PARIS JUSQU'AU 1"^ OCTOBRE
Sanction donnée à la Saint-Bariliélemy. — Séance au parlement.— Ordonniincc pour faire ccsslt les massacres. — ÎNouvelies mesures nninicipales. — Triomphe du catholicisme. — (;ou\crsion du roi de ?ia\arre et du prince de Coudé.
lo72.
Dès le 26 notît le conseil s'était dessiné, en iipjirouvant l'agitation désordonnée et sanglante du catholicisme. Tont entier lié a riiotel-de- Ville et à la bourgeoisie , Charles IX allait en suivre la grande inipulsion. Kentré au château,
tOVF.USlON DES rRl>ŒS (1372). 201
il fit ajipcler lo roi de Navarre et le prince de (ioiulé, et avec des yeux eourroueés il leur déclara « ([lie tout s'ctoit faict par ses ordres dans les dernières journées, et que s'ils avoient esté csparfjnés . ils dévoient en rendrej^ràce auv liens de parenté et d'alliance qui les unis^oient entre eux : au reste . leur dit-il , je nai pas oublié les maux que l'admirai m'a causés , ni ceux (|ue vous ave?, vous-mcsmes occasionés en vous mettant à la tcte des rebelles pour me faire la {guerre: je veux bien me persuader que vous ne vous estes ainsi comportes (jue par les conseils de Coligny et de ses adbérens. Je vous déclare (|ue je ne veux pas qu'il y ait dans mon rovaume d'autre reliji;inn que celle de mes prédécesseurs ; déclarez donc si vous estes disposés à m'obéir ; autrement vous devez vous atteiulrc à subir les mêmes peines dont on vient de punir tous ceux qui sont dans vos raesmes opinions.! Henri de Béarn fit une réponse évasive et demanda du tenq)s ; le prince de Condé fut plus ferme.» Pour la reli[i;i()n , répondit-il , Vostre Majesté ne peut rien me commander; a Dieu seul je dois en rendre comj>le. — Opiniâtre et rebelle, répli(jua le roy, fils aussi d'un rebelle, si dans trois jours vous ne ehan{;ei pasde conduite et de religion , je vous ferai mourir *. »
* Mémoires de Sullij. tom. t, pag. 68 ; De Tiiov , liv. m , pag. 820.
202 cn.VRLl-S IX AU PARLEMENT (1572).
Toute cette journée du 20 l'ut ainsi consacrée à la sanction haute et complctc des massacres qui d'ailleurs se continuaient dans Paris. Le roi vint au parlement acconipngné de ses frères les ducs d'Anjou et d'Alencou ci du roi de Navarre lui-nicnie, pour y tenir s<jii lit de justice. Toutes les chambres étaient réunies sous la présidence de Christophe de Thon, premier président. Le roi, d'un œil sombre, la figure animée s'écria : « Je veux que tout le moiule sçac-he que les exécutions qui ont esté commises dans ces derniers jours, ne l'ont esté que par mes ordres, afin d'crapescher l'effet d'une détestable conspiration. » Le premier président de Thou exalta la grande et merveilleuse prudence du roi qui l'avait sauvé d'un si grand danger, et l'avocat-général Guy du Faur dit : « Sire, faut-il conserver votre desdaration en nos registres j)Our .sa grande mémoire ? » Kt le roi répondit : « C'est mon intention*. — Ordonnez, Sire, (juc les massacres cessent. » Kt le roi reprit : « Je publierai un éditât à cette intention, et le parlement cognoistra désormais des crimes, lesquels ne seront plus punis par pillage et tuerie.» En sortant du parlement, un ordre du roi vint mettre un terme à la terreur qui conmiençait à gagner la bourgeoisie. On y di.sait « que Sa Majesté
'Registres du PaïK-inent, ad ami, 1572 j De Thou, lib. 1.11, pa>;. S'K'i.
ÉDIT 1)K TOLRUANCî: (1572). 203
ctoit bien aise de faire roffnoistrc à tous ses subjccls la cause et inotil" de la mort de l'admirai ef de ses complices; car ee iaict pourroil eslre desgiiist' aulreiiient ({iiil n'est. Sa M.ijcslé déelarc doue (jue ec (jui est ainsi advenu a esté par son exprès connuandeuient, et non pour aucune cause de contrevenir à ses édiets de pacification qu'elle a toujours entendu comme veut encore observer et entretenir, mais .seulement pour obvier et prc- \enir l'exécution d'une malbeureusc et détestable conspiration faicte par ledict admirai ([ui en esloil L' chef, et par ses complices contre la personne dudict seigneur roy et contre l'Kstaf; plus, contre la roync-mère, M31. ses frères, le roy de Navarre, princes et seigneurs estant près d'eux* . Pour- (juoi Sa Majesté fait sçavoir a toutes personnes quelconques de la religion prétendue reformée, qu'elle veut et entend (ju'ils puissent vivreen toute sûreté avec leurs femmes, enfans et familles, tout ainsi qu'ils ont fai«'t j)ar ci-devant, d'après les édicls de pacification; défendant très-expressément à tous
' Dt'claraiiDii du mi, de la cotise et occasion de la mort de M. l'adn.iral et aulrcs adlu'reiis cl complices, adNcnuc en reste >ille de Taris , le 24 anut 1.572, avec 1res eviircsses défenses a tous jentilsliommes et autres de la religion préleiidiip réformée, de ne faire assemblée ny presches pour queliiuc occasion que ce soit. Paris, Frédéric Morel , imi>iiincur du roi, 1572.
•204 PROIIIDITIOIS DES PRÊCHES (1572)o
!i'-ouverncnrsct1ioutciinns-;i;éiiérauxouàtousautrcs justiciers (rattcnU'i- ni de rien entreprendre eontre eux, sous peine de la vieaux délinquans. »
Toutefois dans cet edit on prohibait, sous peine de confiscation de corps et de biens , à tous ceux de ladite religion « de tenir assemblée pour quelque occasion que ce soit , jusqu'à ce qu'il ait esté pourvu à la tranquillité du royaume; comme aussi nul ne devoit être assez hardi pour arrester quelque personne que ce soit sans le cojumandement dudict seigneur roy ou de ses odiciers, ni de courir et prendre par les champs et métairies aucuns chevaux, jumens, bœufs, vaches et autre bestail , biens, fruits ni grains quelconques, ni de faire aucun mal aux laboureurs. Et aussi défendons à tous ceux qui auroient des prisonniers pour le faict de la religion réformée, de prendre aucune rançon d'eux mais d'advertir incontinent les gouverneurs des provinces des noms et qualités desdicts prisonniers; lesquels Sadicte Majesté ordonne les relaschcr et mettre en liberté , si ce n'est des chefs qui ont eu commandement pour ceux de la religion, ou qui aient faict des pratiques, menées pour eux, lesquels pourroient avoir cognoissancc de la conspiration susdite , auquel cas en advertiront Sa Majesté |)0ur sur ce leur faire entendre sa volonté *. » Le
• Carton inss. do roiUaiiieu , Bibl. royale, 1572.