LIVRE IV
dans le sein de l'Eglise, je promets d'éteindre l'incendio naissant, et de faire'tout rentrer sous l'obéissance. »
L'enfant de saint Dominique parle avec tant d'assurance, qu'il fait passer dans fe cœur dos assistants la confiance qu'il a dans le sien. Touché de tant de zèle, le pape promet au moine et à ceux de son ordre les plus hautes dignités ecclésiastiques; puis s'armant des plus terribles anathèmes de son Eglise, il les fulmine sur ceux qui ont allumé le feu; mais il le fait avec tant de haine et de colère, qn'il est saisi d'un accès de rage qui le tue subitement. A la vue du pape foudroyé par la mort, la salle retentit d'un long éclat de rire; la toile tombe.'
Tout cela se passait sous les yeux et aux grands applaudissements du roi très-chrétien qui, neuf ans plus tard, n'était pas comme ce jour-là spectateur, mais acteur dans une autre comédie. C'est dans l'antique cité des Phocéens qu'elle se jouait.
Le 13 octobre 1533, Clément VII faisait son entrée solennelle à Marseille, heureuse et ficre de recei'oir dans ses murs le successeur de saint Pierre. Ce pontife, chargé d'années et d'infirmités, mais jeune d'an;bition, conduisait avec lui sa nièce, jeune fille gracieuso et belle. Cette Italienne qui, après le saint-père, arrêtait le plus les regards de la foule, était la duchesse d'Urbin, qui, plus tard, sous le nom db Catherine de Médicis, devait étonner et etfrayer le monde par ses ruses et ses hardies.ses dans le crime. Rien a'iors, comme longtemps après encore, ne faisait soupçonner en elle la mère do Charles IX et 'do Henri IIl.
C'était pour avoir la joie de remettre lui-même sa nièce à François I", disait le rusé Clément Vil, qu'il était venu, malgré son grand âge, à Marseille. C'était la cause apparente; la vraie était de reienir le roi de France sut la pente qui devait, aux yeux du pontife, le pousser fata-
' Gerdesius, Hist. evangelii renovati, tora. il, num. 48; Smeilley, liistory of llie llefonn religious en France, toui. i, p. i,3 eL suiv.
2^2 IIISTOIUE DE LA UÉF0R3IATI0N FUANÇAISE.
loment dans les rangs du luthéranisme. Instruit par ses espions de toutccqui se passait à la courdu roi de Franco, Clément VII connaissailles antipathiesdeFranrois 1'' pour les moines et les sorbonisles; il savailaussi que ce prince avait fait des conventions secrètes avec Henri VUl, auquel il avait promis de ne jamais humilier l'autorité royale devant l'cvêquede Rome. Le pontife savait en outre que François 1" était l'ai lié de la ligue de Smalkade, et qu'il envoyait des secours aux protestants d'Allemagne. Le danger étant imminent, il fallait qu'il vît en personne le roi de France. Son instinct lui disait qu'un nonce ne ferait pas ce qu'il ferait lui-même; c'est pour cela qu'il était venu à Marseille, malgré les fatigues et les dangers du voyage.
L'entrevue des deux souverains fut solennelle : elle eut lieu en présence des plus grands dignitaires do la cour do Rome et de celle do France. Lo successeur de Grégoire VU fut à la hauteur de son rôle. Assissur un trôneélevé, il domina la foule qu'il fascina par un grand appareil do mise en scène. Le roi Irès-chrélien, la tête découverte, s'avança près du trône resplendissant, fléchit le genou devant le saint-père, lui jura obéissance et lui baisa les pieds, puis la main, puis lo visage. Le fils aîné du roi fut admis aux mêmes faveurs; mais ses deux plus jeunes fils ne baisèrent que les pieds et la main, et les plus grands personnages de la cour seulement les pieds. — Dans ce jour, la papauté posa avec tout l'éclat des beaux temps do sa puissance. Clément VII se montra bon, paternel; François 1" fut affable, ouvert, confiant, et cependant il méditait une trahison contre le pape pendant que l'archevêque de Paris disait au saint-père au nom do son maitre : « Que le roi très-chrétien, comme fils aîné de l'Eglise, le reconnaît en toute humilité et dévotion comme pontife et vrai vicaire de Notre-Seigneur Jésus- Christ, le vénère comme successeur de saint IMerre, et lui prèle obéissance et fidélité; s'ollVant avec toute sa puissance pour la défense do Sa Sainteté et du saint-siégo apostolique, ainsi que l'ont l'ail tous ses prédécesseurs.'»
* Sismondi, Hist. (!cs Français, loin. \vi, p. 429.