‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 45 sur 113 · J7S DÉSORDRE DANS LE PALAIS · texte numérisé non relu

J7S DÉSORDRE DANS LE PALAIS

plein de terreur , dépêche un gcntilhominc auprès du duc de Guise avec ce seul mot: « Mon cousin , ne faictes rien contre M. l'admirai. » Le duc de Guise et les bourgeois ne tinrent compte de l'avis, et le massacre continua. Tavannes parcourait les rangs de la garde bourgeoise : « Messers, saignez, saignez; les médecins disent que la saignée est aussi bonne en ce mois d'aoust comme en may *. «

Les compagnies de la ville ne respectèrent pas les palais; ils y poursuivaient les huguenots, sans ménager ni les appartemens du roi, ni ceux de (lathcrine elle-même. Les mémoires de la reine Marguerite donnent une idée de ce désordre de cour. La jeune reine , épouse de Henri de Béarn , toute fatiguée, s'était endormie au point du jour; elle fut réveillée par un homme qui criait de toutes ses forces : « Navarre! Navarre ! » La nourrice , croyant que c'était le roi , ouvre la porte ; un homme tout sanglant, poursuivi par quatre archers , se précipite sur le lit de la reine : « Moy , sentant cet homme qui me tenoit, je me jette à la ruelle, et luy après moy , me tenant toujours à travers du corps. Je ne cognoissois point cet homme, et ne sravois s'il venoit là pour m'oifenser , ou si les archers en vouloient à luy ou à moy. Nous criions tous deux, et étions aussi effrayé

Ur\ntojif. m. df T.'ivnmies , t, ix . p. 13.

DtSOKDUE DANS LE PALAIS (1572). ITi)

l'un que l'autre *. » L'intervention du capitaine (les fi;ardes put à peine sauver le malheureux huguenot.

Une gravure publiée le jour même de la Saintliarlhéleuiy reproduit fidèlement le massacre dans le Louvre et sur les quais, où l'on voit des hommes désarmés poursuivis le long de la rivière, des cadavres jetés dans les eaux rouges de sang; les hallebardicrs halletans , les bourgeois la croix au chef, ranjucbuse a la main **. L'exécution (lu Louvre eut quehjue chose de plus afVreux , parce qu'elle se fit de sanj-froid. On pla(^nit là les huguenots entre deux rangées de hallebardes et d ;tr(juebuscs, puis ou les iVappall l'un après l'autre, amoncelant cadavres sur cadavres.

Charles L\ tint une conduite jjrescjue passive dans cette première nuit de la Saint-Uarthélemy : le mouvement était parti du concert du due de Guise avec l'IbUel-de-Ville. Il est une chose à remar(juer , (|ue rien n'est plus cruel , plus implacable (jue la bourgeoisie , (juand elle .se j)réoc-

* Mt'Dioires de la royne .Marguerite, ann. 1572.

** J'ai vu un exemplaire de cette gravure; elle est d'autant pins précieuse «ju'il n'en existe pas au cabinet du roi , on l'on n'a que des gra>ures très-jiostérieures , ou bien des copies flamandes et allemandes. Quiconque a visité Rome a pu voir dans la cbapcllc Sixtinc le Fameux tableau iln massacre, peint celte même année 1572. Je paiierai plus tard des joies pontiPicales.

180 lOUK.AEE D]' L\ S.-IIAKTIIÉLOY (1572).

rupe d'une idée, d'un danger; .alors clic frappe sans pitié tout ce qui lui fait peur ou lui porte ombrage. Les confréries, les marchands, les halles étaient fortement catholiques; le calvinisnie était une nouveauté dont elles avaient crainte, qui leur était odieuse et selon eux menaçait la cité; ces maudits étrangers, ces hérétiques du Béarn , du Saintonge, du Poitou , étaient en haine à tout ce peuple; il s'en délivra par le fanatisme religieux, comme d'autres peuples avaient secoué un joug oppresseur par le fanatisme de la patrie ou de la liberté. Jugeons un temps d'après ses mœurs, ses besoins et ses émotions!

CIIAPIÏKE XLII.

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