‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 6 sur 149 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

maux. « Voici, s'écrio-t-il encore : Rome est maintenant le gouffre et le Mammon do l'enfer, où le diable, capitaine de toute avarice, réside , vendant le patrimoine de Christ qu'il a mérité par sa passion ; et lequel nous donne gratuilcmcnt ce que nous avons reçu gratuitement; de sorte que ceci est maintenant tourné en [)rovcrbe ;

« Notre dame cour romaine

Ne cherclie brebis sans laine,

Elle donne des pardons

A cenx qui portent des dons ;

Jlais elle ffiine sa porte

A celui qui rien n'apporte. » *

C'est cette humiliante vérité qu'avouait Pie II avant qu'il fût pape, dans ces paroles si connues : « La cour de Rome. ne donne rien sans argent; on y vend mémo les impositions des mains et les dons de l'Esprit, et l'on n'y donne le pardon des péchés qu'à ceux qui o-nt de l'argent. »

Ce fut cette avarice insatiable qui mit le comble à l'iniquité de cette cour et la jeta, en aveugle, dans le honteux trafic des indulgences. Le jeune et voluptueux Léon X avait succédé au belliqueux Jules II. Ami des arts et des lettres, il s'entoura desartistes les plus céjèhresdc? l'itnlie; chargea Raphaël de peindre sa galin-ie des loges , et le vieux Michel-Ange d'achiîver Saint-Pierre, commencé sur des bases si larges par Broïuante. Mais rarg(>nt manquait, car Léon X ne sut jamais mettre des bornes à sa prodigalité, digne émule, en cela, de François l", auquel il vendit les biens du clergé, en échange des libertés de l'Kglise gallicane. Le brillant successeur de Jules II voulait glorifier son pontificat par l'une de ces œuvres d'art qui, par le grandiose de la conception et le fini des détails, transmettent avec leurs bronzes, leurs marbres, et leurs porphyres, un nom à la postérité. Le profano

' Onus Ecclesiae, cap. 19.

2 /Eiieas Sylv. Epist. lib. 1- c;'i3t. G6.

14 IIISTOIUE DE LA RlLl'OUMATION l'UANÇAlSE.

ponlife se trompa, puisque son histoire so lie moins au dôme de Saint-Pierre qu'au trafic dos indulgences.

Tout entier à ses plaisirs et occupe à faire de sa cour le rendez-vous des arts et des lettres, Léon X laissait dormir dans les archives du Vatican les plaintes de l'Eglise. Ce fut au moment mémo où il croyait en avoir fini avec les conciles, que les premiers symptômes d'opposition oclalèrent à VVittemberg.

Léon X avait épuisé ses ressources, et ne savait comment battre monnaie, quand le vieux cardinal Puccy lui suggéra l'idée de le faire avec les indulgences. Le cardinal, avare autant que le pontife était prodigue, comprit tout le profit que le chef de la chrétienté pourraiten retirer, et il signala, avec la sagacité qui est propre aux hommes d'Eglise, (juond ils sont vieux et cupides, cette mine que les [lapes avaient mal ex[)Ioitée. Peu scrupuleux sur le choix des moyens, Léon accepta avec empressement celui qui, tout honteux qu'il était, lui permettait do remplir ses colïres vides et d'enrichir sa famille. Il fait alors un appel solennel à la chrétienté : il s'agit d'élevcF à l'honneur de saint Pierre une église qui n'aura pas sa pareille dans le monde. Mais l'argent manque; toutefois le Saint-Père ne veut pas que les oH'randes des fidèles arrivent à Rome sans que Home se montre libérale et reconnaissante. Le .saint père ouvrira le trésor des indulgences que Jésus-Christ a mis sous sa sainte garde, et, comme une douce rosée, le salut so répandra sur la terre.

La chrétienté simple et naïve, s'im?ginant que Home est toujours le centre de la vie, de la sagesse et de la science, accueille avec joie cette bonne nouvelle. A l'allégresse générale, on eût dit que le jour do la bienveillance céleste se levait sur le monde ; chacun donc se préparait à .se courber vers la terre, pour ramasser cette manne précieuse que le saint |)ère voulait bien y laisser tomber, Mais les jours de la [)alience divine étaient à bout. Romo avait mis le comble à ses iniquités : elle était devenue impie, profane ; et comme Babylone, elle jouait avec les vases de l'autel. C'est alors que la main vengeresse de Dieu inscrivit sur ses murailles le Mené Mené Thekel, U'phaisitn, et que le fougueux dominicain Tetzel trouva dans Luther un adversaire et un vainqueur.

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