‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 73 sur 149 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

L'exil de Bedicr, qui eut lieu quelque temps après, fit croire aux fidèles de Paris (]ue François 1" était décidément favorable à la Réforme. Il est cependant assez difficile de connaître les causes de ce changement. Ccdail-il aux instances de la duchesse d'Etampes ou à celles do sa sœur- Marguerite ? ou bien voulait-il faire delà politique pour se concilier la faveur des princes prolestants ? Peut-être un peu de tout cela à la fois. Ce fut donc avec joie que les luthériens apprirent que le roi était décidé à appeler auprès de lui le célèbre Mélanchthon, dont le nom était un symbole de science et de paix.

fle tous les hommes de la Réforme, c'est peut-être le seul devant lequel les défenseurs de Rome se soient arrêtés avec quelque respect. Ils n'ont qu'un regret, c'est qu'il soit sorti de leur Eglise, parce qu'en y demeurant, il aurait pu, disent-ils, travailler à sa régénération et arrêter les progrès de l'hérésie. Chez Mélanchthon la science la plus profonde s'unissait à la plus grande douceurde caractère. Ami de la paix, tout en marchant sous la bannière de Luther, il eût voulu le modérer, et, [lardcs moyens plus doux, arriver au même but que lui. Dans ces jours d'orages et de luttes théologiques, Mélanchthon était le trait d'union entre les catholiques qui voulaient une réformation dans l'I^glise, et les luthériens qui ne voulaient pas suivre en tout et partout le moine saxon. Mais avec tout son génie, le savant Allemand ne pouvait être qu'un médiateur et ja mais un chef, parce qu'il manquait d'initiative. Le sort des moyenneurs de tous les temps et de tous les lieux est d'être dépassés, car ils ne savent ni retrancher tout le mal, ni vouloir tout le bien. Mélanchthon ne pouvait être que ce qu'il fut: une grande lumière, le premier homme de la Réformation aile nando après Luther. Ce fut ce théologien célèbre que François I" se décida à appeler auprès de lûi. Le choix ne pouvait être meilleur.

A cette époque, la sœur de François V' publia le Miroir

de l'âme pécheresse. La Sorboane, qui lui eût pardonné ses trop célèbres contes, si toutefois ils sont sortis de sa plume,' ne lui pardonna pas un livre dans lequel il n'était question ni de confessionnal, ni d'indulgences, ni do purgatoire, mais uniquement de Jésus-Christ, seule source de vie et de salut. Dans ce livre, l'illustre et pieuse princesse parlait de la grâce, comme saint Augustin, et s'écartait en tous points de l'Eglise romaine pour ce qui concerne l'obtention du salut. L'ouvrage était à peine sorti des presses de l'imprimeur, qu'il était déjà dans toutes lesmains. Il irrita au plus haut point la Sorbonne qui manifesta bruyamment sa désapprobation. Du haut de la chaire des prédicateurs attaquèrent, avec une ardeur qui' tenait de la rage, le livre de la princesse, et ne craignirent pas de descendre jusqu'à des personnalités qui auraient pu être compromettantes pour Marguerite, si par la pureté de sa vie elle n'eût été à l'abri des atteintes de la calomnie. *

Les sorbonistes, aiguillonnés p^ Bedier, ne se contentèrent pas de faire attaquer la noble sœur de François 1" par leurs partisans: ils essayèrent de l'immolera iarisée publique. Ils firent jouer au collégede Navarre une comédie ofi Marguerite de Valois figurait parmi les personnages de la pièce: elle apparaissait sur la scène sous le nom d'une princesse occupée à filer et à coudre. Une furie la pressait de quitter son aiguille et son fuseau pour lire la sainte Ecriture. Pendant quelque temps elle résiste, et finit par céder. Elle ouvre le livre, le parcourt; à mesure qu'elle lit, son visage s'anime, sa tète se monte, ses yeux brillent d'un éclat diabolique, elle devient une véritable furie.

Il y avait plus de méchanceté que d'esprit dans la comédie. Ceux qui la firent étaient étrangers aux divines harmonies du livre qui donne la sagesse aux simples, et que David trouvait plus précieux que l'or et plus doux que le miel. Quand l'esprit de parti atteint un certain degré, il ne sait ni ce qu'il dit, ni ce qu'il fait. Sans s'en

I Audin le met un peu en doute. Ce serait assez pour croire que la calomnie les lui a attribués.

2 Voir noie xvi.

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