‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 44 sur 113 · RIXE ENTRE LES 111 (.UEN. ET LES CATII · texte numérisé non relu

RIXE ENTRE LES 111 (.UEN. ET LES CATII

sifjiial eût été donné ; et ils s'adressaient à chacun : «Qu'est-ce tout ce bruit? — C'est répondirent quelques capitaines , que le roy prend plaisir à atta([uer un fort la nuict et au llanibeau , et chacun court pour le voir. » Kt ces gentilshommes s'avançaient vers le Louvre , dont la eour était remplie d'archers et de hallcbardiers. Ces hallebardicrs, les voyant sans croix et sans brassard blanc , leur dirent : « Tout a l'heure vostre tour, hu{;uenots maudits; » et l'un des {rentilshommes, ayant voulu répli(iuer, un soldat de la garde le transperça de sa pertuisane *.

L'aflaire éclatait ainsi : ce n'était pas un massacre, mais un conflit entre des soldats armés comme cela s'était souvent produit aux guerres civiles; toutefois , quand les premiers coups d'ar- (ju(;buses curent été échangés , on entendit l'horloge municipale de la Grève sonner ses gros glas ; on y répondit parla cloche de Saint- Germaiul'Auxerrois. C'était un peu avant le commencement du jour ; les flambeaux placés sur toutes les croisées éclairaient parfaitement les rues , et faisaient resplendir les brassards et les croix blanches.

Le duc de Guise s'était chargé de l'expéditioit principale dirigée contre l'amiral Coligny ; on craignait quelque résistance, et le duc s'était

■ Mémoires de d'Auhigné, t. ii, liv. i.

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lait accompagner des gentilshommes de sa maison : d'ailleurs Cosseins , qui commandait les hallebardiers royaux a la garde de M. l'amiral , était tout-à-fait dans les intérêts catholiques, toligny , souffrant encore de ses récentes blessures , se faisait lire par le ministre Merlin les commentaires de Calvin sur Job , triste et religieuse expression qui allait à sa douleur ; l'agitation qui éclatait dans Paris était parvenue à ses oreilles ; mais, tout rempli de l'idée que le roi était pour lui , l'amiral s'imaginait que cette agitation provenait de quelque tentative de la part du peuple et du duc de Guise contre le palais *. Le bruit

* Comparez , pour ces sanjlaiis détails, les pampliicfshiijrneiiots et catholiques dont ^oici les litres Passio domini tioitii Gaspr.rdi L'oiifjnii, secunduin Baiiholomcum. 1572.

Exhortation au roy pour poursuivre ce qu'il a commencé

contre les hujjuenots, avec les épitaphes de Gaspard de Coligiiy et de Pierre Kauius , traduites du latin de Léger du Cliesne. Paris , 1572, in-4''. — Complainte et regret de Gaspard de Coligny, qui fut admirai de France (eu vers). Paiis, 1572, in-S". — Mss. Histoire des massacres arrivés en 1572 sous le règne de Charles IX, roy de France, in-4*'. — Triomphe glorieux de l'Église chrétienne contre ses ennemis, et du juste jugement de Dieu contre un riommc Gaspard de Colifjny, qui fut seigneur de Chastillon et admiraldo ! innce ; le tout sur le psaume 128, parfrère Ililaire Coquy, docteur en théologie. Troyes, de l'imprimerie de Jean Moreau . 1573. — Courte .\pologic de la journée de la Saint-

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augiiicntiiit et paraissait à chaque inomenl se ra[)|»roehor de sou hôtel , lorsqu'un coup d'arquebuse se fit enteudre daFis la cour , et l'on vint eu toute hâte lui annoncer que la première porte avait été forcée , et que la foule pénétrait; l'amiral se leva paisiblement, s'habilla de ses premiers vèlemens, puis , s'appuyant contre la muraille, il dit au ministre Merlin : « Mon père, joignez vos prières aux miennes , et ret;omman-

Dartlu'lemy. Paris , 1572. in-8". — Advis de la France . (le ce qui s'est passé le 24 aoust 1572 à Paris, surtout des cruautés commises contre l'admirai. 157*2, in-S" (allemand ). — De Furoribus Gnllirit el Cceric admimhi Castillionii. atijue illusti iuin tirorum pnssim edila per complure.n Gnlliœ cicitales. vera el sinipler nariatio , ab fjino-sln Wnrnmunao . Fri»io: Edimburgi . 1573. iii-4°; Londiui . 1573: Lugduni-Bnincorum . ]<^\9 : Amtiplodaitia , 1641, in-8". — Discours en vers sur l'ornirrcnre des puerres intestines de ce royaume ; et ensemble le tombeau de Gaspard de Coiigny, p.ir J. T. Paris, de Koigny . 1572. in-8". — Discours du m.nssacre de ceux de la religion reformée, fait ii Paris par lei catholiques romains eu 1572. Lyon. 1574, in- 8". — Le Miroii de la tvraimie espagnole, perpétrée aux Payslî.Ts par le ducd'Albe et autres conimandans pour le roy Philippe 11 ; ensemble le massacre rte la Saint-llarthélenty à Paris. Amsterdam, 1620. in-4'' (avec ligures). — Lo Strnlngemma di Carlo l.X contm gli ugonoti. ribelU di Dio, dn Camillo Capilupi . i» fiomn. 1572. iu-4". — I574.in-I2. — Discours d'un couiti^ancatholique, découvrant leiiriisesilu lov de I.T ro\iie -mère clde leur conseil sccrcl. — Diulogm

174 EXPÉDITION CONTUK L'.VMIUAL (1572).

dons notre âme n Dieu. « Cosseins, raftitnine des hallcbardiers , s'écria d'une voix éclatante : « Au nom du roy , ouvrez la porte. » Et Labonne , varlet de l'amiral , l'ouvrit ; aussitôt il tomba percé d'un coup de poignard ; Cosseins, lîehem , Allemand très-dévoué à la maison de Lorraine ( il j avait épousé une bâtarde du cardinal), le capitaine Attin , varlct du duc d'Aumale , le seigneur de Sarlaboux , Achille Petrucei de Sienne, s'é-

quomulla exponuHtnrquœ Itithoranis et Hugonotia Gallis acriderunf. Orangia», 1373, in-fol. — Le Réveil matin des | François et de leurs voisins ; composé par Eusèbe Phiiadelphe, cosmopolite, en forme de dialo{;\ie. Edind)oiir[;, 1574, in-8. — La ^larmite renversée et fondue , de laquelle jiarleiit les prophètes, où est prouvé que la secte calviniste est la vraie marmite; avec un sommaire de ses conjurations, causes de sa ruine ; par le père Bcaiis-Amis , carme. Paris, 1572, in-S". — Coq-à-i'Asne des liiif;ueno(s tués et massacrés à Paris 10 24" jour d'aoust 1572. Lyon, Rignud' 1572, in-8". — Response prophéli(jue d'un {gentilhomme françois , sur la demande à lui faicte par un quidam le jour de la fête de la Sainct-Barlhélemy , 24 aoust dernier passé, 1572, sur ce que pouvoient sijînificr ou présager les vculs impétueux qui couroieiit Udict jour. In-S". — Dits magnifiques et gaillards , touchant les causes de la mort de Gaspard de Coligiiy et ses complices . pris et tirés de la Saincle Escriture ; et respectivement et fort d propos adaptés au roy , à la roync-mèrc , à la rnync de France et aux autres si'ijjueurs fraiicnis c) prtlriiln's cstranijcK Lyon , Hriioist Rirraud.

MOKT I)F. LVMIHAL (1572). 17*)

lîuiccnt dans l'cscnlier et se iirtM-ipilcnt vers la chambre; le dur de Guise , le duc d'Anjou , le chcxalier d'Angoulèuic , tous les sei{|neurs catholiques , étaient dcuieurcs dans la cour, attendant que l'expédition fût faite : les autres, capitaines, liallcbardiers , étaient plus loin dans la rue.

Behem s'avança le premier et lui dit d'une voix sombre : «^'es-tu pas l'admirai ? — Oui, c'est moy, répondit Coligny sans s'esmouvoir ; mais toy , jeune varlet , tu devrois rcspeclcr ma »icillesse et a^oir éjjard à nu)n infirmité; cependant, (juehfuc chose que tu fasses , tu n'abré.<jeras pas beaucoup ma vie. » Coligny finissait à peine , (jiic Hehem lui plongea son épée dans la bouche; les autres l'achevèrent à coups de poignards , et le duc de Guise dans la cour criait de toutes ses forces : « Behem , est-ce faict ? — Oui , ré- ])()ndit le Lorrain , il est bien mort. — D'Angou- Ifsiuene veut pas le croire s'il ne le voit, répliqua b^ duc de Guise; jette le corps par la fenestre ; » et Hehem , aidé de Sarlabouv , prit le cadavre et If précipita dans la cour. L'amiral était tout défiguré ; le sang cachait .ses traits. Le comte d'Angoulème, pour mieux le reconnaître, l'essuya de sa main cl dit a" duc de Guise : « Ma foi , c'est bien luy; • et il lança un coup de pied contre le cadavre; • voila pour l'assassin de M. de Guise. »

La singlante exécution était ainsi engagée , soit ]>ar l'arquebusad»' du l.<>u\n', soit par la mori

176 MASSACRES A l'AIllS (1572).

(le Coligiiy et de ceux de sa inaiso\i, veiigeanee de famille; il iïvllait maintenant la rendre générale , et depuis une heure les cloches à grandes volées tenaient sur pied les compagnies bourgeoises. Les ducs de Guise , de Nevers , de Montpensier, et le maréchal de ïavannes allaient au-devant d'elles pour leur donner ordre de commencer; on publiait j)ar crieries:«Messires bourgeois et manans, tous les mauditshugueuots ont tait conjuration contre la religion , le roy , la famille royale et MM. de Guise pour se gouverner ensuite à la manière de Genève et en respublique. Dieu et la saincte Vierge ont permis que l'horrible conspiralion fust découverte; la volonté du roy est qu'on extirpe celte maudite engeance , ces serpens contagieux , cl. après avoir dissipé le venin de ces sectaires, on ne verra plus régner (jucles catholi- (jues*. «Tous les bonsbourgeois applaudirent avec enthousiasme; ils avaient pris le brassard et posé la croix sur leur chef, et n'épargnèrent aucun hù-

* Le pamphlet qui fut alors crié dans les rues e\istp encore ; il porte ce titre : « Discours siti les causes de l'exérulioii faite cz personnes de ceux qui atoicnt conjuré confie In roy et son Estai , lu et publié à son de trompe et cri |iiil)lii' . |)ar les carrefours de la \illf et faubourgs de Paris, lieux et places accoutumés a faire cris et publiralions , par luoy l'ascpiier Rossignol, crieurjuré du roy nostrr sire, accompagné de 'Miclirl Noirci , Irompedi' juié , et de deux autres Irompelles. >

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jjucnot; ils lespoursuivaient le long tic la rivière fonime botes fauves. Je jette ici un voile sur ces détails de sang , sur ces peintures si souvent reproduites; Teligny, gendre de l'amiral, La Kochefoucauld , Antoine de Clerniont. La Chastaigneraye, Lavardin, Soubise, le seigneur de Piles, lurent tués à coups de hallebarde et d'arquebuse; on n'exceptii nuMue pas Kamus , le savant Kanius, abrité au collège de France , vengeance de l'école d'Aristoteet de lascolastique contre la philosophie de la renaissance. Qui n"a lu dans les mémoires du temps la touchante aventure du petit duc de (iaumont, singeant le mort sous les cadavres de son père et de son frère assassinés? Les compagnies bourgeoises remplirent toutes les promesses des échevins et du prevot. Il y eut peu de huguenots épargnés , et bientôt les corps détranchés tombaient des fenêtres : « les portes cochères «toient bouchées de gentilshommes achevés ou languissans , et les rues de cadavres qu'on traiiioit sur le pavé ii la rivière. »

Au milieu de cette exécution, qui venait des halles et de la Grève, que faisaient le roi, sa uïère , et le conseil au Louvre ';' Charles I\, plein d'inquiétude, l'œil morne, se tenait a la porte du palais, regardant de toute part connue préoccupé des plus tristes pensées; la reine Catherine ne h" (luittait pas. L'n premier coup de pistolet se fit entendre: Aussitôt (Iharles l.\,.

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