‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 61 sur 149 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

sortir des ruines de Rome une Jcrusaicm toulo brillante de splendeur.

SiTien n'est plus triste qae le spectacle que présente une ville prise d'assaut, après un siège long et pénible, rien n'est aussi plus curieux. Pénétrons donc dans Genève, que Farel et ses amis ont enlevée de vive force à Pierre de la Baume et à son armée de prêtres et do moines ; visitons en détail les couvents et les églises, redoutables citadelles de cette ville dont la superstition était le rempart. Partout on reconnaît les traces de l'incendie, (jui, en immense spirale, a dévoré statues, images, autels, confessionnaux, trône épiscopal, dais, aubes, chasubles, manteaux de velours et de soie. L'œil ne s'arrête que sur des ruines. Ce (jui fut l'objet de la piété et de la vénération de plusieurs siècles est maintenant foulé aux pieds. A la raillerie qui les atteint, se mêlent parfois aussi une colère méprisante et une haine qui se traduirait facilement en actes de vengeance, si Dieu n'avait pas parmi les vainqueurs des hommes, de paix et de bon conseil. Mais ce peuple qui rit, qui gronde, qui plaisante, qui rugit, ne pouvait cire que ce qu'il fut. Nous nous étonnons même de sa modération : sa victoire déchirait violemment le rideau derrière lequel le clergé, acteur profane, se cachait, et d'où il ne sortait que pour jouer la plus sacrilège des comédies. L'illusion avait disparu devant la réalité, et cette réalité était la justification la plus éclatante de la conduite de Farci.

Si les faits n'étaient pas inscrits dans les annales de l'histoire, nous ne pourrions les croire, tant ils sont étranges, inouïs, tant ils disent, mieux que nous ne saurions le faire, que la Réformation à Genève fut juste, et que le parti qui vainquit combattit pour la plus sainte des causes. Mais, pour avoir c^tte conviction, il faut qu'elle soit donnée, non par l'esprit do parti, niais par les faits. Nous les avons écoutés; écoutons-les encore.

Genève était soumise à l'influence du clergé, qui la laissait croupir dans l'ignorance. De là, ces superstitions

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qui faisaient de la capitale du Léman l'Ephèse de i'Helvélie. Dévote jusqu'à l'excès , connaissant tout, excepté ce qu'il fallait connaître, sa prodigieuse ignorance la rendait l'esclave de ses prêtres. Le marchand d'indulgences Tetzel, qui savait tant et qui osait tant, aurait pu trouver ses maîtres à Genève; mais pour connaître tout ce que valait la milice de Pierre de la Baume, il fallait que Farel lui prit sa ville épiscopale. Entrons dans la cité où la messe a été abolie, et dirigeons-nous vers le célèbre couvent des moines de Notre-Dame des Grâces. Nous sommes dans le réfectoire où les bons pères prenaient leur nourriture de chaque jour; des peintres en ont décoré la voûte et les murs. Dans notre simplicité, nous croyons que l'œil doit y distinguer Jésus lavant les pieds à ses apôtres, ou bien dinant avec eux sous le toit hospitalier de Marthe et Marie; ou bien encore distribuant, après son dernier souper, les emblèmes de son corps rompu et de son sang versé. Voilà ce que notre imagination nous représente dans un réfectoire de moines, où notre œil cherche encore des têtes de mort, des sentences sur le néant des choses d'ici-bas, ou des maximes comme celle-ci : Le plaisir de mourir sans peine vaut bien la peine de vivre sans plaisir. Mais les moines genevois ne se piquaient pas de suivre les règles austères des fondateurs de leur ordre. La corruption avait déteint sur eux, et l'humble réfectoire s'était transformé en joyeuse guinguette. Voici donc ce que les bons pères avaient fait peindre sur les murs de leur salle à manger, et qui frappa les yeux de leurs fidèles insurgés quand ils y pénétrèrent pour la première fois. L'œil distinguait une grosse femme qui présentait à des moines une bouteille et un gros pâté, le tout entouré d'un cadre sur lequel étaient écrits ces mots du psaume xxxni : Qu'il est doux pour des frères d'habiter ensemble!!! Mais ce n'est là qu'un détail, un commentaire profane d'un verset des Ecritures, un vase du temple égaré au milieu d'un dîner de moines présidé par un Rabelais. Pénétrons un peu plus avant, et du réfectoire diria;eons-nous vers la chapelle renommée par la madone des enfants inorls-néa, qui, d'agrcs la foi romaine, ne peuvent allerquo dans les limbes. La Vierge ne pouvait oublier ces pauvres innocents, qui, ne nais-

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