‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 86 sur 149 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

l'archevêque d'Aix retourna dans son diqcèso pour poursuivre l'exécution de l'arrêt. 11 dit à Chaussannéequc tous les prélats étaient disposés à lui iirêter main forte. Le pj'ésidcnt lui montra toutes les dilTicultés qui s'opposaient à la mise à exécution d'un arrêt rendu moins pour exterminer que pour efl'rayer les hérétiques. « Les loss et ordonnances du royaume, ajoula-t-il, no permettent pas d'aller en avant sans autres procédures, et d'ailleurs le roi serait mécontent qu'on mît ainsi à mort ses sujets » — «Si le Roi, répondit fièrement le prélat, le trouve mauvais, nous le lui ferons trouver bon avec le temps. Les cardinaux sont pour nous dans cette affaire, ot notamment Son Eminenco le cardinal deTournon, auquel nous ne pouvons'fairu une choseplusagréablo. » Cetlcdernière parole prévalut, le président céda, et avec lui toute la cour; et de l'autorité do celte cour, dit Crcspin, le tahourin sunna en Provence pour assembler les gc7is. '

Tout était prêt pour l'exécution de l'arrêt ; une compagnie de soldats, les uns à pied, les autres à cheval, sortirent de la ville d'Aix ei se dirigèrent vers Mcrindol. Ses habitants furent cons-lernés on apprenant le sort qui les attendait. Ce ne fut parmi ces infortunés qu'un sanglot; mais ce ne fut aussi qu'une prière. Aux jours do .ses détresses, l'homme élève ses regards vers Dieu, le seul refuge qui lui reste contre l'injustice de ses persécuteurs. Merindol paraissait perdu ; sa ruine fut cependant retardée : les hommes qui étaient partis pour le détruire rebroussèrent tout-à-coup chemin. Nul d'abord n'en sut la cause; plus lardon la connut. La voici ;

Le seigneur d'Alenc, homme instruit dan.-, ics safntes Ecritures, repré.senta vivement à Chassannée l'injustice d'un arrêt rendu contre toutes les règles de la procédure, frappant indistinctement les coupables et les innocents. Celle considération, qui n'avait pas échappé au président, ne l'émut pas: une plus personnelle le touclia.

Chassannée avait écrit un livre intitule Calalogus gloriœ mundi, dans lequel il critiquait avec beaucoup d'esprit et do bon sons les formes de procédure do cette époque. Les rats, disait le président, avaient fait de tels ravages dans le bailliage de Lausson, que ses habitants

' Cre.'iiiin^ liv. m, p. Vol,

2'j4 niSTOIRE DE LA UÉFOKMATION FRANÇAISE.

portèrent plainte contre ces animaux à la cour spirituelle de révêque d'Autun. La dite cour, vu la gravité du cas et le crime des délinquants, ordonna que les rats, avant d'être excommuniés, fussent cités à comparaître devant elle dans le délai de trois jours. Les assignés n'eurent garde d'obéir; le procureur de la cour spirituelle requitalorscontreles récalcitrants la peine de l'excommunication. Elle allait être prononcée quand les juges reconnurent que ce n'était ni juste ni légal, attendu qu'il ne s'agissait rien moins que de détruire les rats. Sur ce, on nomma d'office des avocats pour détendre les rats absents. Après avoir rappelé au président cette partie de son livre, le sieur d'Alenc lui dit : « Mettez en pratique à l'égard des habitants de Merindol ceque vous avez trouvé si juste pour les rats, quand, vous constituant leur défenseur, vous prouviez, avec tant de raison, que le délai de trois jours était trop bref, et, surtout, quand il y avait trop do chats au village pour que les assignés n'eussent pas de justes raisons pour ne pas comparaître. Ne trouvez donc pas mauvais que les habitants de Merindol ne se soient pas jetés entre les mdiiis des prêtres; ne sont-ils pas dignes qu'on leur garde autant do droit et do justice que vous en avez fait garder aux rats? »

Ce que de longs discours n'auraient pu faire, ces paroles si simples et si pleines d'ù-propos le firent : le président donna aussitôt ordre à la troupe armée, qui allait mettre tout à feu et à sang, de revenir sur ses pas. Elle le fit en frémissant de colère et presque à la vue de Merindol, à la grande rage des prêtres, et à la joie vive et profonde de ces pauvres infortunés,qui, témoins de celte délivrance miraculeuse, en rendirent de ferventes actions de grâces ù Dieu et lui promirent do le servir plus fidèlement.

Le bruit de ce qui s'était passé parvint aux oreilles de François 1", qui chargea le seigneur de Laugey de lui en faire un rapport. Ce rapport fut favorable; Il établissait que les vaudoisde la Provence étaient probes, honnêtes, laborieux, charitables, point Iracassiers, et que jamais on n'entendait sur leurs lèvres des paroles malséantes.

D'après la déclaration des prêtres appelés et entendus dans l'enquête :

Ils ne faisaient dire ni messe, ni libéra;

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