EYTREYUK DU TIERS PARTI
pourquoi pleurei-vous? Je m'estime bien lieureux d'avoir ainsi esté blessé pour le nom de Dieu;» el il l'instant . jetant la vue sur un ministre nommé Merlin : « \ oic'i , dit-il , des bénéfices de Dieu, mes amis. Je suis vovrement bien blessé, mais je cognois que c'est par la volonté du Seigneur nos- Ire Dieu , et remercie Sa Majesté de ce qu'elle m'honore tant que je soufl're quelque chose pour son sainct nom. Prions-le afin qu'il m'odroye le don de persévérance *. »
La prière de l'amiral et des ministres à son lit de souflrance retentissait jtarmi sa brave chevalerie et enflamniait son zclc batailleur. Non-seulenient les ardcns huguenots , mais encore le tiers parti courut visiter l'amiral ; le roi de Navarre et le prince de Condé s'étaient pressés autour de lui et l'on vit arriver les maréchaux Damvilleet Qossé. Les premières paroles de Coligny furent toutes politiques; il avait intérêt à efl'rayer le tiers parti pour le rallier à ses opinions : « Mareschal tIeCossé, s"écria-t-il , vous souvient-il pas de ce que je vous en disois, n'y a pas long-tt lups ? Pour certain il vous en pend autant à l'œil. » Le maréchal Damville ne voulut s'engager à rien; il se borna à de sinq)les témoignages sur la force et constance de l'amiral : a Regardez, je \ous prie en quoy je pourrai m'employer pour \ous; je m'esnierveille
■ Dr rtslal (le FrHncc ••"iis Charles IX. loin. i. [•H,",. I')7
138 ri.AlMLS AL KOI (1572).
«l'où peut cstre venu ceci.» L'amiral lui répondit: « Je n'ai personne pour suspect que M. de Guise; toutefois je ne le voudrois pas allirnier. Mais j'ai appris dès long-temps , par la grâce de Dieu , à ne craindre mes ennemis, ni la mort mesme, laquelle ne me scauroit nuire comme je m'asseure, mais plutost me mettre en un repos perpétuel et bienheureux. Car je sçais pour certain que Dieu, en qui j'ai mis entièrement mon espérance , ne peut tromper ni mentir. Vray est qu'une chose m'altlige eu ceste blessure-cy; t'est que je me vois privé du moyen de faire paroistre au roy combien je desirerois lui faire service. » Il disait cela ayant égard à la guerre de Flandre, laquelle, selon l'apparence, était un moyen fort propre pour ramener l'État de France peu à peu 3 son anciennesplendeur et élever le roi par-dessus tous les autres monarques. «Je desirerois bien, ajouta-t-il , qu'il luy plust m'ouyr parler un bien peu : car j'ai à luy dire choses qui lui importent grandement, et pense qu'il n'y a personne qui les luy osast dire *. »
Le parti huguenot ne se borna point à ces plaintes vagues et générales, il savait l'émotion du peuple de Paris, les menaces dont la gcntilhonimerie était accablée jusque dans le ([uarticr assigné pour sa demeure. Le roi de Navarre et le
* De la l)k"ssuic de M. l'adnùral. ( Paiiiplilol. )
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prince de Condé se chargèrent de visiter le roi au Lonvre ; ils furent sur-le-chani|» admis auprès de Charles I\ , lui remontrant» qu'il ne i'aisoit pas seur pour eux dans Paris , et le supj)liant tout hautement de leur donner congé d'en sortir et de se retirer ailleurs. Le roy , se complaignant aussi à eux du malheur advenu et les consolant, jura et promit de l'aire du coupable, des consentans et fauteurs, si mémorable justice , que l'admirai et ses amis auroient de ({uov se contenter; cependant il les j)rie de ne bouger de la cour; que ils lui en laissent la punition et vengeance, et qu'ils s'asseurent qu'il y pourvoira bientost. La royne-mère présente monstroit semblant d'estre bien fort marrye du cas advenu. Que c'estoit un grand outrage faict au roy; que si on suj)portoit cela aujourd'huy , demain on prendroit la hardiesse d'en faire autant dans leLou\rc, une autre fois dedans soji lit, et l'autre dedans son sein et entre ses bras. »
Charles IX tint sa promesse avec un zèle dont les huguenots eux-mêmes furent frappés: « Soudain le roy commande qu'on poursuive celui qui avoit faict le coup ; et pour ne laisser eschapper, disoit-il, ceux qui en cstoient coupables et pourvoir à ce qu'il n'advinst (juelquc plus grand mal, envoya vers le prevost de Paris, lui commandant de mettre gens en ordre et cju'il fust [)rest pour exécuter tout ce que le duc d'Anjou lui connnan-
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(leroit. Il fit aussi fermer toutes les portes de la ville, disant (ju'il ne vouloit pas que ceux qui avoientcoiuniis un tel excès se sauvassent, réservant seulement deux portes ouvertes pour les allans et venans èsquelles y avoit grosse garde afin que nul nesortist sans congé *. » Ensuite , sur la demande des huguenots , il leur permit de se réunir tous autour de la demeure de l'amiral afin qu'ils pussent, en cas de menaces et d'attaque du duc de Guise, se trouver tout prêts et en armes pour leur défense mutuelle. On soutint après que cette concession avait été faite dans le sinistre but d'égorger plus facilement les hérétiques rassemblés sur un seul point; mais n'était-il j)as plus aisé de les avoir dispersés dans la ville, que dans un grouj)e de deux ou trois mille gentilshommes bien armés autour de chefs vieiliis dans les guerres civiles ?
Les huguenots avaient demandé, comme té- • moignage d'affection royale et pour que le peuple vît bien l'union intime de la couronne avec eux , que le roi visitât l'ainiral. Cette démarche publique en face des halles de Paris pouvait calmer reffèrvescence, préparer la fusion des esprits: Charles IX n'hésita pas. « Sur les deux heures aj)rès midy le roy se mit en chemin , accompngné de la royne sa mère, de ses deux frères, du duc
Uc 1 "Estât (Iclidiicesuus Charii t> l\, (. I,i>. lOD.
PLAIMKS Uh l.'AMIKVl. AL I.DI (l''^"^). IH
ilt' .Monlpensior. du cardinal de Hourboii , des maréchaux de Dauiville, Ta\aiuies et de (Jossé, du eonUe de Kel/,. des sieurs de Thoré etdeMéru, cl peu après v vint aussi Gonxa^jues. duc de Ne- \ers. Du counnencenient , le roy fit sortir de la chambre tous les doiuesliques de l'aduiiral , h'- (juel s'exprima avec (juel(jue vivacité,* Sire, je n'ignore point (}ue ci après ( s'il plaist à Dieu que je meure) plusieurs calomnieront mes actions. .Mais Dieu , de\aut le throsne duquel je suis presl à eom|)aroir, m'est témoin (jue j'ai toujours esté (idèle et affectionné serviteur de Vostre Majesté et (le vostre rovaurac*. » Ces témoignages de fidélité et d'affection furent suivis des plaintes aigres et hautaines contre le conseil et sa politi(|ue. « >i'est-ce point une honte, Sire, qu'on ne scauroit (par manière de ilirc) tourner un o-uf en votre conseil privé, qu'incontinent un courrier n'en porte la nou\elle au duc d'Alhe! et ce duc «l'Albe, n'est-ce point une grande indignité d'avoir l'aict pendre les malheureux Français ])ris en la défaicte de Genlis. En vostre cour , Sire . on ne faicl que rire de cela ; c'est la compassion qu'ont les Français pour leurs vaillans compatriotes. En France, il v a manifeste mépris de vos esdicts. sj)écialejnent de celui de pacification: vous avez
*« I)f In >isilp (lu rov a M. l'aflniiial. •• Aousl 15"-. ( iJio- (liiiie. )
112 PLAIMES DE LAMIIUL (1572).
tant (le fois juré la paix, ([ue les nations étran- {jères sont tesnioins de votre serment ; vous avez juré de garder la paix promise à ceux de la religion ; ceste promesse, Sire, est ])artout vilainement violée, non-seulement par les particuliers, mais par vos gouverneurs et ofliciers. La conservation d'une promesse publique est un lien trèsasseuré de paix: je vous l'ai laid voir à l'œil, Sire; je vous ai faict entendre quelquefois le mesme , Madame (s'adressant à la royne-mère ) , et cependant on faict tous les jours des plaintes de meurtres, séditions et brigandages. N'y a paslong-temps qu'à Troyes les catholiques tuèrent entre les bras de sa nourrice un petit enfant qui venoit d'estre baptisé au presche. Sire , je vous supplie d'avoir plus d'égards à tels meurtres, ensemble à la foi que vous avez promise. »
C'était là le résumé des griefs des huguenots contre le roi. Dans le fait, le conseil catholitinc d'affection ne pouvait, ne voulait suivre absolument les intérêts du calvinisme. Pourtant Charles IX répondit : « Monsieur l'admirai, je sçais que vous estes homme de bien , bon François, et que vous aimez la conservation de mon Estât. Je vous tiens pour un vaillant personnage et excellent capitaine et chef de guerre. J'ai tasché toujours de faire diligemment observer mon esdict de pacification ; je veux toujours quil soit entrcitMiu : jr \i«Mis d'ciivover des commissaires en
PKOMKSSK Dt CHAKLKS l\ (1572). 14^
toutes les provinros de mon royaume. Voicy ma mère qui vous peut asseurer tle eela. » Lors la roync-raère dit : « Cela est vray, monsieur i;ulmiral , et vous le sravez bien. » Alors l'ndmirnl s'e.sehauirant, se mit sur son séant : « Oui , bien le sçais-je , Madame ; Ton a envoyé des rommissaires, dans lesquels il y en a (|ui m'ont coiulamné à estre pendu et proposé einquaute mille eseus de récompense à celui qui vous apporteroit ma teste. — Nous en enverrons d'autres , qui ne seront point suspects, réj)li(pia (Charles IX. Monsieur l'admirai , vous vous esmouvez un peu trop en parlant; cela pourroit nuire à votre santé; vous estes blessé, et je sens la douleur de votre plaie. Par la mort de Dieu, s'écria-t-il , je \engerai cet outrage si roidenient qu'il en sera niéluoire à jamais : oui , monsieur l'admirai , répétoit encore le roy , par la mort de Dieu , je vous proteste et jure que je vous ferai justice de cet outrage *. ■ Quaiul il eut obtenu cette promesse de Charles IX, l'amiral imposa certains juge?, au conseil, et particulièrement (,'avagncs. alors maître des requêtes, et ijuc le parti huguenot poussait a la dignité de chancelier. La conversation se prolongea quelque temps à voix basse, « et ceuv qui estoient près du lin ne purent entendre
Response d» rov :i monsieur r.iilinirnl , l."i72. Vf. I'ëaUiI lie Iraiice sous Chailc.*- IN . 'oiii. i.p«g. 20 J.