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(lu sénéchal de Normandie, faisant ainsi ponr elle ce que son père avait fait ponr la belle duchesse iri:tanipcs... Un fils hérite plus facilement dos vices de son père que de ses vertus.
Toutes ceschoses se passaient pendant que François 1" était encore à Rambouillet, couché sur son lit de parade. Il allendait là qu'on vînt le prendre [tour être conduit en graniie pompe dans les caveaux de Saint-Denis où l'altendaient plusieurs générations de [irinces et de rois. C'était son droit. Henri II n'eut garde d'y manquer ; il était libre d'oublier les dernières volontés de son père, mais il était trop hnn fils pour ne pas rendre à son cadavre tous les honneurs qui lui étaient dus. Ce fut donc le 23 mai 1-517 que François l" fit son cnliée royale à Saint-Denis. Il n'élnit pas' seul ; le cercueil de ses deux fils, François, lo premier dauphin, et Charles, duc d'Orléans, l'accompairnaient. Henri II fut vraiment magnifique : un rnillion lie francs, somme énorme pour le temps, fut dépensé tant ; ar lui que par la ville de Paris, .sans cesse associée aux deuils et aux joies de ses maîtres^.
Henri désira voir le cortép'e, mais secrètement: il le regardait défiler par une fenêtre de la rue Saint-Jacques, ijuand tout à coup il aperçut trois chars funèbres marciiant à la suite l'un de l'autre ; il voulut -alors, dit Vielleville, se lever de là, car le cou;r lui haussait, et il commençait à s'émouvoir et à s'attrister jusqu'aux larmes; mais il trouva un consolateur dans ce même Vielleville... : les rois n'en manquent jamais. — Çc courtisan donc lui fit observer très-délicatement que ce qui causait sa pc'ine devait faire sa joie, puisque la mort prématurée de son père lui avait ouvert, avant l'heure, l'accès au trône. — Henri 11 se sentit un peu ratrermi ; cependant, ajoute Vielleville, lo roi ne pouvait encore se contenir. — Mais Vielleville eut pitié de tant dedouleurs... C'est si navrant de voir un roi avec des larmes dans les yeux! Aidé do Saint-André, dans celle pieuse mission, il lui rappela la joie que son frère, le duc d'Orléans, avait eue sur une fausse nouvelle que son frère avait été noyé. Lo monanjuc se sentit un peu moins ému ; mais quand le th;Lr funèbre qui portait le corps du duc d'Orléans, son frère, et qui devançait celui du dauphin et do François i" parut, le roi
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se remit do ses émotions, et eut les youx constamment fixés sur les trois effigies des royaux défunts. — Quand celle du duc d'Orléans passa devant lui : « Voilà, dit-il, le bélître qui mène l' avant-garde de ma félicité. »
Le roi était tout à fait consolé, et pendant qu'il se retirait dans son palais, près do Diane de Poitiers, François P' se rendait avec ses deux fils dans les caveaux funèbres de Saint-Denis, ofi Henri 11 devait plus lard les rejoindre.
Pierre du Chalel, évêque de Chûlons, fut chargé de prononcer l'oraison funèbre du prince défunt. Sa lùctie cùlélè facile s'il se fût borné à louer sa vaillance et son goût éclairé pour les arts ; mais exalter ses vertus chrétiennes quand sa vie n'avait été qu'un scandale perpétuel, c'était beaucoup oser... L'évêque osa beaucoup aussi. « .Te suis persuadé, s'écria-t-il, qu'après une aussi sainte vie l'âme du roi, en sortant de son corps, a été transportée au ciel sans passer par les flammes du purgatoire. »
Ces paroles chatouillèrent désagréablement les oreilles de quelques docteurs de Sorbonne, qui les taxèrent d'hérétiques et portèrent plainte à la cour contre l'orateur qui, contrairement à la foi de l'Eglise, avait placé le royal défunt dans le ciel sans le faire passer préalablement par les flammes du purgatoire. Cette plainte n'était pas aussi ridiculb qu'elle le paraissait; car si ce roi, relâché dans ses mœurs, était entré directement dans le ciel, tout le moudo pouvait y entrer. Que devenait alors la messe, que deve naient aussi les dons des fidèles? Que de raisons de soupçonner le prélat d'hérésie à une époque où elle exerçait tant de ravages!
Au moment où les députés de la Sorbonne arrivèrent à Saint-Germain, !e roi était absent. Jean Mendoze, son premier maître d'hôtel, les reçut très-gracieusement et écouta leur plainte : « Tranquillisez-vous, messieurs, leur dit-il ; si vous aviez vu d'aussi près que moi le feu roi, mon bon maître, vous auriez bien mieux compris • le sens des paroles de monsieur l'évêque de Chàlons. François 1" ne pouvait s'arrêter nulle part, et s'il a lait nn tour en purgatoire, on n'aura jamais pu lui persuad(>i' d'y demeurer longtemps. » — Cette plaisanterie, qui ét;iit la véritable oraison funèbre d'un roi qui ne prit rien au -cerieux, déconcerta les dénonciateurs de Pierre du Cliatcl,
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et peut-ôlro épargna-t-clle à révèqno le danger de tomber entre les mains d'hommes implacables à force de zcle et d'ignorance.
François I" fut peu regrellc des protestants, qui ne l'aimaient pas, et des zélés catholiques, qui se méfiaient do lui : il n'y eut guère d'autres larmes, au jour de ses funérailles, que celles qui étaient brodées sur le drap mortuaire de son rerc.fi!. Paris ne mena pas deuil, comme à la mort de Louis \U, et, dans ses rues, on n'entendit pas ces paroles, qui sont le plus bel éloge d'un souverain : « Le roi, notre bon père, est mort. » Deux femmes cependant le pleurèrent : la duchesse d'F.lampes et Marguerite de Valois. La première regretta moins le roi que sa place de maîtresse favorite. A la mort de son royal amant, elle était encore dans tout l'éclat de sa beauté; il lui fallut descendre les degrés du trône pour y voir monter une odieuse et implacable rivale. Le jour des expiations était arrivé pour cette femme que les poètes de la cour appelaient la plus savante des belles et la plus belle des savantes. Mais quelque haute que fût la position où la faveurdu roi l'avait élevée, elle n'en était pas moins une épouse infidèle, et le bandeau de diamants dont elle parait son front aux jours de sa puissance ne cacha jamais la honte que l'adultère y avait gravée. Sa punition égala sa faute. Le roi n'avait pas encore rendu le dernier soupir que le vide se faisait autour d'elle; et pendant que Diane de Poitiers épiait avec joie l'heure fatale, elle taisait ses douloureux préparatifs de départ. Sa vie, à dater de ce moment, ne fut qu'une longue humiliation. Son indigne époux, qui so tut pendant la vie de François 1", devint, après sa mort, son persécuteur. Il remplit pendant de longues années les tribunaux du bruit des infidélités de la duchesse, sans avoir le sentiment qu'en déshonorant sa femme il se déshonorait lui-même. Avilie et abreuvée d'amertume, la pauvre infortunée tourna, dit-on, ses regards vers la religion et chercha dans les doctrines luthériennes une consolation pour son malheur et un pardon pour ses fautes.
Marguerite de Valois pleura François 1" et regretta en lui l'homme ol le frère. Accourue à Paris au bruit de sa
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maladie, elle lui apporta le trésor inépuisable de son aiïoction ; puis elle repartit. La nouvelle do sa mort, qni lui arriva bientôt après, et à laquelle elle ne s'attendait pas, fut pour son cœur un coup terrible ; sa douleur l'ut iTO\i grande pour une douleur de sœur; pendant quarante jours elle s'enferma et passa ce temps dans les prières et dans les larmes. Elle ne survécut pas longtemps à ce frère trop aimé. En 1549, elle le rejoignit dans la tombe. Lo 20 octobre de l'année précédente, elle avait marié sa fillo Jeanne avec Antoine de Bourbon.
Marguerite fut ensevelie dans l'église de Lescar, avec beaucoup de pompe. Les pleurs do ses sujets furent son oraison funèbre.
Ainsi se termina la vie do cette noble princesse, à laquelle il manqua une chose Capitale, le courage de ses convictions. De là ces lacunes profondes dans sa vie, qui la firent haïr des ultra-catholiques et suspecter des protestants. Si elle eût moins aimé son frère, la Réforme aurait eu probablement en elle une Jeanne d'Albret do plus. Sa vie, au reste, quand on l'étmlie de près, nous offre ce mélange de gravité et de frivolité qui devait être nécessairement le partage de ce grand esprit qui ne pouvait ni ne devait accepter les traditions de son Eglise, et do ce cœur trop tendre qui n'eut jamais le courage de préférer Jésus-Clirist à son frère. Elle avait dans son palais Gérard Roussel qui lui explii]uait les Ecritures, et h côté de ce prélat des boull'ons qui jouaient, avec les demoiselles de sa cour les pastorales qu'elle composait elle-même; c'est ce mélange de gravité et de mondanité qui fait de Marguerite un être à part; mais telle (lu'elie est, elle n'en est pas moins la plus gracieuse figure de femme de sou époque, et son grand mérite aux yeux do la postérité seront moins ses poésies que d'avoirsu se conserver pure et chaste au milieu d'une cour corrompue, et d'avoir donné le jour à la mèro do Henri IV.
Les persécutions de François I" et les défaillances do sa sœur n'épouvantèrent ni ne découragèrent les luthériens. Leurs idées se propagèrent avec une merveilleuse
Livr.ii V.
rapidité; Je fou de la perséculion fut le soleil bionfaisaiil qui les féconda. Si le vieux Lefcvre eût pu prolonger ses jours do quelques années, il eût assisté à la réalisation do ses vœux les plus chers. A la mort de François 1", la Réforme avait pénétré dans dix-sept provinces et dans trente-trois villes environ. En voici le tableau, d'après M. Poirson :
Champagne. — Moaux, l5ar-le-Duo., Cliàlons, Troyos, La Fèrc-en-Tardonois, Sens, Langres.
lle.-de-France. — Paris, Senlis.
Normandie. — Rouen.
Perche. — Belesme.
Orléanais. — Orléans, Rlois.
Nivernais. — Corbigny.
lionnjognc. — Mâcon, Reaune, Autun. Derry. — Bourges, Sancerrc, Aubigny, Issoudun. A njoii. — Angers.
Poitou. — Poitiers.
Aitvergnc. — Issoire.
Ilouergue. — Quelques bourgados, mais pas de villes. A(jmois. — Agen, Villeneuve, Samle-Foy, Touneins. Languedoc. — Toulouse, Caslre.i.
Vivarais. — Annonay.
Lyonnais. — Lyon.
Provence. — Mcrindol et les villages voisins.
Ce tableau nous dit mieux que toute parole l'inutilité ot l'odieux des persécutions. Le successeur de François 1"' ne le comprit pas. 11 dépassa son père en violence. Avant (lo voir le nouveau roi à l'œuvre, il faut retourner à Genève, devenue lo quartier général de la Reforme.