‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 65 sur 149 · XXII · texte numérisé non relu

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Mille étincelles tombent en vain sur des corps humides; une seule qui tombe surdos matières inflammables peut produire un incendie. C'est là à la lettre l'histoire du passage des deux anabaptistes. Un mois de séjour, la défense publiiiue de leurs enseignements, firent des ravages incalculables au milieu des Genevois, qui ne demandaient qu'une occasion de jeter le masque et de lever l'étendard de la révolte. Si Pierre de la Baume s'était présente dans ce moment, avec ses statues, ses

• Registre du conseil, l" au 19 mars 15o~.

images ot ses reliquos, on l'eût accueilli comme, un libérateur et conduit au milieu des acclamations dans sort palais épiscopal, pendant qu'on eût donné à Farel et à Calvin le Rhône pour tombeau.

L'opposition s'organisa sur une vaste échelle; elle eut bientôt son chef dans Jean Philippe, l'un des principaux magistrats. On ne voulait plus do réforme morale; on ledit, on te répéta tout haut. Les réformateurs étaient débordés de tous côtés; on releva la tète : ce n'était plus le papisme qu'on attaquait, c'était le christianisme lui-même. Deux bourgeois ne craignirent pas de dire publiquement que bien fou est celui qui croit les dix commandements de Dieu. Le conseil les manda devant lui ; mais dans la crainte d'une condamnation, ilss^évadèrent à la faveur des ombres de la nuit. L'opposition n'était pas seulement dans les masses, elle était encore dans les magistrats chargés d'appliquer la loi. C'étaient toujours les mêmes hommes, forts quand le peu[)le était avec eux, faibles quand il était contre eux ; et puis, parmi ces magistrats, il y en avait un grand nombre qui trouvaient le joug ecclésiastique insupportable,*! qui faisaient, en silence, des vœux pour quequelque événement le brisât et les rendit à la liberté. La cause évangéliquo était gravement compromise. Elle le fut surtout le jour oh, sur quatre syndics nommés par voie d'élection, trois furent pris parmi ceux qui avaient écrit surMeur bannière : Point de réforme. En leur conférant le bâton syndical, Genève manifesta ouvertement ses sentiments à l'égard des lois ecclésiastiques. Calvin et Farel étaient vaincus : ils n'avaient pour eux qu'un dernier reste do force dans la crainte qu'ils inspiraient encore. La lutte évidemment devenait inégale. Le pouvoir s'était déplacé et avait passé des amis de la Réforme à leurs adversaires. Les loisecclésiasliques étaient encore debout, mais le filet à mailles de fer commençait à devenir toile d'araignée : les réformateurs succombaient, non sous le poids de leur propre faiblesse, mais sous celui du torrent des mauvaises passions.

Nous serions entraîné trop loin s'il fallait raconter jour par jour , heure par heure, cette lutte dans laquelle les réformateurs furent grands et souvent

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