‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 71 sur 149 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

son âme avait soif. Nature ardenle et méridionale, il dédaigna do s'envelopper d'obscurité pour écliafiper aux regards des Argus du clergé qui voyaient un lioréliquo dans tout homme qui osâit penser par lui-même. DeCaturce lui pr.ru l donc susf«ct. 1! le fit arrêter et jeter dans un cachot.

Le dossier de son procès mérite d'être connu, ne fùt-co que pour rendre l'ultramontain moins amer et [dus charitable à l'égard de ceux qui, pendant notre grande ère révolutionnaire, ont .«ouillé de .sang la cause do la liberté politique, la plus belle de tontes après celle de la liberté religieuse.

De Caturcc fut accusé des crimes suivants :

1° Il avait fait une exhortation à Limoux ;

2° Le jour (les Rois, au lieu de laisser dire h la compagnie au milieu de laquelle il se trouvait : le roi boit, il l'avait engagé à dire : Christ rèqne en nos cœurs;

3° .Après le repas il avait pensé qu'au lieu de chanter des chansons obscènes et do se livrer à des danses, ce serait mieux si chaque convive récitait un verset des saintes Kcri tares.

Ces crimes parurent assez grands à ses ennemis pour le livrer au parlement.

Pendant tout le cours des débats, le pieux professeur embarrassa ses accusateurs et ses juges, en les sommant de lui prouver par les saintes Ecritures qu'il était dans l'erreur. Dans l'impossibilité où étaient ces derniers do lui trouver un crimequi lût, à leursyeux, digne de mort, ils lui proposèrent de le délivrer s'il voulait, dans une leçon publique, rétracter ses croyances, ou déclarer qu'il avait failli sur trois points. De Caturce hésita un moment; il était si jeune encore! la foi cependant l'emporta, et l'esprit triompha de la chair. Il lut condamné à être brûlé vif. y

Le 1.5 juin 1532, la place de Saint-Etienne était pleine d'une foule immense accourue pour le voir mourir. Ce jour-là, la justice et le clergé déployi-rent tout l'éclat de leurs pompes funèbres. Rien n'y man(iiia : juges, prêtres, ' moines, liourreaux vêtaient au grand complet; et [)iiis le r patient n'était ni un meurtrier, ni un larron : c'était un homme de science, un profes.-.cur de l'école, un lutlicrieu

enfin. Rien ne manqua à la mise en scène, et le public toulousain, qui devait plus lard battre des mains au supplice de Calas, fut exact au rendez-vous.

Pieu soutint le martyr dans ses longues heures d'angoisses et de douleurs, et lui facilita le moyen d'annoncer son Evangile. « Pendant que les prêtres, dit Crespin, procédaient à sa dégradation de clerc, et ses juges à celle de ses degrés de licence, de Caturce eut la liberté de parler, si bien qu'à tout ce qu'on lui faisait ou disait, il avait toujours quelque passage de l'Ecriture bien pertinent pour instruire et redarguer la bêtise de ses juges devant les escholiers. »'

Jamais l'intrépide professeur n'avait eu pareille chaire et pareil auditoire; jamais aussi il n'avait donné semblable leçon. C'étaitsaint Pauldans les chaînesannonçant le Dieu inconnu à des chrétiens dégénérés, moins humains que les païens d'Athènes et de Corinthe.

Selon l'usage de ces temps à demi-barbares, une chaire était dressée en face du bûcher du martyr. — Un jacobin y monta pour débiter ce qu'on appelait alors le sermon de la foi catholique. Il prit son texte dans le quatrième chapitre de la première ép::re t.*? ïunt Paul à Timothée, et prononça ces paroles do l'apôtre : « L'Esprit dit expressément que dans les derniers temps quelques-uns se révolteront de la foi, s'adonneront à des doctrines de démons. » Arrivé là, il coupa court, dit Crespin; mais de Caturce lui cria d'une voix forte : « Suivez au texte, achevez de lire. » Le jacobin, en entendant de Caturce, se troubla et demeura court ; « Si vous ne voulez pas achever de lire le passage je le ferai pour vous, » lui cria le martyr, qui, voyant que le prédicateur avait les lèvres cachetées, termina le texte, si mal à propos commencé, en prononçant d'une voix forte et bien accentuée ces paroles : « Qui défendront de se marier et de s'abstenir des viandes que Dieu a créées afin que les fidèles et tous ceux qui ont connu la vertu en usent avec actions de grâces. »

Pendant que le jacobin, muet de rage et de honte, prardail un silence forcé, do Caturce fit, à la place du sermon de la foi catholique, le sermon de la foi luthérienne.

'Crespin, liv. U, o. ^D.

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