CHAPITRE XL
FBEPAHATIFS DQ LA SAINT-BARTHELEMY.
Indignalinii et meiiarcs des luigumots. — Visite de Charles IX à l'aniiral. — Promesse de justice. — Organisation populaire par le duc de Guise. — Le duc de Guise el le peuple. — Sécurité des calvinistes. — Aspect d(! Paris , le 23 août au soir.
vôn.
Le parti huguenot se vit tout entier incnaeé par l'as-sassiiiat de raiTiiral;son chef venait d'être ainsi arquebuse non h)in du Louvre, en face du palais <iu roi. D'où partait lo coup ':' <jui avait conduit cette main obscure el faiialitpic ? 11 fallait en finir :
l'ROPOS VIOLENS DES IILT.UENOTS (1572). 135
voulait -on des halailles ? on en aurait. Des {troupes de gentilshommes contemplaient en silence la pierre empreinte du sanj;, où l'amiral avait été blessé. L'aspect morne de Paris présa^^eait un orage; ne devait-on pas quitter cette Babylone ou la désarmer eonplétement pour qu'elle cessât d'être menaçante ? Les calvinistes redoublaient de liberté dans leurs propos ; à \a cour on n'entendait que ces cris de vengeance : « Si l'on ne nous laict justice , nous nous la ferons nous-niesmcs. « Lcseigneur dePileslc dilala iaccdu conseil, ce (jui fit changer de couleur le jeune Charles IX. Les cathoii([ues à leur tour avaient exploité cette licence de paroles pour accuser les huguenots de nouveaux projets de guerre civile, d'alliance avec Klisabeth et l'Allemagne. On mit sous les yeux du roi des lettres chifl'rées dans lesquelles ceux-ci demandaient aux luthériens un secours de ^ingt milles reitres. La reine ajouta : « Les calhoiicjues , scachant <|ue Vostre Majesté ne veut jioint les ■commander , se sont ligués entre eux ])onr leur défense , et si la huguenoteric se montre encore la teste haute , ils esliront un capitaine-général pour leur en faire raison. » Ce projet de ligue en dehors de la rovauté , pour le cas où elle ne prendrait j)oint ouvertement la défense de la foi , était ancien; il formait comme une menace toujours levée contre la couronne et dans les destinées de la maison «le Guise.
);i() L'AMI UAL KM SO^ LIT DE DOLLtUK (1572).
Si l'on avait résolu de lonj^ue main , et par un conseil réfléchi, le massacre des huguenots , il en eût été question dans la correspondanco secrète de Charles IX et de Philippe II, letjuel poussait, conjointement avec le due d'Albe, au triomphe complet du parti catholi(iuc. Quand on lira les dépèches, les instructions du roi d'Kspngne et son joyeux étonnement sur la Saint-lîarthélemy , il sera impossible de ne pas rester convaincu qu'il n'y avait dans cet événement rien de préparé; qu'une force de choses spontanée, invincible, l'ojjinion du peuple, obligea Charles IX à sanctionner plutôt qu'à méditer les sanglantes journées. Dans les récits de cette catastrophe ou n'a pas assez distingué raj)probation donné à un fait accompli, et la volonté qui le prépare; rintervalie est pourtant immense !
L'amiral Coligny avait été transporté en son hôtel, rue deljéthisy, sur un lit de douleur; idole de son parti , il fut entouré de tous les chefs huguenots, car c'est à l'aspect de ce sang qu'ils s'ii!spiraient pour la vengeance. De petits j)amphlets circulaient dans les quartiers habités par la genlilhunnncrie provinciale; ils racontaient « l'effrovab!e blessure de ladmiral, sa merveilleuse patience quand Ambroi.se Paré, chirurgien du roi, lui a\oit coupé le doigt indice et faict trois incisions au bras gauche. » On prêtait à Coligny de grandes et belles paroles de résignation : « Mes amis , dit-il.