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leurs ennemis. En agissant ainsi, disaient-ils, nous prospérerons ; puis, quand sonnera l'iieure de dociarer ouvertement notre toi, Dieu saura bien nous !a faire entendre. Prévenant le reproche de faiblesse que les zélés no pouvaient manquer de leur adresser, ils disaient : La sagesse veut qu'on atlende l'heure de Dieu et non qu'on la devance. Jésus-Clirist d'ailleurs nous recommande la prudence, dans ces paroles si connues où il ordonne do fuir la persécution : a Si on vous persécute dans un endroit, fuyez dans un autre. » Ainsi parlaient les tempo-riseurs.
Les seconds appelaient lâcheté ce que les premiers nommaient prudence. Selon eux, le mieux était de rompre ouvertement avec l'erreur et de faire une profession publique de leur foi à l'Evangile, au risque d'attirer sur eux la linine du clergé et même de perdre leurs biens et leur vie. Dieu, disaient-ils, méprise les timides. Ce qu'il aime, c'est la fidélité à confesser son nom. C'est donc renier io Christ devant les hommes, que de n'oser se déclarer son disciple par crainte de Pilateetdes pharisiens. Ils citaient saint Etienne mourant pour la confession du nom de Jésus ; ils citaient surtout les apôtres, descendant de leur chambre haute sur la place publique et prêchant hardiment la bonne nouvelle du salut, en face de la croix sanglante de leur Maître. Ainsi parlaient les zélés.
Comme le petit troupeau était divisé d'opinions et qu'il y avait dans le parti des tcmporiseurs des hommes connus par leur courage, et dans celui des zélés des fidèles cités pour leur sagesse, les frères décidèrent que provisoirement il ne serait rien changé dans leur manière de se conduire. Nonobstantcettedécision, quelques membres, plus impatients que les autres, députèrent l'un d'eux, nommé Feret, auprès de leurs compatriotes qui prêchaient la Réforme dans la partie de la Savoie avoisinant la Suisse. Leur but, en l'envoyant, était de leur demander des conseils et des directions, vu la position difûcile et tout exceptionnelle de l'Eglise de Paris.
Imagination vive et. ardente, Feret fut profondément
20G nisToir.E de la rêfoumation française.
impressionné de loiU ce qu'il vit et entendit. 11 fut sur-i tout frappé de la difréruriccqui existait entre le mouvement religieux de Paris et celui des bords du Hhin et do la Suisse. Là, dans ces lieux bénis, pendant que dans la capitale ^0 la France les fidèles se cachaient, la Réforme déployait fiautement sa triomphante bannière. l'artout les superstitions romaines disparaissaient comme se dissipela nuée du matin devant Icsoleil levant; partout les missionnaires se montraient infatigables; partout les jiasteurs remplaçaient les prêtres; la chaire, l'autel; le prêche, la messe. Des villes importantes se déclaraient ouvertement contre Rome, et les noms vénérés do Bucer, de Capiton, deFarel, de Saunier, portés sur les ailes de la renommée, allaient de lieu en lieu semer l'effroi dans le cœur des prêtres et l'espérance dans celui de leurs adversaires. Il n'en fallait pas tant pour surexciter Feret à une époque de fermentation où la prudence était plus rare que le zèle. Ce qui l'émerveilla surtout, ce fut de voir les luthériensà l'œuvre : quand ils s'emparaient d'une ville ou d'un village, ils abolissaient olficiellemcnt la messe, renversaient les autels, brisaient les statues, déchiraient les images, brûlaient les confessionnaux et jetaient aux (juatro vents des cieux les reliques, jusque-là l'objet de la vénération des masses. Tels étaient les hommes auprès desquels Feret avait été député. Il était dès lors bien difficile qu'il oa rapportât des conseils marqués du sceau tie la prudence. Hommes d'action, ayant plusieurs fois exposé leur vie, prêts à l'exposer encore, ils neconnaissaient pas les demimesures. ■ Ils conseillèrent donc aux frères do Paris do rompre ouvertement avec Rome, de confesser leur foi et de laisser à Dieu le soin do leurs biens et de leur vie. Dans ce conseil, il y avait de l'homme et du chrétien.
Au moment oij Feret se décida à quiltcr les fidèles de la Savoie pour porter leur réponse à ceux do Paris, l'idée lui vint do frapper un grand coup et de répandre un traité intitulé : Ariicles vérilnbles sur les horribles, grands et insupportables abus de la messe papale, inventée direclemenl contre la sainte Cène de Nostre-Seigneur, seul niôdiaîeur et seul sauveur Jésus-Christ.
Comme tous les réformés de celte époque, et la plupart de ceux des suivantes, F-crct voyait toute l'hérésie ro-
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maine dans la messe. Par son appareil pompeux elle lui rappelait une cérémonie païenne; par son prêtre trônant sur l'autel, Dieu cflacé par l'homme; par son latin, le mépris d'un commandement précis de saint Paul; par son ■hostie, l'altération de l'un des deux éléments du sacrement de la Cène; par l'absence de la coupe, un vol fait au peuple; par la Iranssiibslanliation, un outrage sanglant fait à la majesté du Fils de Dieu. Tout cela est vrai, sans doute, mais non dans le seçs absolu qu'y attachait Ferct; car Rome est plus loin de la Réforme par son pélagianisme q-ue par sa messe, qui n'est que l'un des mille moyens qu'elle a de substituer, dans l'adminislratioa du salut, le pouvoir de l'homme à celui de la grâce.
Aux jours où la Réforme éclata, il était plus facile aux masses de juger ce qui est du domaine des yeux que ce qui est de celui de .l'entendement. Source des abus les plus scandaleux, parce que le clergé ne se donnait pas même la peine de les cacher, la messe devint le point de mire des attaques des luthériens. Il leur semblait qu'en l'abol-issant ils cITaceraient le papisme de dessus la terre. Les sentiments de Feret étaient donc ceux de tous les réformés de cette époque, qui jetaient à la tète de tout prêtre chantant messe l'épilhèto d'idolâtre. Si quelque chose peut l'excuser, c'est le courant des idées au milieu desquelles il vivait.
A'oici un fragment de ce pamphlet, dont l'auteur ne nous est pas connu.' H nous donne l'idée du style àcro et violent de l'auteur.
« Parquoy comme ennemis de Dieu el de sa sainte
parole, à bon droict on doit les rejetter et merveilleusement détester. Car n'ayant eu nulle honte de vouloir enciorre le corps de Jésus en leur oublie : aussi (comme ef- Iroutez hérétiques qu'ils sont) ils n'ont eu aucune honte et vergogne de dire qu'il se laisse manger aux rats, araignes et vermine, comme il est escrit de lettre rouge en leurs ilessels, en la xxii Caulelle, qui se commence ain.si, « si le corps du Seigneur estant consumé par les souris cl les araignes, est devenu à rien, ou soit rongé : si lo ver est trouvé tout entier dedans, qu'il soil bruslé et
' Oq l'a allribaé à Farel. 11 sortait des presses de N'euohàlel,
mis au reliquaire. » 0 terre, comment ne t'ouvres-tu pour engloutir ces horribles blasphémateurs ! 0 vilains et détestables ! ce corps est-il du Seigneur Jésus, vray Fils de Dieu ? se laisse-t-il manger aux souris et aux craignes? lui qui est le pain des anges et de tous les enfants de Dieu, nous est-il donné pour en faire viande aux bestesV... 0 misérables, quand il n'y aurait autre mal entre toute votre théologie infernale, sinon en co que vous parlez tant irrévéremment du précieux corps de Jésus, combien méritez-vous de fagots et de feu, blasphémateurs et hérétiques, voire les plus grands et énormes qui jamais ayent esté au monde ? Allumez donc vos fagots pour vous brusler et rostir vous-mêmes, non pas nous, pour ce que nous ne voulons croire à vos idoles, à vos dieux nouveaux et nouveaux christs, qui se laissent manger aux bestes et à vous pareillement, qui estes pires que besles, en vos badinages, les quels vous faites à l'entour de votre Dieu de pasle, duquel vous vous jouez comme un chat d'une souris ; faisans les marmiteux, et fra[)pans contre vostre poitrine, après l'avoir mise en trois quartierscomme étant bien marris, l'appelans Agneau de Dieu, et lui demandans la paix. Saint Jean monstrait Jésus-Christ vivant et tout entier (qui était la vérité des agneaux qui ont esté figurés en lui en l'Ancien Testament) et vous monstrez vostre oublie partie en pièces : puis la mangez, vous faisans donner à boire. Saint Jean a-t-il mangé Jésus-Christ en ce poincl? Que pourroit dire un personnage qui n'aurait jamais veu telle singerie? Ne pourroit-il pas bien dire : Ce poure agneau n'a garde
de devenir mouton; car le loup l'a mangé
» Mais le fruict de la messe est bien autre, comme
l'expérience nous le démontre. Car par icelle, toute connoissance de Jésus-Christ est effacée, la prédication do l'Evangile est rcjettée et empeschéo, le temps est occupé en sonneries, hurlements, chanteries, vaines cérémonies, luminaires, encensemens, déguisemens, et telles manières de sorcelleries, par lesquelles le poure monde est (comme brebis ou moutons) misérablement trompé, entretenu et tourmenté, et par ces loups ravissans mangé et dévoré. Et qui pourroit dire et penser les larrecins de ces paillards ? Par cette messe, ils ont tout empoigné, tout