‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 81 sur 149 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Les grands comédiens ne sont pas ceux qui jouent leurs rôles sur les planches d'un théâtre.

■ -Après s'être donné des marques mutuelles de la plus cordiale afTection. le pope et le roi se quittèrent. Le preraierobtintce qu'il voulut; et, chose étrange! FrançoisP'. qui ne se piquait pas de tenir sa parole roy.ile, y fut cette fois malheureusement trop fidèle. En revenant de Marseille, il envoya de Lyon (10 décembre 1533) à l'arclievêquede Paris des lettres closes « pour fairo le procès à tous ceux qui seraient convaincus du crime d'hérésie, qui pullule et croist en la bonne ville de Paris.' »

Ce fut là le premier pas de François l" dans la voie des persécutions. Pas glissant et funeste qui, malgré sa bonne et généreuse nature, le conduisit à son insu à se montrer crue! et barbare dans la fameuse procession du 21 janvier. Ce sang qui coula, et dans lequel il voulait éteindre le luthéranisme, devait retomber sur sa race. Pour Otre tardives, les expiations ne .sont pas moins certaines. Deux cent cinquante-sept ans plus tard, le môme mois, lo même jour, dans ce Paris iiui roflèlc les bons comme les mauvais côtés de notre histoire nationale, nous voyons en face du palais de ses maîtres se dresser, le 21 janvier 179?>, un échafaud sur lequel monte un roi qui meurt victime des fautes politiquesde ses ancêtres, comme les martyrs du 21 janvier 1-53-5 périssent victimes de l'imprudence Feret. Le sang appelle le sang, comme un abîme un autre abîme, au bruit de ses canaux.^

Le 2.7 janvier 1535 parut un édit royal ordonnant I'c-'îlirpation et l'extermination de la secte luthérienne et autres hérésies. Le père des lettres proscrivait dans ce célèbre édit l'imprimerie ; il était logique : voulant la fin, ildevait aussi vouloir lesmoyens. Gutcnberg est l'ennemi né do tout despotisme. La première balle que Rome reçu'

1 Drion, Hist. chronol. de l'Eglise protestante de France, Icn;. i, p.2i0.

- Quelques historieas placent la procession au 29 janvier, et pnrm. eus Tii. de Bcze

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dans la poitrine fut fondue avec les premiers caractères de l'imprimerie.

François I" était inconstant dans le mal comme dans le bien; chez lui les passions étaient trop torrentielles pour être durables ; il se fatiguait de punir comme do pardonner. Dans l'aflaire des placards, son orgueil seul fut eu jeu; l'outrage fait au saint sacrement ne It toucha guère; si i'cerit contre la messe n'eût pas été affiché à la porte de sa chambre, il en eùl ri probablement, lui qui riait de tout, et qu'une épigramme d'Erasme ou un mot graveleux de Rabelais mettait en belle humeur, quand ils atteignaient le froc et le capuchon.

Quelques historiens disent que l'affaire des placards détourna François 1" de la Réforme. En apparence, c'est possible; mais si l'on va au fond des choses, c'est moins q-o certain. Ce monarque étaitassez clairvoyant pour presse.-tir dans le protestantisme les germes d'indépendance d'oii devait sortir la liberté moderne : cela seul eût suffi pour le lui faire haïr. Maisce quil'eneûlcertainenentéloigné, c'étaient la rigiditéetlarudefranchise deses premiers apôtres; eût-il d'ailleurs trouvé auprès des Calvin, des Farel, des Viret, ce qu'il trouvaitdans les prélats dissolus de sa cour? Rien donc ne pouvait l'attirer vers une réforme, il élait cependant capable, à l'exemple -do Henri VIII, de fonder uneRglisenalionaledont il eût été le chef. Il ne le fit pas parce que l'occasion ne se présenta pas. Il n'était pas assez bon catholique pour sacrifier la couronne de saint Louis à la tiare de Grégoire VII.

François I" n'eût plus pensé à ses bûchers, à sa torche et à ses balançoires, si un cri d'indignation, parti du milieu des princes allemands, ne fût venu lui rappeler la trop fameuse procession du 21 janvier. Il eut peur, et pour s'absoudre il se fit insulteur, après avoir été bourreau. Il prétendit que ceux qu'il avait fait périr avaient été frappés non comme hérétiques mais comme brouillons et révoltés; puis, singeant le zèle et la piété, il déclara que quand il avait puni les coupables, c'était parce qu'ils avaient outragé le saint sacrement pour lequel Luther lui-même était plein de vénération. Il se fit presque luthérien. Il voulut même recevoir Mélanchthon , afin queparla médiation dece théologien les Eglises de France

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