adversaires, et défendez-vous parles saintes Ecritures, la seule autorité que vous et nous puissions invoquer. »

•Placé sur ce terrain brûlant et forcé fiar ses adversairesde s'y tenir, Caroli sentit son courage faiblir. Il balbutia; et, contraint par ses souvenirs de Meaux, aussi bien que par sa conscience, il avoua qu'il ne condamnait pas absolu ment les doctrines de ses adversaires. «J'espère, ajouiat-il, que la vérité sortira avec éclat du clioc do la discussion. »

Caroli avouait hautement sa défaite. Les calho iques furent consternés; leur échec était patent. Les mille, trompettes de la renommée le publiaient partout. Encore unafl'ront, et la victoire des réformés sera complète. Dans leur anxiété, les chanoines ne surent comment faire tête à l'orage : ils songèrent alors à Furbity, toujours détenu en prison. Ils lui envoyèrent la femme du geôlier qui lui présenta les dix thèses, et le pria, en leurnom et dans l'intérêt de sa sainte mère l'Eglise, si lâchem(!nt abandonnée par Caroli, de la défendre. Le prisonnier ne l'écouta pas et foula aux pieds le parchemin des chanoines.

Quelques heures après, Caroli entrait dans la prison du captif. Cette fois le docteur avait le couiage de sa foi. Il avait regardé autour de lui, et il n'avait vu ni des bûchers ni des Bedier. Il pouvait donc parler sans crainte. Il s'avança vers Furbity, qui avait été son élève. En h; voyant, celui-ci reconnut, au changement d'habits du docteur, qu'il était passé dans les rangs de la Réforme. Son émotion fut si grande qu'il s'évanouit.'

Quand le prisonnier fut revenu de son évanouissement, Caroli lui raconta comment il était arrivé à ses nouvelles convictions, et le pressa d'abandonner ses erreurs pour embrasser les vérités de l'Evangile.

<(. Maître, lui dit Furbity, je veux mourir dans la foi dans laquelle vous m'avez instruit, je ne veux pas disputer avec vous. Si je n'étais pas malade, je ne craindrais pas de défendre la foi de notre Eglise avec cet idiot do Farel ; mais il faudrait d'abord qu'on lui rasât la barbe et les cheveux, car il a un démon dans chaque poil. »

Le niailre et l'élève se séparèrent. Toutes les instancos

' Chronique de Froment

]C)8 HISTOIRE DE LA nÉFOUMATION FRANÇAISE,

qu'on fit auprès de Furbity échouèrent devant son refus formel de souteiwr la lutte. Le cordelier Chapuis était la dernière planche de salut des chanoines. f > Ce moine, qui ne manquait ni d'audace ni de talent, j ne fut pas découragé par la défection de Caroli. Au jour ! in(ii(|ué pour la discussion, il fut exact au rendez-vous. ) 11 lutta à forces é.unles avec Bernard. Mais quand il se ^ trouva en face de Farel et de Viret qui le contraignirent à défondre sa cause par la sainte Ecriture, il perdit courage, tâtonna, balbutia et finit par demeurer court.

Ce n'était pas sa faute, mais celle de la cause qu'il défendait. En le forçant de prouver que la foi de l'Eglise romaine est conforme à celle de l'Eglise apostolique, on lui demandait l'impossible. Son provincial récompensa son courage en lui ordonnant de sortir immédiatement de Genève et d'aller à Besançon cacher sa honte.

Ce nouvel échec fut particulièrement douloureux aux hommes sincères et pieux (}ue Rome avait encore dans son sein. Feu éclairés, mais consciencieux, ils ne voulurent plus demeurer dans une ville dont les prêtres étaient lâches et ignorants. Ils vendirent leurs biens et ils quittèrent Genève. 11 y a quelque chose de touchant dans cetio détermination; et Ùieu, plus charitable et moins logique que les hommes, n'aura pas tenu pour néant leur sacrifice. 11 aura eu pitié de ces Israélites égarés sur les bords de l'Euphrate, qui ne purent comprendre que l'Eglise de Jésus n'est que là oîi l'on prêche la doctrine apostolique.

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