‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 87 sur 149 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

Ils ne prenaient pas d'eau bénite, et remerciaient, ca la rel'usant, ceux qui la leur prosentaient ;

Ils n'allaient pas en pèlerinage pour gagner des pardons ;

Quand il tonnait, ils ne faisaient pas le signe de la croix, mais levaient les yeux au ciel en soupirant ;

Ils priaient sans faire le signe do la croix;

Ils ne faisaient aucune ofl'randc, ni pour les vivants, ni pour les morts.

François I", convaincu de l'innocence des vaudois, cassa l'arrêt rmdu contre eux, et les releva de toute condamnation, pourvu que dans le délai de trois mois ils fissent abjuration de leur hérésie et rentrassent dans le giron de leur sainte mère l'Eglise, pour y vivre selon ses lois et celles de Dieu ; mais, faute par eux d'obéir, il les livrait entre les mains de qui de droit.

Ce n'était pas une grâce que François I" leur octroyait, mais un simple délai. Les lettres royales furent pendant plusieurs jours tenues secrètes, et le parlement ne se décida à les publier qu'après y avoir élé contraint. — Il ordonna à tous ceux qui étaient soupçonnés d'hérésie de se présenter devant la cour, à l'exception de ceux contre lesquels le procureur du roi prendrait des conclusions. Les assignés obtinrent cependant, vu lo coût de celte affaire, de se faire représenter par un procureur. Huit jours après deux vaudois, François Chay et Guillaume Armand, comparurent devant la cour au nom de leurs frères; ils dirent qu'ils étaient prêts à abjurer, selon les intentions du roi, quand on leur aurait prouvé leurs hérésies parles saintes Ecritures. La cour méconnut, à leur égard, les règles les plus élémentaires de la justice; ellene voulutpas leur faire donner copie de l'acte d'accusation dressé contre eux, et défendit aux officiers publics, tels que greffiers, notaires, sergents, de recevoir leurs actes de protestation et d'opposition. Ils trouvèrent cependant, au lieu de Mallemont, un notaire qui eut le courage de dresser acte de leurs plaintes. Dans cet acte, ils font connaître la foi qu'ils professent et terminent par ces paroles: « Quant aux magistrats, comme les princes et seigneurs et toutes gens do justice, nous les tenons être ordonnés de Dieu et voulons obéir à leurs lois et consli-

2'lG IIISTOIUE DE LA nÉrOUM.VTIOX Fr.AN'Ç.VISE.

tniions qui concornont les bions et corps auxquels loyalement voulons payer tributs et impôts, dismcs, censés et redevances, et toute chose qui leur apparliendra on leur portant honneur et obéissance en toutes choses qui ne sont contre Dieu. »

Toutes les vaincs tentatives que les prélats firent pour ramener les vaudois dans le «iron do l'Eslisn romaine lurent vaines. Les évêques convertisseurs ni' retirèrent de leurs efforts que la conviction do plus en plus ferme que le seul moyen d'avoir raison d'eux c'était de les exterminer... La mort de Chassannée, qui survinldansces entrcl'aitos, fut un malheur pour les vaudois qui eurent dans son surcesseur Menicr, haron d'Oppède, un cruel ennemi. Cet homme, dont le nom est devenu un type do cruauté, était le fils d'un Juif retaillé d'Avignon, qui lui laissa pour tout héritage le petit manoir d'Oppède, dont il prit le nom.

Il débuta dans la carrière administrative par l'office de vi-uierdu pape dans la petite ville de Cavaillon; habile, intrigant et rampant., il s'éleva d'emploi en cmidoi jusqu'à celui de président du parlement do Prov(!nce. — Insatiable dans ses désirs, il fut peu scrupuleux dans les moy(Mis d'accroître sa fortune... ]| accusa d'hérésie quelques riches laboureurs ses voisins, et s'empara de leurs biens... c(Hix-ci quittèrent le village d'Oppède et se reiirèront àCabrières; mais pendant les vendanges et les moissons, les propriétaires dépouillés prenaient tout ce qu'ils pouvaient des possession» occupées [lor le baron, qui chercha dès lors à se venger des habitants de Cabrières, qu'il signalait comme des recéleurs d'hérétiques. Devenu président du parlement de Provence, il se sentit plus libre do donner cours à ses mauvais instincts.

Avertis de la hainc^que d'Ojipède avait pour eux, les habil.inls de iMerindol portèrent leurs plaintes jusqu'au pied du trône, rappiilant en termes respectueux au roi (lu'eu l'an lô/iOSa iVlajesté très-chrétienne avait reconnu 1h nullité de l'arrêt rendu par conlumacfi et délendii de procéder à son exécution; que, nonobstant la royale

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