LIVRE IV
et d'Allemagne ne fussent qu'une seule et nicme Ej,Hise. Si derrière ces paroles il n'y avait pas eu les cris de douleur des victimes, c'eût été bien. Franroisl", avec son extrême mobilité, pouvait jeter la pa|iauté dans de sérieux embarras et donner à la France les bienfaits d'une rélormation. Mais un roi dont la plante du pied n'avait aucun repos, qui aujourd'hui était à Paris, demain à Blois, après-demain à Cliambord, était incapable de suivre avec persévérance une idc-e sérieuse. Le plaisir seul no lo îfouva jamais inconslant.
Al! moinont oîi les fidèles Dloyaicnt FOUS 1o pouls fies persécutions. Dieu leur en voya, pour les soutenir dans leurs luttes, un secours inattendu.
Quelques années avant IfjSô, trois Vaudois des vallées du Piémont reconnurent, en visitant les luthériens français, que les exemplaires de l'Ancien et du Nouveau Testament, en langue vulgaire et écrits à la main, étaient trop rares pour que l'usage en devînt général ; ilsreconnurent aussi que les bibles françaises étaient fautives quant au sens, et barbares quant nu langage. De retour dans leurs vallées, ils engagèrent Robert Olivctan, chrétien humble et versé dans la connaissance du grec et de l'hébreu, à cnlre[)rendro la traduction de la Bible. ' Il refusa d'abord, alléguant son insuffisance. Les Vaiidois insistèrent : un an plus tard l'œuvre était terminée. « .l'ai fait du mieux que j'ai pu, disait cet homme modeste, dans une préface; j'ai labouré et foui le plus profondément qu'il m'a été [)nssible en la vive mine do la pure vérité pour en tirer l'ofl'rande que j'apporte pour la décoration et pour l'ornement du saint temple do Dieu. Ainsi donc, ô Eusemetli et Chlorolcs, et vous tous autres fidèles, je n'ai pas honte, comme la veuve de l'Iivangilc, d'avoir apporté devant vos yeux mes deux petits qundrins di- la valeur d'une maille qui est toute nia substau(r. D'autres viendront après'qui pourront mieux réparer !e
' Dèze, tlist. (les Egl. réf., l. i, p. oij.
LIVnE V.
chrmin et faire !a voie plus pleine comme est facile à espérer.»
L'œuvre était terminée, mais il fallait encore demandera l'imprimerie de la populariser. La mise sous presse exigeait une dépense considérable. Or ceux qui av.iicnt prié Robert Olivetan de traduire le livre sacré étaient pauvres pour la plupart: mais ce que le riche indifférent n'aurait su faire, le Lazare plein de foi le fit: la somme énorme de 1300 écus d'or fut collectée, ' et Pierre de ■\VinRle fut charsé de l'impression. La papeterie qui fournit le papier existe encore à Serricres, petit village .situé à deux kilomètres de ^■euchatel. Les Vaudois purent donc offrira leurs frl-.es de France la première traduction française de la Bible digne de confiance. Rien n'est plus touchant que les paroles du pieux traducteur adressées à l'Eglise naissante. « C'est à toi, lui dit-il, pauvre petite Eglise, qu'est adressé ce précieux trésor do la part d'un certain pauvre peuple, le tien ami et frère en .lésus-Christ, lequel, depuis que jadis il en fut doué et enrichi par les apôtres et ambassadeurs de Christ, en a toujours eu l'entière jouissance ou fruition. Et maintenant icelui. te voulant faire fête de ce que tu désires et .souhaites, m'a donné cette charge et commission de tirer et déployer ce trésor hors des armoires et des coffres hébraïques et grecs pour, après l'avoir entassé et empaqueté en bougettes françaises- le plus convenablement que je pourrai, .selon l'adresse et le don que Dieu m'a donnés, en faire un présenté toi, ô pauvre Eglise ! à qui rien on ne présente. Oh ! la gracieuse denrée de charité, de laquelle on fait marchandise pour telle convenance si utile et si profitable ! Oh ! la bénigne possession de grâce, qui rend au donnant et à l'acceptant une même joie et délectation ! »
L'apparition de la Bible en France fut une véritable révélation. La Parole de Dieu remplaçait la parole de l'homme et naturellement l'homme s'efl'nçait devant Dieu. La lutte était dès lors inégale.— Rome n'avait que la force matérielle; la Réforme avait l'esprit.
' Ilisl. des Vaudois, par Perrin, page 161.
" Boiigetle, petit sac de cuir qu'on portait en voyage.
La colère du clergé fut grande, quand il vil les luthériens armés de cetlo puissante niaciiincde guerre. Le jour où, pour la première fois, l'imprimerie fut maudite, ce dut être certainement celui où de ses presses sortit la Bible ensevelie dans la poussière de l'oubli. Jamais prophète vêtu d'un habit de poils de chameau sortant des déserts de la Judée, n'efl'raya davantage les enfants de Jacob, déserteurs du cultede leurs pères, que la Bible traduite n'épouvanta les prêtres romains. Elle apparaissait |au milieu' d'eux comme un accusateur, et les convainquait d'erreurs et de mensonges * c'était le Christ au milieu des pharisiens.
Eu etïet, le catholique romain quilit la sainte Ecriture ne sait pas d'abord se rendre raison de cette antinomie qui existe entre les enseignements de ses théologiens et ceux des docteurs inspirés; mais s'il est désireux do sauver son âme, il tombe nécessairement dans de grandes perplexités qui le poussent irrésistiblement vers les voies du libre examen. Or le jour où il croit que les enseignements de Jésus-Christ et de ses apôtres sont plus dignes de foi que ceux de ses prêtres, ce jour-là il se sépare de son Eglise, et en se ralliant à l'Evangile il devient forcément protestant. Si tel est l'efTet de la Bible sur l'esprit de ses lecteurs, la haine du cierge romain contre le code sacré paraît toute naturelle, et on le comprend quand il dit de lui : 11 est obscur, incomplet, inefficace, dangereux pour les bonnes mœurs ; il est la source do toutes les hérésies et de tous les malheurs de l'Eglise ; il vaudrait mieux, pour le repos du monde, qu'il n'eût jamais existé; il est comme un nez de cire auquel on donne toutes les formes ; c'est une règle do plomb; il est muet.' Mais plus fort et plus puissant que ses ennemis, le livre tant calomnié a le privilège d'être le pionnier de la civilisation ; traduit en plus de cent cinquante langues ou dialectes, il est véritablement la Bible, c'est-à-dire le livre, Grâce aux sociétés bibliques, il refoule, chaque jour, la barbarie dans ses déserts et travaille pacifiquement à la conquête du monde.
' Voir uote xvil.