‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 8 sur 149 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

avec dispense de pouvoir prendre les ordres et tenir des bénéflces, coûte vingt et un tournois, cinq ducats, six carlins.

» S'il y a adultère et inceste de la part de laïques, il faut payer par tète six tournois.

» La permission de manger des laitages dans les temps défendus coûte, pour une seule personne, six tournois. » »

En lisant ce honteux tarif, on croit rêver, et l'on se demande comment l'Eglise de Rome, si pure et si belle à son origine, avait pu tant dégénérer.

Comme Thyatire et Laodicée, elle avait, hélas ! laissé les ronces et les épines envahir le sanctuaire, et Belial prendre la place qu'y occupait Jésus-Christ. — Que peuton dire qui n'ait déjà été dit sur ce triste sujet ? Il fallait certes que le mal ne connût plus de bornes, quand un poêle, du Bellay, parlant de la ville éternelle, osait dire:

Que Rome n'est plus Rome, et que celui en vaia Présume d'en juger qui bien ne l'a comprise; Celui qui par la rue a vu publiquement La courtisane en coche, ou qui pompeusement La peut voir à cheval en accoutrement d'homme Superbe se montrer; celui q:ii de plein jour Aux cardinaux en cape a vu '"aire l'amour; C'est celui seul vraiment qui peut juger de Rome.

.\ux jours de Jésus-Christ, le mosaïsme était descendu bii'n bas; mais Jérusalem, la ville déicide, conservait au moins les apparencesde la piélé. Les pharisiens cachaient sous leurs longues robes leur hypocrisie; et si le Christ n'eût déchiré le voile sous lequel s'abritaient leurs vices, nul n'en eût soupçonné le venin. Mais Rome papale jeta le masque, oubliant que l'hypocrisie est un liommoge rendu à la vertu. .\ qucli^ues mots près, on peut reconnaître la religion romaine dans le tableau que l'évêquo 00 Menux trace du mosaïsme au moment où la terre vient d eiilunler son Sauveur. Ecoutons Rossuet ;

« C(;:'eniianl, à. la Gn des lenips, les Juifs mêmes ijui

> .Noif IV.

18 IIISTOIUE DE LA KÉFOnMATlON FRANÇAISE. •

(•onnni=saiont Dieu, qui étaient les dépositaires do la rcli^'ion, commencèrent, tant les hommes vont toujours r.ir.iiblissant la vérité, non pointa oublier loDieu de leurs pères, mais à mêler dans la religion des superstitions indif^nes de lui. Sou s le règne des Asmonéens.etdèslcs temps dejonalhas, la secte des pharisiens commença parmi les Juifs. Us s'acquirent d'abord un grand crédit par la pureté de leur doctrine et par l'observance exacte de la loi; joint que leur conduite était douce, quoique régulière, et qu'ils vivaient cnire eux en grande union. Les récom- [icnses et les châtiments de la vie future qu'ils soutenaient avec zèle, leur ailiraienl beaucoup d'honneur. A la fin, l'ambition se mit parmi eux. Us voulurent gouverner, et en effet ils se donnèrent un pouvoir absolu sur le peuple; ils se rendirent his arbitres de la doctrine et delà religion, qu'ils tournèrent insensiblement h des pratiques superstitieuses, utiles à leur intérêt et è la domination qu'ils voulaient établir sur les consciences; et le vrai esprit de la loi était prêt à se perdre.

» A ces maux, se joignit un plus grand mal, l'orgueil et la présomption, mais une présoniplion qui allait à s'attribuer à soi-même le don do Dieu. Les Juifs, accoutumés à ses bienfaits, et éclairés depuis tant de siècles de sa connaissance, oublièrent que sa bonté seule les avait séparés des autres peuples, et regardèrent sa grâce comme une dette. Race élue et toujours bénie depuis deux mille ans, ils se jugèrent les seuls dignes de connaître Dieu, et se crurent d'une autre espèce que les autres hommesqu'ils voyaient privés de sa connaissance. Sur ce fondement, ils regardèrent les gentils avec un insupportable dédain, litre sorti d'Abraham selon la chair leur paraissait naturellement une distinction qui les mettait au-dessus do tous les autres; et, enflés d'une si belle origine, ils se croyaient saints par nature et non par grâce; erreur ()ui dure encore parmi eux. Ce furent les pharisiens qui, cherchant à se glorifier de leurs lumières et de l'exacte observance des cérémonies do la loi, introduisirent cette opinion vers la fin des temps. Comme ils ne songeaient qu'à se distinguer des autres hommes, ils mullifilièrent sans bornes les pratiques extérieures, et débitèrent toutes leurs pensées, quelque coatraires qu'elles fussent à

Page 1