‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 28 sur 113 · KPOIS VILLES DU ROI DE NAVARRE · texte numérisé non relu

KPOIS VILLES DU ROI DE NAVARRE

où estoii'iit \c r()\ , la loviir.la rouie sa ini-re , Messieurs ses frères , |iriiues , prineesscs, prélals et seijjneurs *. »

Kii clVet , le 18 août au matin , jour fivé pour la {ifrando et belle cérémonie des espousailles « le rov de ^a^arre, conduit par les ducs d'Anjou et et d'Aleucon frères du roy ; les princes de Condé et marquis de Conti son frère, due 3Iontpensier, prince Dauphin, duc de Guise, d'Aumale et de IVevers, les mareschaux de Montmorency, Damville , de Cossé , de Tavannes, de Savoye , l'Admirai, le comte de La Rochefoucauld et fort ^rand nombre d'autres grands seigneurs tant d'une que d'autre religion , alla trouver Madame Marguerite eu l'cNCsché de Paris. Ce jour-là les roys de France et de Aavarre, les ducs d'Anjou et d'Aleucon et le prince de Condé estoient vestus d'une mesme jjarure (jui estoit d'un accoustrement à fond de satin jaune pasie , tout couvert d'enrichissement de broderies d'argent , relevé en bosse, enrichi de ])ierres et pierreries. Les autres princes et seigneurs catholiques estoient vestus de diverses couleurs et façons, avec tant d'or, d'argent et pierreries que rien plus ; mais quant aux seigneurs de la religion, ils n'estoient vestus que de leurs habits ordinaires *. » Le peu-

• Registre de niôtel-di;-ViIle, X.fol. 5 et 6. « Discours des nopcrs du roy de Navarre «-t <]<• la sœiii du iMV. « J .'J72.

108 CÉRÉMONIE DU MVUIAGE (1572).

pie remarqua cette simplicité {grossière et insultante des {][enlilshomiues provinciaux, méprisant ainsi les pieuses cérémonies du catholicisme. Ce fut bien pis encore lorsque le cortège s'avança de l'évcché vers la grande église de Notre-Dame, et (ju'on vit (jue les huguenots refusaient d'entrer sous le saint j)ortique : » La dicte dame Marguerite , conduite par le roy so>i frère , estant vestue d'une robe de velours violet semée de fleurs de lys, avec le manteau royal aussi bordé tout à l'entour de fleurs de lys; une couronne impériale sur la teste, faicte de grosses perles, enrichie de diamans , rubis et autres pierres précieuses de valeur inestimable, et estoit suivie par la royne sa mère , ]»ar la royne régnante , la duchesse de Lorraine et de toutes les princesses, dames et damoisclles de la cour , vestues de robes de toile d'or et d'argent et d'autres vestemens précieux. Les cent gentilshommes niarchoient devant, tenant les haches au poing , puis les héraults d'armes avec leurs cottes accoutumées , les gardes, ofiicicrs de la maison du roy, trompettes, clairons, haut-bois et autres instrumcns. Furent lesdicls futurs cspoux coiuluits par une galerie qui avoit esté dressée tirant depuis l'évesché, tout le long du teni|)le ]\oslre-Dame (qu'on appelle) jusqu'au devant de la grand'porte dudict lenqile , au devant de laquelle avoit esté basli u?i grrnd cschafaud , cslc\é à la vue d'un chascun. Sur

HAINE DU TEUPLK (1572). lOi)

lt'i|m'l II' roy (le Navarre et la somm- du roy l'uront espousés par le cardinal de Bourbon, oncle dudict roy de Navarre, avec certain formulaire que les uns et les autres niinprouvoient point. Ce faict, le roy de Navarre se retira en une cour près du temple avec le prince de Coudé, attendant que l'csjiousc eust ouy la messe. Puis après tous ensemble retournèrent à l'év esche où lut faict le disner ce jour-là. »

Ainsi donc le roi de Navarre n'avait pas ouï la messe, n'avait point voulu entrer dans la vieille cathédrale, protectrice de la sainte ville de Paris et de la bonne bourgeoisie. Les gentilshommes huguenots, se promenant dans le parvis, jetaient des yeux de mépris sur ces figures de saints ciselés qu'ils auraient abattus de leurs masses d'armes . sur les drapeaux, de 3Ioncontour qu'on apercevait suspendus aux longues ogives, et la multitude qui se groupait autour d'eux faisait entendre ces cris lugubres : « Mort aux maudits huguenots, aux contempteurs de la messe ! » Le roi Charles fut à peine salué de quelques acclamations : on le savait alors dans les intérêts de Colipiiy et sous son influence absolue. Il y eut des cris plus nombreux de • \'ive Catherine ! » Les bourgeois, instruits de tout, n'ignoraient pas que la domination des calvinistes commençait h lui être insupportable. Les grandes acclamations, les joies véritables . les sympathies du peuple furent tout m 10

110 FETES DU MAIUAGE (1572).

entières pour Henri de Guise, le grand duc de Guise : « Le voilà, tète nue, » criait-on sur tout le p.'irvis Notre-Dame, et le héros populaire souriait avec gnice , saluait cette multitude qui touchait ses hahits et haisait ses mains *.

A la cour tout était ])ompes, tout cherchait à célébrer l'union dos deux croyances, jjcrsonnifiées dans les maisons de Valois et de Navarre **; on ballait nuit et jour ; ce n'était que fêtes et mascarades où se mêlaient huguenots et catholiques : a Apres souper fut commencé le bal par le roy. Cela dura peu , à cause de la mascarade où le roy estoit. Premièrement se présentèrent trois grands chariots qui estoycnt trois grands rochers ou cscueils de mers tout argentés ; sur chacun desdits chariots y avoieut cinq musiciens jouant de diverses sortes d'instrumens qui rendoient une grande mélodie. A la cime d'un des chariots estoit ce chantre tant renommé , Estienne Le Roy, qui faisoit retentir toute la salle de sa voix harmonieuse. Après venoient sept autres chariots aussi argentés , dont les trois estoient trois ro-

Dc l'Kstat de France sous Charles IX, foin. i. Beaucoup de pamphlets contre les huguenots furent alors répandus parmi le peuple. J'en ai trouve un assez curieux sous ce litre : o Remontrances a une relijjieuse sur le débauchemeiit de phisieurs abusées par les nouveaux ^vnu- «;rlistes. • Paris. Uifliai'l , 1 .'572 , iri-12.

FÈÏES DE LA VIl.l.K (1572). III

cliers couverts de eoqviilles et (ruiu; iiilinitr do petits animaux de mer ; à la cime il y avoit untloge faietc avec ([uatre colonnes, et dans ladieto loge un dieu marin assis. Les autres quatre es tiiient quatre lions marins, aussi tout argentés, avant le devant connue un lion et le derrière comme un poisson, la queue entrelacée , haut, eslevée , et à la cime d'icclle une coquille d'argent, dans laquelle estoicnt pareillement assis un dieu marin. Et un chariot estoitun cheval marin sur lequel estoit assis iVeptune , roy de la mer , avec son trident en main. Sur ce chariot estoit le roy de France. Sur les autres cstoient les frères (lu roy , le roy de Navarre , le ])rince de Condé . le prince dauphin, le duc de Guise et le chevalier d'Angoulesme ; ils chargèrent quelques princesses et dames sur ces chariots; puis ayant faict quel(|ncs danses, chacun se relira pour ce soir. Noilà quel estoit le meslange de ceux de la religion avec les catholitjues *. »

Le lendemain le bureau de la ville donna sa fête; mais celle-là fut plus signifiante, car elle était toute catlioli(jue : • Y avoit le paradis dressé , l'entrée duquel estoit desfendue par trois chevaliers armés de toutes pièces, qui estoicnt le rov

" Des festi-s «lu mariage du roy de Navarre ; 1572. • ( IJroclnire. ) Voifez aussi 1rs cstumiics du cnhiiict du roi r|ui I i'|)r(Mli!isfnf les Ictes. ( Collect. du règne de Clmrlcs 1\. )

]I2 FÈrtS 1)F, L110TtL-Di:-VlLLE (1572).

et ses frères; a main yauclic estoit Tenfcr, dans lequel y avoit un grand nombre de diables et petits diablotcauv faisant infinies singeries et tintamares avec une grande roue tournant dans ledit enfer tout environnée de clot^hettes. Le paradis et l'enfer estoient divisés par une rivière dans la(|uelley avoit une barcjue conduite |>ar Charon, nautonnier d'enfer. A l'un des bouts de la salle et derrière le paradis estoient les champs Klysées: à s^'avoir, un jardin embelli de verdures et de toutes sortes de fleurs; et le ciel einpyrée , qui estoit une grande roue avec les douze signes , sej)t planètes et une infinité de petites estoilcs faictes à jour, rendant une grande lueur et clarté par le moyen de lampes et flambeaux qui estoient artificiellement placés et accommodés par derrière. Geste roue estoit en continuel mouvement, faisant aussi tourner ce jardin, dans lequel estoient douze nymphes fort richement accoutrées. Le bal ])aracheAé, les chevaliers qui estoient dans l'enfer furent délivrés, et après se mirent à cond)attre et rompre les picques en foule ; la salle estoit toute couverte d'esclats de lances. Le combat fini, on mit le feu à des traisnées de poudre qui estoient autour dune fontaine dressée quasi au milieu de la salle , d'où s'csleva un bruit et une fumée qui fit retirer chacun. Tel fut le passe-temps de ce jour, d'où l'on peut conjecturer quelles étoient les pensées du roy et du con.scil secret

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