‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 85 sur 149 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

parler de la nacelle de saTnt Pierre que ne l'a fait monsieur d'Aix ? »

Le jacobin ne fut pas troublé par ces paroles, et après avoir parlé des phaHsiens qui, aux jours de Jésus-Christ, renversaient la loi par leurs traditions et montré dans les prêtres leurs successeurs, il ajouta : « Puisqu'il faut dire iavcrilé et que vous m'appelez maître en Israël, je veux maintenir, par les saintes Ecritures, que ce grand pilote et patron, noire saint père le pape, ses évêques mate* lots et tous semblables bateliers qui ont délaissé la nacelle de Jésus-Christ pour s'embarquersur esquifset brigantins, sont pirates et écumeurs de mer, faux prophètes et abuseurs, et non point pasteurs de l'Eglise de Jésus-Christ.»

Ces paroles prononcées avec énergie excitèrent la colère de la grande majorité de l'assemblée. — « Sors d'ici, méchant apostat, lui cria l'archevêque d'Aix, tu es indigne d'être en cette compagnie; on en a brûlé plusieurs qui ne l'ont pas mérité autant que toi. — Ces besaciers et coquins de moines, ajouta-il avec mépris, gâtent tout. »

Les docteurs des ordres mendiants, blessés vivement ' des paroles de monseigneur d'Aix, se plaignirent de l'outrage qui leur était fait. Il s'ensuivit un tel tumulte que la discussion ne put plus continuer , la séance fut levée au milieu d'une grande agitation.

Après le dîner, l'assemblée se réunit. Les docteurs des ordres mendiants qui étaient abbés furent seuls admis. Tout se passa sans trouble, et l'on fut unanime à décider qu'il fallait à tout prix arriver à l'exécution de l'arrêt. Le soin de cette grande afl'aire fut confié au zèle de l'archevc(iue d'Aix qui voulait partir le jour même; mais un banquet qui devaitavoir liou le lendemain le retint. — Ce banquet fut magniflque; — les plus belles dames d'Avignon y assistaient.

Après le diner on dansa, et on joua à la manière accoutumée; puis les prélats, en attendant le souper, sortirent pour faire une promenade avec les dames. — En passant par la rue des Changes, ils s'arrêtèrent devant un magasin pour examiner des gravures obscènes qui y étaient étalées; — ils en achetèrent plusieurs dont ils firent cadeau aux dames qui étaient avec eux.

Sur la place de la rue des Changes, il y avait un libraire

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étranger qui avait mis sur son étalage des Bibles en français et en latin, les seuls livres qu'il vendit. Les [irélals, en passant devant sa boutique, virent les Bibles. « Qui t'a permis, dirent-ils au libraire, de vendre ces livres ; ne sais-tu pas que la vente on est interdite?... »

« — Les livres que je vends, répondit le libraire, no valent-ils pas les images que vous avez achetées à ces demoiselles? )•>

« — Je veux perdre ma part de paradis si cet homme n'est pas luthérien, s'écria l'archevêque d'Aix en l'entendant;» et incontinent il le fit saisir et conduire en prison oîi il fut mené au milieu des huées de la populace qui criait: Au feu !... au feu!... le luthérien!... L'un lui crachait au visage; l'autre lui arrachait les poils do la barbe; tous lui disaient des injures. Meurtri et couvert de sang, il arriva à la conciergerie du palais.

Son procès ne fut pas long. Apres un court interrogatoire dans lequel, av(;c une présence d'esprit admirable, il confondit se-; adversaires, il fut condamné à être brûlé vif mal,i,'ré les efforts que firent un juge nommé Labcr et quelques autres qui trouvaient que la peine do mort était trop forte pour le cri me d'avoir vendu l(!S saintes Ecritures.

Le jour même do l'arrêt, la sentence fut exécutée. Le libraire fut conduit au lieu de son supplice. Pour faire connaître au public la cause de sa condamnation, on lui suspendit deux Bibles au cou, l'une devant et l'autre derrière. Calme, serein, et digne par sa foi do porter sur lui à sa dernière heure ces glorieuses enseignes, il ne cessa jusqu'à son dernier soupir, rendu au milieu des flammes, d'exhorter les témoins de sa mort à s'enquérii diligemment des saintes Ecritures.

Pour mettre fin au bruit qui se faisait autour de co bûcher, les prélats firent savoir à son de trompe que tous ceux qui, dans la ville et le comlat Venaissin, avaient des Bibles, devaient sous peine de mort les apporter sans délai cûlrc les mains des commissaires nommés àcelcirct...

Après avoir inauguré le vesnc de la terreur à Avignon,

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