‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 90 sur 149 · LIVRE V · texte numérisé non relu

LIVRE V

son ornison funèbre ; le peuple seul pouvait la prononcer. On porta son corps dans l'é^'lise de la chapelle du château; là des mains pieuses le déposèrent dans le sépulcre oii il attend le jour do la glorieuse résurrection.

Quoique fermée, la tombe du moine saxon est toujours ou verte, elaujourd'hulcommeautrefoisses impuissants ennemis viennent journellement y jeter en passant leur colère ou leur calomnie. Nous les comprenons : Luther a porté à Rome un coup irréparable ; mais cet homme, dont ils attaquent la vie, leur répond du fond de sa tombe par sa pauvreté ; car lui qui, marchant sur les traces d'un cardinal d'Amboise ou d'un Duprat, aurait pu s'enrichir du bien des Eglises, dont il disposait, vécut pauvre, mourut pauvre et ne ferma jamais ni son riche cœur ni sa bourse indigente aux malheureux. Il eut ses défauts et ses imperfections, parce qu'il était homme; mais qui fut son égal par le génie, par la foi, par le courage, par le renoncement?... Ses défauts mêmes, quand on les regarde de près, font dans sa vie le même effet que les ombres dans le tableau d'un grand maître : s'il eût été ce que le font les Audin et les écrivains qui trempent leur plume dans la fange et dans le fiel, sa mémoire eût péri avec sa poussière; car il n'est pas dans la nature d'un peuple de laisser pendant trois siècles au Panthéon ce qui n'est que pour les égouts de Montmartre.

Pour comprendre le réformateur dans sa vie si agitée et si pleine, il faut connaître la source oh il puisa son courage indomptable et sa persévérance ; sans cela le fil conducteur nous échappe et nos jugements sur lui sont faux ou incomplets ; nous croyons peindre un homme, et nous ne reproduisons qu'un mauvais portrait. Celui-là .<eul connaît Luther, qui a fait l'expérience que le juste vit de sa foi et non d'œuvres soi-disant méritoires ; alors seulement il cesse d'êlru étonné do la haine qu'il portait au pape qui n'était à ses yeux que l'ennemi personnel de .fésus-Christ ; il comprend dans ses pamphlets, sans les approuver en tout, son style ironique, âpre, emporté, grossier quelquefois, insultant souvent. 11 sait qu'à ses yeux Rome avec son pardon par les œuvres est le grand obstacle à l'avancement du règne de Dieu... De là ces éclats de colère et ces invectives chez ce moine qui a

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déchiré son froc et qui voudrait que tout front s'inclinât devant le Christ et non devant celui de l'évèque de Rome qui se jiroclame iiardiinent son vicaire, s'appelât-il Innocent VIU ou Roderic Borgia... Si le style révèle l'homme dans Luther... la foi le révèle plus encore ; le réformateur tout entier est dans les lignes suivantes.» «Moi Martin Luther, indigne prédicateur de Tlivangile do Jésus-Christ, Notre Seigneur, je professe et crois que cet article, la foi sans les œuvres justifie devant Dieu, no sera jamais renversé ni par l'empereur, ni par le Turc, ni par le Tarlare, ni par le Persan, ni par le pape avec tous ses cardinaux, évoques, moines, non nés, rois, princes, puissances du monde, ni même par tous les diables do l'enfer réunis. Qu'ils le veuillent ou non, cet article subsistera: c'est là le véritable Evangile. Jésus-Christ, et lui seul, nous a rachetés de nos péchés; cette vérité, très-certaine, est la voix de l'Ecriture, bien que le monde et tous les diables enragent et rugissent. Si Christ seul ôte nos péchés, nous ne saurions le faire par nos œuvres. Et comme il est impossible d'embrasser le Sauveur autrement que par la foi, il l'est également de l'embrasser par les œuvres. Si donc la foi seule doit saisir Christ avant que les œuvres puissent suivre, la conséquence est infaillible : c'est que la foi seule, indépendamment des œuvres, et avant qu'elles soient opérées, est notre justification et notre délivrance du péché. Après la justification, et seulement alors, les bonnes œuvres suivent la foi, comme sa production nécessaire et inséparable. Telle est la doctrine que j'annonce. Cette doctrine, le Saint-Esprit et l'Eglise des fidèles l'ont toujours enseignée; c'est aussi dans celle-là que je persisterai jusqu'à la fin. Amen. »

Pendant que les protestants pleuraient Luther et que les Pères de Trente se réjouissaient de sa mort comme d'une grande victoire, que faisait François l"? 11 vieillissait avant l'âge, et devenait de plus en plus l'esclave du clergé. Les cris des vaudois lâchement égorgés ne le touchèrent pas plus que les reproches des princes protestants d'Allemagne. 11 approuva, par lettres royales, l'exé-

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