‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 33 sur 113 · I.K UOl F.T C:0LH · texte numérisé non relu

I.K UOl F.T C:0LH

mie pnr ranibassiuleur espnfjiiol des intrigues de Culij^ny, se rap])rurha du duc de Ctuise, et dèslors le parti calhoru{ue eut nue action de plus dans le conseil.

Les choses ne pouvaient plus lonj^-temps demeurer dans la situation où elles étaient arrivées. Le duc de (îuisc avait fait une violente attaque contre le vieux Colijjny, et, fort de la ])uissance du peuple, il l'avait accusé en face du roi d'être le meurtrier de son père ; Charles L\ , effrayé des rcsidtats de cette poursuite, avait appelé auprès de lui l'amiral, et dans l'abandon dune entière confiance lui avait dit: « .Mon père, vous sçavez (|ue vous m'avez promis de n'offenser personne de tous ceux de Guise tandis que vous demeurerez ici . et eux seniblablenient mont promis de vous respecter et tous les vostres *. Je me persuade et ai ceste ferme opinion que vous me tiendrez votre promesse ; mais je ne suis pas si asseuré (le leur foi comme je suis de la vostre ; car, outre ((ue c'est à eux de se veiiffcr , je co;;nois leurs bravadeset la faveur quecepcuplclcur porte. Par([uoy je ne voudrois point qu'ils lissent chose qui tournast à votre donnuaj^e et que mon honneur y fnsl intéressé; attendu , comme aous sçavez, que sous ombre de ces nopees, ils se sont trouvés ici bien accompagnés et bien armes. Et pourtant, s'il vous

' Ile ri.stiil lie Fraïuc >ous (iliailesIK , ad ami. 1572. III. Il

122 PRÉCAUTlO^iS POUR LtS HUGUENOTS (1572).

sembloit bon , j'avois pensé que ce ne seroit point sans propos , si je faisois venir les gardes de mes arquebusiers pour plus grande scureté de tous, de peur qu'à rim])roviste ils ne vous puissent endommager aucunement, les faisant venir sous la conduite de tels et tels ca])itaines, en nommant des hommes qu'il sçavoit bien n'estre pas suspects et dont l'admirai ne se pust desfier. Lequel ayant entendu le discours du roy , et le trouvant fort gracieux et amiable et l;\ict avec simplicité , le remercia , adjoustant que tout ainsi que cela estoit entièrement en sa puissance, qu'aussi il s'en rapportoit à toutceqjie Sa Majesté en feroit. Kt quant à luy , que les arquebusiers ne lui desplaisoient point , d'autant que les gardes sont toujours bonnes *. » L'amiral Coligny sentait trop bien la situation du parti calviniste pour refuser un tel secours de protection royale ; les opinions de Paris lui étaient connues; il savait que la chevalerie provinciale , même réunie, ne pouvait résister aux cinquante mille habitans que les quarteniers, au preniicr signal , pouvaient avoir sous les armes. Le roi, pour protéger les huguenots, « fit venir douze cents arquebusiers qui furent mis une partie à l'entour du Louvre et le reste envoyé en d'autres endroits de la ville à l'escart ;

" Propos fin roy pour affiiirr l'admirai. » Pari.s, aouf I r.72.

COLlf.NV Al UOl (1572). V2.i

afin qu'on ne sceust point au vray quel nombre il y avoit *. »

De toutes parts arrivaient des pro\ inees la nouvelle de cerlainos émotions populaires, de vespres siciliennes eontre les hérétiques: il y avait eu niassaeresà Orange, à Troyes. Le j)arti huguenot épouvanté écrivait lettres sur lettres à l'amiral (jui , dans son innocente sécurité , ne croyait aucun avis. Coligny répétait à Charles IX « qu'il n'avoit pas esté du tout esmu des assemblées qu'avoient faictes ceux de Guise; seulement il a mis vingtciiujartiuebusierspourla garde de sa maison, et il a acherli ses amis de se tenir j)rests. Jl adjoustoit qu'il avoit bien les moyens de réprimer de pareilles tentatives, mais la crainte de lui déplaire et désobéir le retenoit , et puis il désiroit entretenir la paix et amitié dans le royaume qui en avoit fort besoin. Ainsi qu'il ra\oit dit de vive voix à Blois à Sa Majesté, il préférera toujours l'intérest public à son particulier. Il adjousloit qu'il avoit .sceu que les préparatifs (jue faisoient ceux de Guise étoient contre lui, vu les bruits qu'eux et leurs serviteurs faisoient courir, et la mauvaise volonté qu'ils lui portent; cependant ils trouvoient estrauge que ces Messieurs osa.ssent s'op[)oser à la volonté ro\ale, en s'efl'orcant de rompre le mariage de Madame vostre su.'ur, et ne scais ce qu'ils

* De l'KstaC de Fr.in«-c sous Cliarlee iX, tnm. i.

124 CRAINTES DES 111 T.l INOTS (1572).

feront encore s'ils s'attaiiucnl à Vostre Majesté. Cependant il ne vouloit iiliis en parler, crainte (|u"on pcnsast que la passion le dominoit. Il assouroit le roy qu'il ne donneroit aucun plaisir ni advantage à ses ennemis pour prendre les armes. Puisqu'il plaist à Yostre 3Iajesté que je me contienne avec inoy , je le ferai , Sire ; mais je vous j)rie que ce ne soit ni à ma honte et défaveur ; faictes différence entre ceux qui font bien ou mal. Il envoyoit M. de Téligny , son fils, lui parler de bouche, car dans sa lettre il avoit jjcur d'être ennuyeux *. »

Rien de plus crédule que ce caractère de Coligny; fasciné par la cour, par l'ambition du pouvoir, il compromettait son parti, le livrant pieds et poings liés. Ceux de La Rochelle lui écrivaient j)Onr se jjlaiudre des menaces que faisaient maintes gens de guerre sous les ordres de M. Strozzi: tous les jours il en arrivait ; « ces gens disoient tous apertement, que sans la promesse du sac de cette ville ils ne se fussent mis aux champs. Ils nous admonestent chacun de nous tenir sur nos gardes, ce que nous faisons avec grande incommodité, en ce temps de la récolte des fruits. Nous croyons que Leurs Majestés n'entendent ces choses ; mais les événcmens en sont si dangereux ipTune faute faicle, qui ne se recouvre jamais,

• M>s. (!.• nrlhiim . \(il. cot»' 8702, fol. 25.

COLIOY KT LES HUGlE!SOTS (1572). 120

en tel cas seroit notre entière ruine. Et coufîans ijiie nous soyons en >I. de Slroizi. j)ar toutes ses (léclarations de bonne volonté et de nous t'airu l)on et honneste traitement, toutefois nous sommes en suspend et doutons que nous devons taire. Ils despeschoicnt un ])orteur. afin que selon sa {jrande prudence ladmiral leur donnasl bon conseil , et que selon iceluy, ils se puissent conduire et «jouverner. » Celte lettre est signée des maire, éehevins et pairs de la ville.

L'amiral répondit le 7 août lo72:« Vous n'avez, Dieu merci, nulle occasion de craindre, car il n'en a point d'apjjarcnce. ^ ous vous pouvez asseurer que si j'eusse co{jnu (ju'il y eust eu (juclque occasion de défiance, je n'eusse pas failli de vous en advertir, ayant en telle afleclion \ostre ville, que j'en aurai toujours soin et m'emploierai de tout mon pouvoir pour sa conservation et le bien de chacun de vous. Je vois, grâces à Dieu, le roy si bien disposé à l'entretenement de la paix avec ses subjccts, que nous avons tous occasion de le louer. De Paris, vostre entièrement bien Lo;i ami,

CoLICSY *. »

L'instiint ap})rocbait où la colère du peuple allait éclater. 11 est puéril de croire que le mariage de Henri de béarn avec Marguerite de Valois avait été arrêté dans le des.sein de réunir toute la

Bibl. du mi, portefeuilles l'oiilaiiievi, n'" 32 i, ■\'lri, :i'i*>.

Page 1