TESTAMENT DE LA REINE DE NVVARRE
Uéani, et, cil cousulant ses regrets sur la mort de sii mère, il l'invitait a presser son voyage pour aeeoinplir une union considérée coiiinie le dernier et le plus puissant des gages oflerts par le roi aux calvinistes. A cette lettre était joint le testament de Jeanne d'Albret , ardente expression des sentimens de la reine de ÎNavarre, mais dans lequel on ne trouvait ni plaintes ni indices contre Catherine de Médi<is*.
Henri de Héarn , qui prit le titre de roi de Navarre, n'avait voulu s'acheminer en la cour de Paris qu'avec une bonne suite de sa brave chevalerie provinciale. Toute cette chevalerie avait fait d'incroyables sacrifices, avait engagé ses terres ])Our paraître dignement .sur l'autre rive de la I.oire, car il fallait relever Ihonneur des chàteljeniesdu Midi, ils étaient au nombre de plus de mille, armés de toutes pièces. Quand ils entrèrent par la porte Saint-Antoine , les quarteniers furent presque eflrayés de cette attitude martiale des huguenots; puis \enaient par groupes de vingt, trente hommes, les plus pau\resdcs calvinistes avec leur chapeau à larges bords, leur justau-
* . Copie du teslameiit de di-fuiicle Irès-haute, verluensc dame et priiicessi; .leaniic, pni la grâce de Dieu royne do Na\arre , dame souveraine de Hi'-.irn , duchesse d'Albiet , de Deaumnnt , et duchesse douairière de Vandoluois. Imprimr l'au de grâce 1572. •
100 ENTRÉE DES nUGUE^OTS A PARIS (1572).
corps, serrés dans les pourpoints et fraises, le visage sévère , l'u'il niornc, (inelqnel'ois précédés de leurs ministres à cheval. La inultilnde catholicpie les vit passer dans les rues étroites de la cité, le long des murs au-delà de la Bastille; elle fixait sur eux des regards inquiets, des yeux de colère etde fureur; dctenipsen temps sortaient desgroupes les cris étouffés de huguenots, hugtienots: voilà les huguenots ! On les suivait dans les ([uartiers qui leur étaient assignés; et lorsque le lendemain ils s'isolèrent les uns des autres, j)arcourant la ville, tenant chapeau sur la tète en (;>ce des croix au pied desquelles s'agenouillaient les confréries bénites et le peuple des halles , ce peuple ardent les menaça du geste etde la voix." Huguenots, maudits huguenots; ah ! les voilà qui renient Dieu et les saints. » Tout semblait concourir à rendre les religionnaires odieux a la multitude; leur langue de IJéarn et de la Gascogne était inconnue ; leur fierté féodale, la rigidité de leur costume les faisaient considérer comme des vain(jueurs qui imposaient leur pouvoir à une population vaincue. Des rixes s'élevaient à chacjue instant , et les ordres du roi , qui frapj)aient la peine de mort pour le port d'armes parmi le peu[)le et la bourgeoisie, ne sullisaient plus ])our réprimer celte impatience de se venger d'un joug humiliant *.
' Le bureau de lu \illc Ht jilusieurs ordunnnnccs pour
KLECTIO^ DU PAPt (1572). 101
Le roi (le !\;n;irre et sa chevalerie du Mitli avaient été aecueillis avec^ empressement par Catherine de Médicis, son fils et la cour; toute la l'amille des Valois était accourue ])Our saluer son bons cousins de Gascogne : « Ils y furent recueillis du rov , de sa mère, de ses frères, des autres princes, de M"'" Marguerile et des princesses, comme ils le pouvoient désirer en apparence. » Charles IX ne semblait avoir ({u'une idée fixe , l'union de sa sœur et du roi de ^ava^re. De nombreuses dillicultés s'étaient élevées; Pie V avait persisté à refuser les bulles de dispense; il s'en était si formellement expliqué, que Charles IX avait pu dire à Jeanne d'Albret avant sa mort :
« Ma tante , je vous honore plus que le pape , et aime plus nja sœur (jue je ne le crains ; je ne suis pas huguenot , mais je ne suis pas sot ; aussi , si le pape fait trop la bcste , je prendrai Margot par la main et la mènerai épouser en plein presche *. » Pie V n'était plus; Charles IX avait mis la ])lus haute importance au choix du nouveau pape , car de lui allait dépendre cette fusion de sectes et d opinions cssavéc jtar le mariage de sa so-ur. Il écrivait a renqicreur Maximilien : « Monsieur mon beau-père , la chrestieaté a faict une grande perte
eniprchcr les rixes entre les hugueiiols et les catholiques. — Uc;;. du cous, iiiiiiiicip. 1.572.
' De 1 estât de la France suus Charles l\, 1572.
lOi liULLES DE DISPENSE (1572).
par le zèle et afreetion qu'a voit nostre Saiiit-Pèrc. Celte dignité doit estre remplie par personne ({ui ait sens et jii{];enicnt pour coiuluire les aflaires sagement ; personne n'est mieux ])Ourvu de ces qualités (jue mon cousin le cardinal de Ferrare. Je vous prie, monsieur mon beau-père, de vouloir escrireauv cardiuauv ({ui sont à vostre dévotion , pour doiuier à ujondit cousin leurs voix pour l'élection du pape. Vous supplie de vouloir escrire de toute la plus grande aflection qu'il vous sera possible *. »
Le roi poussait le cardinal de Ferrare , et alors le conclave élevait à la grande chaire de Saint- Pierre l'évéquc de Vesti , Hugues IJuotu^ompagno, vieillard vénérable, tout plein de cette vaste ])ensée de la tiare, se proclamant comme unité religieuse contre le double danger de l'invasion des Turcs en Europe, et de l'hérésie. Grégoire XIII suivit la même ligne (jue son prédécesseur; dans des intérêts tout catholiques, il refusa les bulles de dispense réclamées par le conseil. Le Cardinal de Lorraine était parti pour Rome afin de bien expli(juer au nouveau jtontiie la force et les intentions du parti catholique en France. Le roi l'avait olliciellement chargé de provoquer la bulle si vivement désirée. Ce n'était là (ju'uno mission secondaire dans la pensée de la maison de Guise.
La bulle n'arrivait pas, et plus ({uc jamais le
* .^Iss. de Coibcit , vol rcrxxxMii , Ml fol. H. K. piig. 301.
FAISSKS nl'LLKS (1572). 103
«oiiseil él;iit imp;\tieiit d'en finir avec ce mariage! H avait été convenu qu'il serait célél)ré à Notre- Dame par le cardinal de Bourbon , catholique fervent, mais que ses liens de famille rattachaient au roi de ?Javarre. Le cardinal refusait de bénir la sainte union tant que la bulle de dispense ne serait pas obtenue; et les ministres huguenots murmuraient déjà de toutes ces déférences envers l'idole de Home. Charles IX et la reine-mère prirent une résolution soudaine pour répondre à cette double exigence : « Tost après le roy fait semblant d'avoir reçu lettres de son ambassadeur ((ui estoit à Rome qui lui mandoitque le cardinal de Lorraine par son autorité, crédit et dextérité, avoit finalement obtenu la dispense, et faict ([uc la jiublication fust signée ; tellement f[ue par le j)remier courrier il enverroit la despesche, et cependant le mariage se pourroit faire, si le roy n'aimoit mieux attendre encore quehpie peu. Incontinent ces lettres sont montrées à la roynenicre , à sa fille et au cardinal de Bourbon. La royne fait fort la joyeuse et dit ([ue cela suflit (comme si elle-mesme n'eust ftjrgé les lettres), et (jue rien n'emj)eschoit de célébrer ce mariage, l/espouse et le (ordinal de Bourbon s'y accordèrent , le roy déclarant qu'il falloit que ces nopces se fissent au plustost. Pour cet cliet . jour fut assigné au dix-huitième d'aoust *. »
■ De l'Lshit de France sou» Charles IX. Ad ann. I.57'i
104 PIIÉDICTIONS ASTIlOl.Or.IQUES (1572).
Tout allait ainsi à bonnes fins. On cherchait à préparer le peuple de Paris à celte belle et grande cérémonie ; plus la multitude était irritée contre les huguenots, plus on voulait effacer ses préventions par l'éclat des fêtes , la splendeur des épousailles. Les opinions étaient travailW-es par les prédictions astrologiques, si puissantes alors. Si quelques ardens catholiques disaient tout bas « que les nopces seroient verîneilles » pour indiquer qu'elles ne se passeraient pas sans conflits armés, des devinations populaires annonçaient « que le sainct mariage du magnanime et généreux roy de Navarre, ensemble de très-honorée dame Marguerite de France, lacjuellc comme veut Ulpian , sera dicte mère de i'amille , sera un mariage dont n'en fut vu un plus heureux en France depuis la souvenance des hommes. Et ce présent mariagen'est autre chose sinon une conjonction du masle avec la femelle, et sera rempli de plusieurs beaux fds et filles. Ainsi soit-il. Puis, les advertissemens si le roy de Navarre et sa femme s'entr'aimeront et s'ils vivront longuement ; s'ils auront des enfans , s'ils seront fils ou filles ; s'ils seront beaucoup sujets à maladie, et à quelles; à scavoir quand ils seront bien sains; pour cognoistre quand ils seront mal disposés. Maistre Abbatia l'astrologue donnoit ensuite une recette excellente au roy et a la roync de Navarre pour se bien disposer : faire une potion de [)runesdc Damas, des bonnes.
ORDRE MIMCIPAI POUR LE MARTAOE (1572). 105
cuites en de l'eau de mer, dans laquelle on feruil dissoudre certaines Ibrtes dro{i;ues a\ec une liouleille siroj» de Vénus; il l'avaleroit à quatre heures du malin. Voilà pour lediet roy. Madame Marfjuerile prendroit aussi une i)«)tion de rat-ines sauva};es, leuillt-s de chesnes et i>lanles de safran, «yingenibre et autres avec dudit sirop. Lesquelles receptes , suivant l'astrologue , rendront incontinent les corps mal dispocs en leur premier cstre *. » Toutes ces précautions qu'on prenait afin de calmer l'eflervescencc des Parisiens étaient inipulssantcs, bien ([u'à l'Hôtel-de-Villedes ordres eussent été donnés [)0ur que les échevins et olUcicrs asistassent à la réte.
« Cejourdhuy, 10" jour d'aoust 11572, suivant la semonce et conïniandemcnt ci - devant faicte au\ sieurs prevost des marchands et eschevins de la part du roy d'euv trouver en l'église de Nostrc-Dame de Paris le jour de demain malin pour assister à la .solennité du mariage de .^Ivuame soMir du roy avec ler<»y de Navarre, auroient esté «•vjtédiés niandemens auxdicls sieurs conseillers, «liiarteniers , bourgeois et archers. » Suivent les
* • Prognoslication sur le mnriiijc de très-lionorc et lièsnvmi' Mciirv , piir la jjr/ire tic Uifii roy de >avaire, et de (rès-illiistre princesse MagiiiTile île Fr.ince, c; Iciiléc par M" Bernard Abbatia, docteur-médecin et astrcdognc du très-chrestien roy de France, et dédiée à Sa Majesté. Paris, Guillaume de Jiyverd , imprini. 1572. •
loti ORDRE MUiNlClPAL TOliR LE MAUIAC.E (1572).
iiiandemcns de par les prévôt des niarehauds et éeheviiis, quarteniers, aux dixaniers, eapitaiiies des arehers : Plaise vous trouver lundy prochain, » de six attendant sept heures du matin , à eheval >• devant l'Ilostel de ecste Ville pour nous assister » et ac("onipap;ner en l'o^glise de Paris au mariage « de Madame sœur du roy *. » Kt le lundi lU" jour desdits mois et ans en suivant^ ladite semonce et niandemens, » MM. les prevost des marchands et eschevins vestus de leurs robes mi-partie de rouge et tanné; à scavoir Icdict sieur prevo.st , de satin, et lesdicts sieurs eschevins , de drap, accompagnés des procureurs du roy et des conseillers , quarteniers et bourgeois de ladicte ville, seroient ])artis tous à cheval de l'hostcl d'icelle ville environ l'heure de dix heures du matin et allés en ladicte église. Devant eux marchoient les grefliers et les dix sergens de la ville avec leur robe mipartie, et les archers , arquebusiers , arbalestriers avec les hoquetons et hallebardes, tous à pied; entrés dans l'église, ils s'assirent sur les chaises placées dedans le chœur de la(li(;(e église, et tous ouj rent la grand'messe, dicte et célébrée par M. le cardinal <le Bourbon, tt après furent lesdictssieurs prevost des marchands et eschevins, conseillers, «juarteniers et bo\irgeois, suivant la semonce qui leur en avoit esté faiete, souper au bancjuet dudict mariage ([ui fut ledict jour faict au palais
* Kcg. de lll(.tul-dc-Villc , \ , fol. 5 et fi.