LIVRE V
soul ot quo je préférerais voir dix diables qu'un sol. d'entre eux; heureux ceux qui n'en ont jamais ouï parler !
L'archevêque d'Aix était fort mai à son aise, il no manfreail ni nebuvait;cette conversation l'avait troublé... Quelqu'un lui demanda pourquoi il ne faisait pas honneur au repas... «C'est que, répondit-il, il y a dans le monde certaines gens hérétiques qui parlent contre notre sainlemèrel'Eglise...» Ces paroles du prélat cngrndrèrent une grandedispute, et le repas se termina au milieu d'un tumulte difflcile à décrire.
Quelques jours après l'archevêque d'Aix, celui d'Arles, des abbés, des prieurs et quelques anciens chanoines étaient réunis dans le but de chercher les moyens de mettre le plus promptement possible l'arrêt de Merindol à exécution. — Chacun reconnut.qu'il y avait péril en la demeure et que si des moyens énergiques n'étaient pas employés, le clersé tomberait dans un discrédit tel qu'il y trouverait la perte de ses bénéfices ; qu'on avait assez délibéré et que le moment était venu d'agir, non-seulement contre ceux de Merindol, mais encore contre des conseillers, des docteurs en théologie et des membres do la noblesse. L'évêque d'Arles, tout en reconnaissant les périls do la situation, fut d'avis qu'il fallait ménager la noblesse qui trouverait certainement un appui dans les juges séculiers;«mais leraoyen de l'atteindre, dit-il, c'est de battre le chien devant le lion; — faisons une tuerie de tous ceux de Merindol... après, nul n'ouvrira la bouche, fût-il du sang royal. — Ce n'est pas ici, mais à Avignon qu'il faut nous concerter : là nous nous trouverons en plus grand nombre. » — L'avisdu prélat prévalut, et il fut décidé qu'on se réunirait en secret le plus tôt possible. — Quelques jours après, un grand conseil siégeait présidé par l'archevêque d'Aix qui ouvrit la séance par ces paroles :
« Hommes pères et frères, vous savez qu'une grande tempête s'est élevée contre la nacelle de .lésus-Christ et que les flots la battent tellement qu'elle menace do sombrer. Le vent qui souffle vient du nord, les ou'rindes
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cessent, les pclcrinnges et les dévotions se refroidissent, la charité est quasi gelée partout, et ce qui est le plus alarmant, c'est notre autorité qui décline, c'est notre juridiction qu'on méconnaît, ce sont les lois de l'Eglise qui sont méprisées!.. Ordonnés de Dieu pour veiller sur les royaumes et sur les peuples, nous devons user do tout notre pouvoir pour détruire les luthériens, ces renards qui gâtent la vigne du Seigneur, ces baleines qui ^s'efforcent d'enfoncer la nacelle du Fils de Dieu. Nous avons bien commencé... en obtenant un arrêt contre les misérables hérétiques de Merindol ; mais il faut le fairo exécuter. — Hâtons-nous et n'épargnons ni notre temps, ni notre or, afin que Dieu, au jour du jugement, ne nous reproche pas de ne lui avoir pas fait ce beau sacrifice. Quant à moi, je suis prêt ; je mets à votre disposition cent hommes bien armés et bien équipés jusqu'au moment où la destruction des Vaudois sera accomplie. »
Le prélat se tut; un -murmure d'approbation parti de presque tous les rangs de l'assemblée lui apprit que ses paroles avaient trouvé de l'écho. Après quelques moments de silence, un docteur en théologie de l'ordre des Jacobins, nommé Bassinet, se leva, demanda la parole et dit à l'assemblée qu'il ne fallait rien faire à la hâte, dans la crainte de faire mourir à tort les habitants de Merindol ; qu'un examen approfondi des hérésies qu'on leur reprochait l'avait amené à croire que la foi des hérétiques était conforme à celle des saintes Ecritures; qu'il lui semblait sage et prudent de se désister des rigueurs passées^ et qu'il suffirait de condamner à des amendes pécuniaires ou au bannissement ceux qui parleraient contre l'Eglise ou contre le pape ; et que, quant à ceux qui seraient reconnus par les saintes Ecritures pour hérétiques et blasphémateurs obstinés, on pourrait leur appliquer la peine de mort ou la prison perpétuelle
Un murmure de désapprobation couvrit les paroles du jacobin. —« Homme de petite foi, lui dit l'archevêque d'Aix, pourquoi as-tu douté? Ah! notre maitro, vous vous repentez d'avoir bien fait; savez-vous que vous avez tenu des propos qui sentent le soufre et le fagot?» — « Notre maître, lui dit l'évôque d'Arles, saurait-oa uiieu.t