‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 21 sur 113 · MESURES TOUR LA PACIFICATION · texte numérisé non relu

MESURES TOUR LA PACIFICATION

d'autre costé que c'estoit trop {guerroyer, qu'il falloit adviser par toutes voies d'outrer en perpétuelle amitié les uns avec les autres , et que chacun fust honoré et carressé du roy selon ses mérites et dij^nités. Ces advertissemens venant de toutes parts, l'esbranlèrent de telle sorte, qu'obéissant aux commandenicnsdu roy, il vint à Blois avec ])crniission d'amener avec soy cinquante genlilsliommcs bien armés pour sa seureté. Ceuv de Guise se retirèrent à la prière de la royne et par un demi-commandement du roy. L'admirai donc , accompagné de quarante chevaux , arriva en cour avec le maréchal de Cossé *. »

Ces pompes inaccoutumées, cet appareil de guerre et de genlilhonnucrie montraient assez le caractère de la domination nouvelle qui s'élevait; le duc de Guise quittait la cour faisant protestation, et marchait ailleurs organiser les forces catholiques. Le gouvernement tombait aux mains

*« De la venue de M. l'admirai. Blois, 1571.» Coligny ♦'■lait alors plein de crainte ; il dénonçait au roi les ])rojels des calholiijues contre les liuguenols. 11 y a une lettre de l'amiral au roi , par laquelle il mande à Sa Majesté « que le comte d'Olivare a dit qu'il y auroit une esmotion et soulèvement général eu France contre ceux de la religion; de t\\\o\ il a prié le sieur de Buch d'advertir Sadictc Majesté que la réponse du si(;nr de Gordcs, du sieur de Grilles, gouverneur d'Orange , lui en persuaderoit quelque chose , s'il n'avoit esté asscuié par le sieur de l'élijjuy des bonnes volontés

(;OLIG>Y A IJLOIS (1571). 73

deslnijifupnots; tout allait se ressentir de leur politique, les relations à l'étranger, Tesprit de l'adminislration à l'intérieur. Aussi jamais aeeueil plus ainial)le (jue «relui qui fut t'ait à l'amiral : « Le roy lait inlinios carresses à l'admirai , lequel voulant luy embrasser le genou avce une fort grande révérence, le roy l'empoignant d'une main, le fit relever, protestant qu'en sa vie il n'avoit eu un jour qui lui fust plus agréable, et qu'il espéroit que ce seroitla fin de tout trouble et guerre civile. Entre autres propos, l'on dit que le roy tint ceuxci ou autres semblables : nous vous tenons maintenant, vous n'esehapperez pas d'icy quand vous voudrez. Les frères du roy le reçoivent assez humainement, mais principalement la royne-mère qui lui montra autant de beaux semblans que jamais elle avoit faict. »

L'entrée de l'amiral au conseil fut signalée par une large série de concessions aux intérêts et aux

de Sa Majeslc. Il demaiiile une confcrcnrc au sieur de liiron , el prie le roy de congédier les garnisons inutiles, do faire chasser ceux qui coiitre\iendroiit é ton édiçt , et de commencer par ceux de Koucn , Orange et autres lieux qui ont méprisé ses oommantlcmfns ; <jue autrement il sera le roy le plus méprisé cjui ait esté de tout temps; qu'il faut descharger ceux de la religion de la cotisation ponr le-jiaieineut des Suisses et reilres, autrement il ne faut pas vspArer faveur d'eux en chose qu'on pourroit entreprendre, •> Mss. dcColbert , ^oI.'2 4, in, fol. v. n. 219.

ni. 7

74 COLIGINY A BLOlS (1571).

o])iiiions calvinistes. L'amiral ne s'était point oublié lui-même;* le roy lui coiifinna de rechef tou.s ses estais et pensions, le fit rentrer incontinent au conseil privé, le voulut ouyr en secret et à part, ès-choses de plus grande imporlance, montrant de se fier en luy de sa vie et de son royaume, comme il eust fait eu son père propre. Tous ceux de la cour lui faisoient de grands honneurs et carresses. Et pour le récompenser des pertes qu'il avoit souffertes èsguerres passées (car on avoit vendu une fois tous ses meubles plus précieux à rencan à Paris) , le roy lui donna, pour une fois, cent mille francs et le revenu d'un an de tous les bénéfices que le cardinal de Chaslillon, son frère, tcnoit au jour de sa mort, ensemble la tutelle des enfans du feu sieur d'Andelot, aux conditions nobles. Congé bien ample luy est donné pour répéter ses meubles partout où ils se pourraient trouver. Le roy fait aussi de beaux présens à Téligny , gendre de l'admirai, et donne à Cavagncs un estât de maistre des requestes en fiweur de l'admirai. Le ])ropos de la guerre de Flandres fut remis en avant, et en communiquoit le roy fort particulièrement et souventefois avec l'admirai, voire seul h seul, tellement que les courtisans esbahis de tels changemens juroient que le roy deviendroit hugiienot, ou pour le moins favoriseroit plus que jamais ceux de la religion*. »

• <■ L'admirnl rciiiti'^ré en ses estais et di^^uilcs. » 1571.

LETTRE VU DUC DE SAVOIE (iôTl). 75

Due fois au conseil, l'amiral imposa ses conditions. Se croyant maître delà question de FUindre, il dirigea la sollicitude du roi sur ses corclifjionnaires de Savoie; il lui fit sceller des lettres adressées au duc Emmanuel pour, à sa spéciale recommandation.» recevoir ses sujets de la religion, les remettre et restablir ès-biens qui ont esté à cause de ce confiscjués, et me donner ce contentement que je puisse faire connoistre aux miens que je veux non-seulement accomplir et observer ce que saintement je leur ai juré et promis, mais que de niesme amour duquel je les embrasse, je désire aussi faire quelque chose pour ceux qui, à cause d'eux, ont porté quebjue allliction chez mes amis, à ce qu'ils se ressentent de la faveur , grâce et protection que je leur veux impartir. Cette requeste est si juste de soi et tant pleine d'ad'ection de ma part, que je m'asseure que volontiers m'en accorderez l'cflet. Aussi ne vous en feroisje plus longue instance*. » L'amiral fit également sceller, par le conseil, des chartes de sauvegarde et de protection royale contre les vengeances (jue les fils du duc de Guise cherchaient à tirer de l'assassinat de leur père. Knfin, comme complément à ces exigences que la [leur faisjxit redoubler, les protestans dressèrent une grande charte de

* Letircs du roy au duc de Savoye , en faveur de ceux de la religion. ' Septembre 1571.

"G C0M)iT10ISS i.MrOSKKS PAU COLKINY (1571).

griefs sur lesquels ils appelèrent une prompte réponse. Les partis en minorité vivent ainsi en per- ])étucllc méiianee; ils ont le sentiment de leur petit nombre; quand ils s'enjparcnt du pouvoir, ils lui font des conditions dures; ils restent avec lui sous les armes.

Les hufjiicnols ne se contcnlalont pas de ces preuves de confiance ; ils allaient droit à la ])lus pesante domination, car ils présentèrent requête au roi dans des termes précis, « pour qu'il eust à payer la somme de quatre cent cinquante mille livres duc aux rcistres; interdire à tous juges de cognoistre ni s'entrcmesler du fait de la levée des deniers sur ceux de la religion; faire vuider les garnisons è^:-pavs de Languedoc, Dauphiné et autres ])our les incommodités (ju'il y a d'avoir soldats dans une ville; faire ])Oscr les armes par tout le royaume et expédier commissaires, amateurs de paix et alfectionnés à l'éditde pacification; que l'exercice de la religion soit eslabli ès-licux ordonnés par redit; remettre tous les ofiîciers en Testât qu'ils estoicnt avant les troubles; faire rentrer les baillis et sénéchaux de robe longue en tous leurs oiKccs, quoi(iu'ils ne fussent pas catholi(jues, et quant à ceux au lieu desquels a esté ]>ourvu, leur donner place de conseillers de cour ou du grand conseil. »

Tous ces articles , imposés comme addition à la jiaiv . furent accordés par Charles IX, saut

MAUIAC.E DE llEMll DE BÉARN (1572). 77

<liiel(iiios It'ffèrcs 1110(1 ificatioiis ; il déreiulit éfjaleiiiciil aux jiijyesa (jue pour raison de la rclijjioii, ils n'cmpesrhent les pères et mères , tuteurs et curateurs d'avoir réduration et iiourrituro de leurs eulaus et mineurs; lesdicts enfans devant estrc eiilrctciius , après la mort de leurs parens, en la mesiue relijjion eu la(|uc'lle ils ont esté nourris; les gouverneurs particuliers des villes furent révocqués et on dut fiiiire exemplaire punition de tous ceux (jui contrevenaient à l'cdit de la paix *. »

Coiijjnv ainsi satisfait , il restait la -ifrandc tran.sactioii du mariafje entre Henri de IJcarn et Mar{Tucri(e de Valois . destinée à caresser ror<;ucil de la {jentillioinmcrie ]»rovinciale. Ce niariajjo soulevait plusieurs dillicuUés : d'abord il lallait rompre tout ença{;ement avec: rtspagne .justifier à ses yeux les nopces alors inouïes entre un hu- {»uenot et une catholique. Pliilij)pe 11 avait su la iicjjociation , et don François de Alava, son ambassadeur, avait fait tous ses clTorts |»our la rendre im|)Ossiblc; la jeune 3Iar{jnerile était jiromisc à un prince calholi(iue, au roi de Porlu{i;al, si zélé pour la foi romaine, une des expressions de la vieille unité de l'Eglise. Philippe 11 recommande à son ambassadeur de le tenir au courant

■ " Ailicles généraux île ceux di- lii religion, vus et respondiis par le rov, le 14 d'oclobie I.Ï71 . "

78 1-E PAPE CONTRE LE MAUlAGE (1572).

(les nioiiulrcs bruits sur cette aflairc, afin qu'il jKiisse s'y opposer , soit auprès de Pic V , soit auprès de la reine-mère.

Le pape devait pcrsonnellcnient intervenir dans cette question du mariage , car c'était de lui que dépendaient les dispenses, et aucvine église catholique n'eût célébré l'union d'une fille de France avec un huguenot , son cousin , sans une bulle spéciale du souverain Pontife. Le caractère de Pie V était, connue on le sait, bien éloigné de ces concessions. Quand il apprit le mariage projeté , il écrivit au roi Charles IX une lettre violente : « Ce qui nous tourmente sans relâche , c'est que l'on presse le plus possible le niari;i^e du prince de IVavarre avec Marguerite , votre sœur, dans la vaine espérance qu'elle contribuera à ramener le prince à la religion catholique : n'cst-il pas jdutot à craindre ((u'elle ne soit clle-nicnic pervertie par lui ? C'est donc le salut de son âme qu'on expose; car quand même elle persisterait à vivre catholiciuemcnt , elle n'aura jamais ni paix ni repos auprès d'un mari hérétique *. »

Si le cbef du catholicisme se faisait des scrupules pour autoriser l'union du ])rince de IJéaru

* Ipsi cnihoUcè ticerc volciili iitilln pas. iiiilhi i/iiics itnijunm oit ntin hmvliro iiiaïUo . 2.'» juiivitr 1 572, édilioii nriubuu, liv. V. leM. \',S

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