‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 78 sur 149 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Elles disent qu'en le faisant elles pourraient s'exposer à un procès de la part du prévôt.

Nonobstant cette opposition dictée autant par la terreur que par la prudence, les cordeliers dépouillent l'église de tous ses ornements et les portent dans la grande salle de leur chapitre; leur conscience leur défend impérieusement de célébrer les saints mystères dans une église hantée par un esprit malin et hérétique.

La décision des moines fit grand bruit. L'official de l'évêque en fut averti par la rumeur publique. Avant do se prononcer sur ce fait extraordinaire, il résolut de tout voir par lui-même, et décida qu'une enquête aurait Heu. Plein des préjugés de son époque, il voulut procéder selon toutes les règles; il ordonna donc qu'on pratiquât totites les conjurations indiquées par les saints canons. Celui qui était chargé de cet office fit observer judicieusement qu'il serait prudent et sage, avant de commencer les opérations, de visiter le dessus de la voûte de l'église : « Si nous y trouvons, dit-il, un esprit visible, ce sera inutile de procéder contre l'esprit invisible. »

Cette remarque, dictée par le bon sens, et nullement par haine ou jalousie des cordeliers, déplut fort à ces derniers. L'un d'eux, frère Etienne d'Arras, s'y opposa formellement. « Une pareille visite, dit-il, troublerait l'esprit dans ses fonctions. » Pendant que frère Etienne et celui qui devait pratiquer l'exorcisme discutaient, une bande d'écoliers, soupçonnant quelque supercherie de la part des moines, envahit l'église, et se mit à fureter partout pour découvrir l'esprit. Ce qui contraria fort frère Colliman et ses compères, qui cessèrent leurs exorcismes, malgré les instances de l'official de l'évêque.

Le prévôt d'Orléans ne tarda pas à être informé de ce qui se passait. Irrité de la conduite des cordeliers, il les força à comparaître devant la cour pour rendre raison de l'étrangeté et de l'indécence de leur conduite. Les accusés déclinèrent la compétence des juges : de là un conflit que François I" vida en envoyant à Orléans quelques conseillers de son parlement de Paris, revêtus de tous les pouvoirs nécessaires pour instruire et juger l'affaire.

Quoique la fraude fût évidente, les juges ne purent rien apprendre de la bouche des moines, et peut-être

l'Eglise romaine aurait, aujourd'hui, un miracle de plus dans ses annales, si on n'était pas parvenu à faire parler le novice, qiji garda longtemps le silence, dans la crainte d'être tué par les cordeliers. Dès qu'il eut l'assurance 'qu'il pouvait parler sans danger, i! avoua to'jtet soutint sa déposition devant les moines avec une assurance telle, que le doute ne fut plus possible. Les enfants de Saint- François no furent dès lors aux yeux des commissaires royaux que de misérables comédiens; et quoiqu'ils so retranchassent dorricfe les privilèges de leur ordre, la cour rendit un arrêt qui les condamna à l'emprisonnement. Leur rage fut gfande, mais ce qui les humilia profondément ce fiit le dispositif do l'arrêt, qui portait: « Que leurs capuchons leur seraient ôtés, et que chacun d'eux irait, torche en main, faire sur un échafaud dressé h cet cfTot amende honorable dans l'église téifioin de leur charîatanisme, ainsi que dans leur couveint et sur la place publique du Jlartroys, afin que leurs fraudes et méchancetés fussent connues do tous. »

La sentence de la cour allait être mise à exécution, quand eut lieu l'imprudence de Feret. L'irritation contre les luthériens était si grande qu'on craignit de favoriser leur cause en infligeant aux moines une si éclatante humiliation. Ces derniers restèrent cependant détenus en prison ; mais ils y furent l'objet des attentions les plus soutenues do la part des dévotes. Grâce à leurs cadeaux, ils firent bonne chère; grâce à leurs ruses, ils purent s'évader.

Sans l'airaire des placards, François I" était résolu h sévir d'une façon exemplaire. 11 voulait faire raser le couvent des Cordeliers et élever un grand hôtel sur ses ruines. Il ne le fil pas, et cependant il n'aimait pas plus que sa rtière les hypocrites gris ou noirs. A une époque de sa vie, il n'avait pas craint do les combattre avec l'arme qui tue en France, celle de la raillerie. Cette page V do l'histoire du père dos lettres mérite d'être recueillie ; elle appartient tout entière à celle do la Ré for mat ion franjaise. En 1524, une compagnie nombrease et chcflsie était

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