‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 30 sur 113 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

COMMENCEiaENT DE REACTION.

Inquiétudes de l'Espagne. — lntrif;ues de don Diego de ("uniga. — Méfiances des huguenots. — Crédulité de l'amiral. — 11 se déclare contre Catherine de Médicis. — Politique de la reine-mère. — Elle se rapproche des fiuise. — Réactions dans les provinces. — Vengeance des Guise contre la maison de Châtillon. — L'amiral Coligny arquehusé.

lo72.

La ffrande pensée de l'amiral Coligny était toujour,s (le pousser le roi a la {juerre contre l'Kspa-

1>QU1ÉTL'DKS DE L•ESPA(;^E (1572). llô

gne *; les huguenots de France prêtaient la main à ceux des Pays-lJas , et la nouvelle influence de la maison de IJéarn à la cour et dan> le conseil réveillait ses anciennes prétentions sur la province de Navarre conquise par l'Espagne **. On sent donc toutes les inquiétudes de Philippe II quand il apprit le départ du comte Louis et dun corps de gentilshommes français pour la Flandre. A la prière de la reine il avait rappelé don François de Alava , dont les menaces étaient trop vives et les démarches trop visihles : il avait été suppléé par le secrétaire Aguillon , esprit actif, correspondant tout à la fois avec le duc d'Albe et le conseil de San-Lorenzo. Vers le milieu de l'année lo72, Phili|)pe II envoya don Diego de Çuniga, caractère pélié et remuant, propre à suivre les affaires de France. Quand don Diego arrivait à Paris, le parti protestant était dans foute sa force; l'ambassadeur se relira un moment pour manifester sa désapprobation ; mais les ordres précis de Philippe II lui imposèrent le devoir de ne point quitter la résidence royale de Blois ou de Paris, et

Qiicl([ues membres du conseil ôtaient formellement opposés à cette guerre, foy. Avis de M. de Morvilliersau roi Charles IX contre la proposition de porter la guerre aux Pays-Bas (Bibliotli. du roi, mss.de la Marre, cet. 1594 , fol. 159).

t'oyez les dépêches des archives de Simaiicas, col. B. 33-34.

H6 D. UlEGO l)t (;UiM(.A (1072).

de trouver le moyen de séparer le roi et son conseil des hérétiques qui les dominaient alors *.

La nature des choses rapprochait don Diego du parti catholique, et ce parti vaste, populaire, avait de larges ramifications. L'ambassadeur en saluait les hommes influens , le duc de Guise surtout , dont les mécontcntemens éclataient d'une manière publique et armée ; il prévoyait et préparait avec lui les chances, dans un avenir trèsprochain, d'une réaction inévitable : on savait les griefs de Catherine de Mcdicis contre Coligny, qui cherchait à la supplanter dans le crédit qu'elle exerçait sur Charles IX. Catherine, tète de pouvoir et femme d'ambition, n'avait aucune conviction bien arrêtée; à vrai dire, elle eût même préféré les huguenots, parce que, opinion faible par rapport aux masses, ils avaient besoin de l'autorité royale pour grandir et se fortifier; tandis que les catholiques et le duc de Guise se protégeaient par leur propre puissance. Lors de la paix de Samt-Germain , elle entra de -bonne foi dans la ligne nouvelle que suivait le conseil ; néanmoins, comme les esprits habiles qui ne marchent pas tout d'une pièce, Catherine ne rompit pas avec le roi d'Kspagne; elle conserva aA ce Philippe II une correspondance active. A tous les événemcns on la voit lui écrire dans les ter-

* Archives ck- Siinaiicns, col. 'ù 3.'i.

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