DÉPÊCHE DE L'AMBASSADEUR ANGLAIS
coiinucnt le différend touchant la rdij^ion se pourroit accommoder si reutrcMie se laisoit ; l'autre de quelle manière ils prétcndoient faire observer Tesdict. Au premier, elle me respondit qu'elle ne doutoit point que le dillcrend de la religion nô s'accommodast au contentement de la roync ma maistresse, pourvu qu'il n'y eust point d'autres empeschemens. Au second , elle me dict que l'intention du roy estoit que ceux de la religion eussent la liberté de conscience. — Kt rexercice de leur religion aussi , Madame ? — Non : mon fils veut qu'il y ait exercice que d'une seule religion en France. — Comment , Madame , cela se peut-il accorder avec ce que voulez que j'escrive à la roync ma maistresse que l'esdict sera observé? Elle me respondit que depuis peu ils avoient descouvert certaines choses qui les obligeoient à en abolir tout-à-iait l'exercice. Vous voulez, donc, Madame, lui dis-je, qu'ils vivent sans aucun exercice de religion ? Ils seront soufl'erts , me responditelle , tout de mesme que vostre maistresse souffre les catholiques en Angleterre. Ma maistresse, lui respondis-je , n'a jamais rien promis par esdict ; et si cela avoit esté faict, ce seroit observé inviolablenient. KUe me respondit que la royne ma maistresse pouvoit gouverner son royaume à sa mode , et le roy le sien à la sienne. Je luy dis (jue je ne luy avois pas dcnuindé toutes ces choses j)ar curiosité , mais afin d'en rendre compte à la
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royne ma luaistresse , que je sravois souhaiter avec passion que loutes choses se passassent glorieusement pour eux *. »
II n'était pas besoin de tant de nu'nagenicns avec le j)ape et le roi d'Espagne. Le triste massacre de Paris entrait dans les intérêts et les opinions du catholicisme dont ils étaient la grande expression. Catherine avait député près de Philippe II un envoyé spécial, Montaigne, qui devait s'entendre avec l'ambassadeur à Madrid , M. de Sulnt-Goard. Catherine écrivit de sa main à son liDii lils cathnli(pic : « Monsieur mon fils, je ne fais nul doute (|ue ne ressentiez comme nous-mcsmc la heur que Dieu nous a laicte de donner le moyen au roy mon fds de se desfaire de ses subjects rebelles ix Dieu et à luy, et qu'il luy ait plu luy faire la grâce de le préserver et nous tous de la cruauté de leurs mains, de quoy nous assurons que en louerez Dieu avec nous , tant pour notre ])articulier comme pour le bien qui en reviendra à toute la chrcsticnté et au service, honneur et gloire de Dieu, ainsi (pi'espérons ([ue bienlost se cognoistra et en scntira-t-on le fruit ; et m'en resjouis encore davantage de penser que cette occasion continuera et augmentera encore l'a-
* Dépêche secrète du sieur AValsiiighan à M. Smith. Paris, le 14 septembre 1572. L'ambassadeur ajoute en postscriplum cjuil Cbl jouiiicUemunt ins.uUc par le peuple.
19â DÉPÊCHE AU ROI D'ESPAGNE (1572).
initié entre Votre Majesté et le roy son frère , qui est la chose de ee monde que je désire le plus, et Tasseiire que tant que je vivrai je luy ferai tousjours l'oflice de celle que je veux eslre, et la |irie s'en asseurer ; et pour ce que le roy mon lils donne charge à son ambassadeur de luy conter comment le tout s'est passé et la juste occasion qu'elle a eue de ce faire, je me remettrai à ee qu'il luy en dira , priant Dieu luy donner ce qu'elle désire. De Paris, le 29"^ aoust 1572.
A cette lettre était jointe une lettre autographe de Charles IX: « Monsieur mon frère, la royne madame et mère a voulu vous despescher Montaigne pour vous raconter de nos nouvelles et nous rap])orter des vostres. J'ai pour trèsagréable cette élection , et je veux croire que prerulrez plaisir d'en entendre par luy : le surplus , Saint-Goard vous le dira. Me remettant donc, sur l'un el l'autre , je vous prie estre continuellement asseuré de l'amitié de votre bon frère, Charles**.»
Ici l'on se trouvait à l'aise; on s'ouvrait tout entier , on annonçait une bonne nouvelle. Les dépêches adressées au pape étaient écrites avec
' Archivas di' Siinancas , cot. B. 'ii ''*. *' Ihirl. Ihid.
ÉTAT ni: P.VIUS (1572). 199
la iiuMiic joie abaiulorint'e ; le conseil se félicitait (le revlcnninatioa des huguenots rebelles à l'Kjjlise et au roi ; on appelait sur Sa Majesté les prières du Saint-Père, (^uehjues traditions rapportent que la tète sanglante de l'amiral fut envoyée comme un triomphe à Rome*. jNous «lirons bientôt les fêtes de la grande capitale catholique lorsqu'elle apprit ([ue les ennemis implacables du pape et de la messe étaient tombés victimes , sous les coups du peuple de Paris.
Kt pendant ce temps les massacres continuaient ; les halles , les métiers n'étaient [)oint rentrés dans l'ordre; on rançonnait pour la \ie. La vengeance populaire atteignait quel- (jues tièdes convictions; après avoir frappé les huguenols, on arri\ait au tiers parti : on en venait aux riches ; car si les premiers jours d'une victoire populaire, il ])eut y avoir désintéressement dans les multitudes, puisqu'elles agissent par passion , les seconds jours se réveille l'esprit de pillage , cette guerre éternelle de ceux qui n'ont rien contre eeu\ (jui possèdent; et c'estalors seulement (|ue la bourgeoisie s'alarme et qu'elle prend en main la rèsisti\nce contre la réaction.
' .Mémoires de Tlislat de France sous Charles iX, 1572.
CIIAPH RE XLIII.