IG
282 niSTDIRE DE LA hEFOKMATIUN FRANÇAISE.
lu rcril les menées do l'évGque Sadolet. ' Ce prélat, croyant le. moment venu de faire rentrer les Genevois dans lo j;iron de l'F.glise romaine, leur avait écrit une icttrc douce, insinuante, et par cela mémo très dangereuse. De tous les membres du clcri^é Irunrais, Sadolet était celui qui par sa science, la pureté dosesmœurs, sa tolérance bien connue, l'influence dont il jouissait, pouvait le mieux apir sur l'esprit des Genevois. Il n'avait lancé sa lettre qu'après une conférence ecclésiastique qui (!ut lieu à Lyon au printemps de 1539, à laquelle assistaient Pierre de la Baume, les archevêques do Turin, de Vienne, de Uesancon et quel(]ues autres prélats. Le but de celte réunion était de chercher les inoy('ns de reconquérir Genève. Jean Philippe, lo principal instigateur de l'e.xil des réformateurs, s'était rendu à Lyon pour offrir ses services aux prélats, afin de remettre la ville sous le pouvoir de son ancien évoque On en discuta lonijruement les moyens, et l'on décida qu'avant do recourir à la force on se servirait de la puissance de la parole. Sadolet fut chargé de s'adresser aux Genevois : il le fil avec une grande habileté. Jamais un ennemi qui par ruse veut entrer dans la ville assiégée no se montra plus obséquieux dans ses paroles.
L'évêque de Carpentras commence par dire aux Genevois qu'ils ne sont pas des étrangers pour lui ; il les connaît depuis longtemps, il aime leur noble ville, son amour pour la liberté et sa courtoisie envers les étrangers ; il leur rappelle ensuite les dissensions survcnue.^ au milieu d'eux ; plus que personne il les déplore; puis il leur montre Jésus mourant sur le Calvaire, offrant a.ux pécheurs le pardon par la foi o[)éranle par la charité. Apres avoir établi ce point, il fait paraître deux âmes arrivant vers le tribunal de Dieu, l'une par la voie catholique, l'autre parla voie luthérienne.
« Elevée, dira la première, par des parents qui avaient appris, à leur tour, de leurs pères et de leurs aïeux, à obéira l'Eglise catholique conimo à vous-même, ô mon Seigneur Dieu , instruite que tous ceux qui portaient, au loin, et qui avaient autrefois porté un nom
1 Besson, Evêché de Genève.
2 Ilogiilre du conseil, 1 juin 1510.
LIVr.E VI.
chrc'ticn, avaient tous suivi lo mémo drapeau, avaient tous proclamé l'Eglise callioliquo mère de leur foi, et flétri du nom de sacrilège ceux (jui l'avaicnl abandonnée, je me suis attachée à elle comme à vous-même. «J'ai vu des hommes de nouveautés «qui, l'iicrilurc sainte à la main, prélcndaient lui en remontrer et nous faisaient un crime de l'obéissance que nous lui portions tous ; mais je suis demeurée fidèle à la foi do nos pères et h l'enseignement constant et unanime de tout ce quo celle Eglise a jamais compté parmi ses enfants de plus docte et de plus saint. Bien quo les mœurs de plusieurs, même dans les rangs élevés du sacerdoce, excitassent mon indignation, je suis restée inébranlable. J'ai compris, car dans voire I^glise vous l'aviez ainsi ordonné, mon Dieu, j'ai compris que je devais obéira leurs commandements, qui certainement étaient saints, et qu'à vous seul il appartenait de sonder les cœurs. Comment pourrais-je les juger, ces supérieurs ecclésiastiques, moi qui porte au front l'empreinte de tant do péchés pour lesquels me voici, ô Dieu de clémence, implorant non voire justice, mais votre miséricorde. »
« Après elle le Soigneur appellera î'âmc novatrice et lui ordonnera de parler. Je suppose un des auteurs do vos dissensions ; car je crois quo personne ne saurait mieux défendre celte cause quo celui qui aura appelé les autres à abandonner l'Eglise pour lo suivre. 0 grand Dieu ! dirat-il, à la vue des prêtres si riches, si corrompus, et néanmoins entourés du respect universel, je me suis sentie enflammée d'une juste indignation. Lorsque j'ai vu des minisires indignes, comblés des dignités et dos richesses auxuuelles me donnaient droit mes longues éludes et mes succès dans les lettres et la théologie, vos ennemis sont devenus les miens, et j'ai déclaré la guerreà des hommes que voire protection ne pouvait plus couvrir. Pour arriver jus(]u'à détruire leur autorité, j'ai provoqué lo mépris des lois de l'Eglise et de ses droits, jusqu'alors sacrés et inviolables. S'ils alléguaient l'autorité des conciles, jo les repoussais sans hésiter. S'ils appelaient en témoignage des Pères et des anciens docteurs, je signalais de lois organes comme dépourvus do science et d'intelligence. Les pontifes de Rome n'étaient à mes yeux que des usurpa-
284 niSTOIRE DE LA RÉF0R5UTI0N FRANÇAISE.
leurs. Enfin j'ai tout fait pour briser le joug tyranniquo (ji de l'Eglise qui imposait des jeûnes, des jours de lôte, la confession, l'observalion des vœux, et qui changeait ea ji esclavage la liberté de vos enfants. J'ai rejeté bien IoId jj ces bonnes œuvres qu'elle exalte si haut. Puisque vous étiez devenu noire rançon et que vous avez lavé tous /j nos péchés dans voire sang, n'ai-je pas pu exalter la foi ]( au-dessus do tout? Je me suis appuyésur elle seule, et j'ai |, conservé ainsi le droit de faire tout ce qui plaît. J'ai découvert dans l'Ecriture des pensées jusqu'alors inconnues, et je les ai converties en traits acérés dont j'ai percé f mes ennemis aux applaudissements do plusieurs. » Lors ilf même que cet homme parviendrait à dissimuler son am- ils bition, son amour des richesses et d'une gloire passagère, te .ses fraudes et ses méchancetés, quel jugement pensez- pt vous qu'il sera porté de ce qu'il aura dit pour sa défense? gi 0 Genevois, mes frères, queje désire ardemment de vous ?i voir unis en Christ et en l'Eglise de Christ ! » so
« L'âme fidèle n'a pu pécher en suivant l'Eglise, parce le
que cette Eglise n'erre, ni no peut errer, constamment <!'
éclairée qu'elle est par l'Esprit saint; ensuite cût-ello si
erré, comment le Seigneur pourrait-il condamner un te
être qui n'a failli que par amour et obéissance? Mais fa
l'âme qui, seule contre les Pères et les conciles généraux, le
ne s'appuie que sur elle-même, quel appui trouvera- é| t-elle après avoir désolé l'unique Epouse du Christ, déchiré , lacéré sa tunique que ses bourreaux mêmes
n'osèrent diviser? Car que de sectes ont déjà enfanté les Iî
dernières hérésies et que de dissidences entre elles ! ce *
qui est une marque évidente d'erreur. » la
Après ces paroles, Sadolet exhorte les Genevois avec h
efl'usion de cœur à rentrer dans le bercail. « Si nos li
mœurs, leur dit-il avec beaucoup d'habileté, vous ont ei
contrislé, si l'éclat do l'Eglise a été obscurci [lar les fautes s(
de quelques-uns d'entre nous, que cette vue ne vous ti
jette pas dans la révolte ! Vous pouvez nous haïr, si n l'Evangile vous le permet ; mais la Parole sainte et notre
doctrine, jamais, car il est écrit : « Faites ce qu'ils vous (i
disent. » 11 termine en les suppliant de ne pas repousser n ses avertissements. j ci
La lettre do Sadolet, qui circula dans Goflève, y pro- i