‹ Histoire de la réformation françaiseChapitre 96 sur 149 · LIVRE Vi · texte numérisé non relu

LIVRE Vi

bourg sur les instnnces de Bucer, dans lesquelles il crut voir un appel de Dieu. Il partit, mais non sans chagrin : il se séparait de Farel, (jui était devenu l'une des rares joies de sa vie.

C'est ici qu'il faut admirer les contrastes et y chercher l'harmonie plutôt que la diversité. Ces deux hommes, si dissemblables, s'aimèrent toujours d'un amour tendre et fraternel, sans que la jalousie vînt troubler un seul moment leur noble et douce intimité. (Calvin aimait dans Farel sa franchise, son zèle et cette ardeur primesautière qui lui manquait à lui-même. Farci aimait dans Calvin son humilité, son grand bon sens et son génie organisateur. Quoique plus âgé, il ne voulut être que le disciple de son ami, qui ne lui rappela jamais qu'il était le maître. Farel, d'ailleurs, éiait pour lui un homme sacré par la main de Dieu ; il était bon, simple, ouvert, confiani : c'était un lion avec un cœur d'agneau.

Calvin partit pour Strasbourg, oti il reçut un accueil digne de lui. Les magistrats lui permirent de donner des leçons de théologie et d'ouvrir un culte pour quinze cents réformés français qui étaient venus leur demander un asile contre leurs persécuteurs. Le réformateur commença ses leçons et vit bientôt autour de sa chaire une foule d'élèves attentifs et recueillis, qui étaient venus de toutes les parties de la Franco, attirés par la réputation du jeune et savant maître. Au milieu de tous ses succès, Calvin était triste; il pensait toujours à Genève, qu'il aimait d'autant plus qu'il y avait souffert. Les douleurs morales, qui semblent devoir briser nos liens, sont souvent celles qui les fortifient. De loin donc il veillait sur cette ingrate ville qu'il aurait voulu, fût-ce au prix de son sang, sauver d'elle-même.

.\ peine installé dans son nouveau poste, il apprit lo bannissement do Malhurin Conlior et d'Antoins Saunier, (jui avaient refusé le jour de Noël de donner la Cène avec du pain azyme. Eclairé j)ar l'expérience, Calvin leur avait conseillé d'obéir aux magistrats afin de ne pas rompre l'unité de l'Eglise pour une chose secondaire. Ils ne le firent pas. Genève eut deux bons pasteurs de moins.

Une nouvelle qui lui donna de vives inquiétudes, ce

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