NOUVELLE PACIFICATION
Sacre de Reims. — Alliance avec la famille de Lorraine. — Procession dan.s Paris. — Les oratoires. — Visites aux monastères. — Le parti politique. — Réunion aux huguenots. — Fuite du duc d'Alençon. — Les reitres et le prince de Condé. — Départ du roi de >'avarre. — Transaction provisoire. — .>ouveau traité définitir de pacifîcation.
loTo — 1576.
Le sacre de Reims, consécration religieu.sc (1l-> droits do la royauté, devait précéder chez un
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j>cuj)le «•atholiquc les actes d'administration générale de la société; l'on(!tion sainte annonçait seule rinviolable caractère de la couronne légitime. On remar(jua donc« que quand on vint à luy mettre la couronne sur la teste, le roy dict assez haut qu'elle le blessoit , et luy coula par deux i'ois, comme si elle cust voulu tomber , ce qui fut vu de tous, et interprété à mauvais présage *. » Henri III fut salué dans la vieille cathédrale , et les cris de ^^ivat rex , les sermcns d'exterminer les hérétiques prononcés sur l'autel , précédèrent l'entrée royale du monarque dans la bonne ville de Paris **. Ces témoignages de la joie populaire des bourgeois et des métiers furent grands , car le roi se -déclarait hautement catholique et ne voulait faire aucune concession aux huguenots.
« Par le mandement de MM. les prevost des marchands , eschevins de la ville, avoient esté dressées deux colonnes de pareille proportion et grandeur aux deux costés du portail de la maison
* Journal (le Henri m. éilitionde 1744, lom. I, png. 1 14. Durant celte C[)<)(ine du sacre , les IniQiicnnts dislri- Ltiaient des pamphlets , faisnieiil frapper dt-s mcdailles oi'i ils ridiculisaient ces superstitions; voyez» Explicalion d'une viéilfiillc inxolcnte ndrcHscc par les huqucnots à Henri III. roi de France, au rouimencemcut de son règne, acaul xon mariage. » Bibliothé(|iie de M. de Fontanicu ; recueil de picces in-4" , \ol. lxx\i\ , loi. I.
FÎSTKÊK Dl UOl \ l'AlUS (1575). 373
de ville, en couleur de marbre jrris , fnietes d'une arehitceture cl moulure e\([uises, mesme les bases et ebapiteaux desdicles eolonnes furent dor«'s de fin or; au milieu y avoit rescusson de France joignant celuy de Pologne, et au-dessus un Saincl- Ksprit en figure de colombe estendant une aile sur les aruKtiries de France, l'autre sur celles de Pologne ; les cbiffres du roy couverts d'un grand chapeau de trioniplie . et au bae liuferprétatioii de la peinture et autres choses concernant son retour. En la place qui est devers l'Hostel-de- Ville fut dressé un las et grand monceau de bois auquel fut mis le feu et fut tiré bien quarante pièces d'artillerie et autant de mortiers. Je ne veux mettre ici comme les archers de la ville et arquebusiers ne cessèrent de tirer , ny les lromj)ettes et hautbois de sonner pour resjouir les spectateurs , le nombre desquels estoit pres- ({ue infini. Et ne doit-on oublier l'abbé de Sainte- Geneviève , fjui fit (b-sfoncer ]ilusicurs tonneaux de bon vin et jetter de la dragce pour resjouir les compagnies d'arfjucbusicrs et les escoliers de l'Université *. »
Le premier acte de ravèiicuienl fut !e mariage
* « Les feux de Joie faicis n Paris \unir l'arri^cp du roy «•n Franre , avec l'ordre tenu à son entrée et rcceplion en Il \illc de Lynn, en septembre 1574. • Paris, Denis dn Pré, rne des .Vmandiers, à l'enseigne de la Vérité , 157'».
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de Henri 111 avec M"" Louise tic Lorraine *. Ce mariage semblait inégal pour un roi de France; mais de quoi s'agissait-il ? La maison de Lorraine s'était faite la puissante expression du catholicisme; la royauté s'alliait à elle. C'était sa politique naturelle , afin de rattacher au trône toutes les forces du parti de la majorité ; car on ne vient à un pouvoir ({ue lorsqu'il donne des gages.
Ces gages , Henri III les multipliait. A peine arrivé dans sa bonne ville de Paris , il imprima à tous ses actes une couleur catholique : les grandes processions , les visites des monastères , les saints pèlerinages aux oratoires , l'institution des confréries de pénilens : «Le roy , séjournant à Paris le long du caresmc 11573 , va tous les jours par les paroisses et églises, l'une après l'autre, ouyr le sermon , la messe et faire ses dévotions *•*. Puis, le dimanche 9" lévrier feste de Sainct-Denis , le roy fit faire une procession générale et solennelle à Paris, en laquelle furent portées les reliques de la Saincte-Chapelle, et y assista Sa
' Merveilleuse rencontre sur les noms tournés du roi et de la iiiiic ; plus Adonis ou le trépas du roi Charles IX; FCiIoguc de chasse ; les ])aii|iliiiis ou le iclour du roi , églogue marine avec le chant des syrènes, qui est un épillialanie sur son mariage , par Claude Binet. Uildiothéquc de M. de Fontanicu j recueil de pièces in-4", (oui. cm , pag. 145.
** Jnuiiinlde Ifrun III, i'(\i[ion de 17'»4,(oni. I, pag. 123.
l'UOCtSSlONS DU KOI (1575). ilô
Majeslé tout du lonjj, disant sou rhîijR'lel avec {;rande dévotion. I.c corps de la cour avec celuy de la ville et toutes les autres compagnies s'y trou- M-rent; aussi firent par le conunandcnicnt de Sa Majesté, les princes , seigneurs, olliciers et gcntilshoniines de la maison, hors les dames, «jue le roy ne voulut qu'elles s'y trouvassent , disant (|u"où elles cstoicnt il n'y avoit point de dévolions *. » Lt le roi ne s'arrêtait point là ; dirais-je encore ses belles courses daus cha(iue connnunautp ? « Il alloit de costé et d'autre se promener avec la rovne son espouse , visiter les monastères <les nonnains et autres lieux de plaisir et en revcnoit la nuit; souvent par la l'ange et mauvais temps ; et nïcsnie le samedy 7 janvier son coche estant rompu, fit bien une lieue à pied par le mauvais temps qu'il faisoit , et arriva au Louvre qu'il estoit jdus de minuict **. »
Toutes ces démarches étaient |>opulaircs et en rapj)ort avec les opinions de la ville de Paris. Les
* Journal de Henri III , édiliun de 174 4 , loin. I , pajî. 139.
" Journal do lleuri III. l'dition «le 1744, tom. I, pag. I i7. Ce fui alors (juc fut iiii|iriiné lo fameux libelle sous lu titre de Diêiours merccUlcnr de la vie , a< lions et déoortemcns de Catherine de Mèdicia, reine- mère, amiiiel s:int ivcitca Icn moyens i/u'elle a Icnus pour tiamper le i/ourcrnenient du royaume de France. 11ilj|iollié(|ui- du Uoi . r lueil (le pièces in-S". par<li <-.il I. 1471 , piOee 2.
376 ÉriGR.VMMES CONTRE IIE^RI III (1575).
]>olitiques faisaient force épigrammcs sur la vie <lc Henri III qu'ils peignaient connue adonné à des débauches nocturnes , indolent pour les affaires publiques, roi graniniairicn , comme l'appelle Pasquier *, parce (ju'il négligeait les affaires publiques pour se l'aire lire les beauv dits et les histoires des temps passés. Le tiers parti critii^uait ces habitudes de dévotions intimes : un de ses pamphlets donne à Henri 111 des titres ridicules : « Henry , par la grâce de sa mère , inerte roy de France et de Pologne imaginaire, concierge du Louvre, niarguillicr de Sainct-Germain-l'Auxerrois , basleleur des églises de Paris, gendre de Colas, gauderonneur des collets de sa femme et friseur de ses cheveux , mercier du Palais , visiteur des estuves, gardien des quatre mendians , père coiiscritdesblancsbattus et protecteur descapui^hins. » On s'était attaqué au tiers parti en se saisissant des maréchaux de Montmorency et de Cossé ; rien de j)lus simple ([u'il se vengeât par les moyens qui lui étaient propres : la satire mordante et les ])asi{uils.
L'organisation militaire des politiques se con-
* Gallia dàm pnssim cicilibus occuhat armis , Etcinere obniiltir scmiscpulln sno .
fi ta III mal {((lin cTcirvt iiifilin liex uoslcr in aulii. hiccivjfiiiKiuc polcsf . fil gciiciosus . Amo.
( Pascjiieb , liv. V. )
SmVTlO> DKS l'OMTK^tl KS (1575). 377
tiimnit dans le Laiifruetloe on ils étaient coniplctL'iiifnt ra|>|»roc.lu's des hnjyuenots ; ils avaienl lait «|iiL'l(jues dt'-niarches auprès de Henri lll ; mais l'entrevue inutile du niaréehal Danivillc avec ce ]»rincc à Turin , les actes eathuliques (jui avaient marqué son avènement , les prisons de la IJaslille se refermant sur les maréchaux de Montmorency et de Cossé , signalaient assez l'impossibilité pour le tiers parti , dont les Montmorenry étaient l'expression , de reprendre son ascendant auprès du roi. Un s'en tint aux actes de l'assemblée de 3Iillaïul , aux précautions militaires prises abjrs contre leconseil loutcatholi({ue * ; il ne manquait plus qu'un chef à cette confédération , et le maréchal Damville n'était pas placé assez haut pour réunir autour de lui la grande gcnlilhoninierie féodale : il ne pouvait y avoir de i»uis.sant pour marcher à la tète de cette entreprise que le du(! d'Alençon ou le roi de Navarre , et l'un cl I autre se trouvaient au pouvoir de Catherine en .sa cour de Paris.
Ces deux ])rinces continuaient leur rùle do dissimulation. Le duc d'Alençon ne cessait d'être
• Cl- fui à celle époque qu'on publia ce pamphlet : Kpis-
Ire aux délicats el DiiUeurs iiiachia\élislLS qui ne peu>ciit
lrou^c^ bonne la prise îles arnu-s contre la lyraiinie >>ioI>'iilc
des perturbateurs de Itslal du royaume de Irancc et repos
public. ■ niltl du roi , rcr. d<- pièces in-8". col. L. I '«71 .
pièce 1