CHAPITRE XLI
IfUIT DE LA SAIMT-BARTHELEMT.
Les Tuileries. — Divers conseils. — Récits ilifTéreiis. — Les pamphlets. — Tavannes. — Miroii. — Opinion sur ce conseil. — Rapports avec l"H6tel-de-Ville. — Le corps niunici|ial. — Cominencenient de la ri\c. — Marche des Piuise contre l'amiral. — Tuerie de l'amiral et de .ses familiers. — Le peuple catholique. — .Massacres au Louvre. — (iharles IX ; Catherine de Mcdicis.
L ATTITUDE <lc^ (Ilmi\ |iiirlis l'iiisail prôvoir hi grande crise. Il l'allail le crédule aveufflcineiit de
152 PUOroS IMl'RUDENS DtS HUGUENOTS {1572).
rainiral pour ne pas sentir que cette agitation populaire, qui partout se manifestait, devait éclater au premier moment par une attaque en règle. Les calvinistes avaient commis bien des imprudences ; ils avaient passé toute la journée du 23 à jeter des paroles odieuses au peuple : « Il faudra bien nous venger de cet assassin Henri de Guise; si le roy nous refuse justice nous nous la ferons nous-mesmes. » Ils parcouraient les rues brandissant leur arquebuse , pertuisane et pistole.
Les bruits de ces hardiesses des huguenots parvenaient au Louvre; on les exagérait auprès du roi; on prêtait d'étranges propos à l'amiral. « Bien que de sa nature il fust homme plus contenu en ses paroles qu'en ses délibérations , dès qu'il fust blessé il ne disoit mot qui ne fust plein de menaces, sécriant: Si le bras est blessé, la teste ne l'est pas. S'il me faut couj)er le bras j'aurai la teste de ceux qui en sont cause ; ils pcnsoient me tuer, mais je les préviendrai. Et quand on luy disoit que le roy estoit bien marry de cela, il disoit : Je scais par où il faut les prendre ; et les priuci[)aux de sa ligue en disoient autant *. » Le malheureux Charles IX avait cherché à donner
* • niscoms sur Ips causes de l'exécntioii faiclc ez personnes de ceux (pii avoient conjuré contre le roy et son Estât, Paris , H l'Olivier de V. Lhuiller, rue Saiiit-.lacqnes. 1572, avec {iri\il»'gp. »
CONSEILS SKCRKTS (1572). lôiî
tous les ffages; il avait écrit au\ gouverneurs des provinces pour déplorer la blessure de l'aniiral . ]iour témoigner sa douleur de cet événement; il ordonnait de poursuivre avec rigueur même le duc.de Guise s'il le fallait * , et pourtant tout cela ne satisfaisait pas un parti méfiant et imj)érieu\ , (|ue la peur rendait plus exigeant encore; tant la situation était dilHeilc !
Depuis la grande influeiu'C des calvinistes dan.-; le conseil il s'était formé des comités catholi([ues l't mystérieux, délibérant indépendamment du roi et dominant ses volontés. Un puissant parti ne peut pas être tout-à-fait rejeté hors des affaires; il est impossible d'éviter que la majorité ne se fasse représenter quelque part, et qu'elle ne pénètre dans le pouvoir. 11 y avait alors trois conseils secrets : « L'un du roy accompagné de sa mère, de son frère, du conUe de Retz, de Biragues. L'autre de la royne-mère, qui est le conseil trèssecret composé d'elle et du comte de Retz seul premièrement, puis de Biragues pour un tiers et non pas toujours et de quelques autres en certains points particuliers seulement. Le troisième est le conseil de Guise, où le duc d'Anjou, la roynenière . Biragues . le comte de Retz , le dur de \evcrs. le cardinal de Lorraine, le duc d'Auniale. Tavannes, Chiverny et quebjues autres se trou-
• Mss. lie Rclhune, Ribliolh. rovale.
154 RÉCIT DtS PAMPlILt'iS CALVINISTES (1572).
voient *. » Ces trois comités se mettaient en rapj)ort les uns avec les autres par des agens. C'était là que se portaient les aflaires qu'on devait traiter en dehors du mouvement régulier et de l'ordre habituel des délibératious. Les conseils étaient régies dans une hiérarchie de dévouement plus ou moins ardent pour le catholicisme, en partant du roi juscju'à la })lus vive personnification du duc de Guise.
Dans lagournée du 2'3 août après diné , Catherine de Médicis manda le conseil, qu'elle présidait dans les jardins de ce palais des Tuileries, élevés alors avec les magnificences de l'Italie sur quelques vieux décombres. La gravité des circonstances lui commandait impérieusement un parti. Kt ici je dois rapj) rocher trois ténioignages sur les délibérations de ces comités secrets, où furent discutées des mesures sanglantes de salut public: 1° le récit des pamphlets huguenots; 2° les souvenirs catholiques du maréchal de Tavannes; 3" les aveux du duc d'Anjou pendant son voyage de Pologne.
L'auteur de VEslat de France sous Charles IX , si porté pour les calvinistes , réproduit ainsi cette scène préparatoire du drame de la Saint-Barthélémy : « Après disner la roy ne-mère mena le roy, le duc d'Anjou , Gonzagucs, Tavannes et le comlc
' De l'Estnt de France sous Charles IX, 1572.
KÉCIT DES PAMPIII.KTS HUGUENOTS (1572). 155
de Retz en ses jardins des Tuileries; elle leur remonstre là derechef que eeux après lesquels ils ont couru si long-temps sont maintenant au filet; que l'admirai cs( au lict , privé de ses bras, et qui ne se peut remuer. Le roy de ÎVavarrc , le prince de Coudé sont logés au Louvre; les portes ferment de nuit; le guet est assis tellement qu'ils ne pouvoient fuir; que les chefs estant despeschez il ne faut pas craindre que ceux de la religion fassent la guerre; que le moyeu de faire ufi beau coup se présente; tous leurs capitaines sont désarmés; il n'v aura jiasdix ennemis contre mille catholiques. Les Parisiens .sont arnu's; ils peuvent fournir soixante mille hommes bien érjuipés; dans une heure on peut exterminer tous les huguenots et abolir cette race de méchans. Si le roy ne prend l'occasion qui se présente , il faut s'a.sseurer que l'admirai estant guéri, toute la France sera incontinent embrasée d'une quatrième guerre civile. Ladvisdc la royne-mèrc fut trouvé fort bon ; toutefois il .sembla plus ex[)édicnt de sauver la vie au rov de Navarre tant par .sa jeunes.se que connue allié du roy; quant au prince de Condé, on mit en délibération s'il auroit la vie sauve ou autrement; mais rojtinion de Gonzagues rem[)orfa : c'est qu'on le détourneroit de la religion par menaces de tourment et de mort. Cette résolution prise , rassemblée se dcsj)artit et est arresié f|uc la nuit sjiivantç l'excculion se fi^ra . de la-
156 ÏÉM01G^AG^: 1)K TAVVNAES (1572).
<iuelle le duc d'Anjou aura la charge. Sur ces cntrefaictes le soir apprncliant, le roy fit poser les douze cents arquebouziers, partie le long de la rivière, partie par les rues et une autre partie auprès du logis de Tadmiral , à l'entour duquel le roy avoit lait loger une grande i)art des seigneurs et gentilshommes de la religion *. »
Le maréchal de Ta vannes, dure expression du parti catholique, a aussi écrit sur ce conseil secret auquel il assistait :« Après la blessure de l'admirai, le conseil du roi rassemblé, le péril présent, la royne en diverses craintes, la vérification du coup que l'on doutoit s'esclaircir , la guerre ou l'exécution présente pour l'empescher, lui tournent dans la teste. Si elle se put parer de la source de l'arqucbouzade , malaisément cust-elle achevé ce à quoi l'événement la contraint ; l'accident de la blessure au lieu de mort, les mena(;es, forcent le conseil à la résolution de tuer tous les chefs, ce qui est proposé au roy; puis, l'esmeuvent et le colèrent contre les huguenots, lui reraonstrent le danger, les moyens de l'éviter en sedestrapant de ses compagnons et njaistres. Le chancelier de Riragues, M. de Nevers avoient été adjoints à cet advis; la mort du roy de Navarre, du prince de Condé, des mares-
* "Ruse nouvelle pour pnddrmir fin t"u( ceux Ht- la rt'li- ^ion. • T'aris , 1572.
TÉMOUiNVRE DE TWANNhS (ir)72). lôT
(■ii;vii\ (le .Moiitmorency et Daiiiville est sur le tapis; l'opinion du sieur de Retz est indécise; elle est contredicte et rejetée par le sieur de Tavannes, lequel propose que l'innocence devoil exempter les uns, la jeunesse les autres; que le roy de IVavarre et le ])rince de Condé estoient du sang de France qu'il lalloit espargner et respecter.
«La résolution prise . les huguenots semblent aider à leur ruine. Le roy voit l'admirai le samedy ; l'admirai essaye de parler au roy particulièrement ; il en est empesché par la royne. Les huguenots se rassurent, se gardent seulement de ceux de Guise , demandent justice un matin au jardin des Tuileries insolemment. La royne craintive s'en retourne au Louvre , haste la résolution de tuer l'admirai et les chefs huguenots (jui murmuroient contre M. d'Anjou. Le roy dissimule, entretient La Rochefoucauld et Pardillan . huguenots, de propos joyeux, leur donne congé, se couche et se lève soudain. La royne et les conseillers a [)pelés ; elle (comme femme craintive) se fust volontiers dédite sans le courage q>ii lui fut redonné des ca[»itaincs, représentant le péril où elle et ses enfans estoient. Deux «-ompagnies de gardes mandées arrivent à mintiict; le logis de l'admirai est investi de sentinelles. Du peu de catholiques parisiens adverfis, il en mancjuc la moitié, tant la erainle a de pouvoir. M. de Guise