‹ Histoire de la réforme, de la Ligue, et du règne de Henri IV (volume 2)Chapitre 60 sur 113 · CAUSES DES MASSACRES · texte numérisé non relu

CAUSES DES MASSACRES

envoyés secrets et catholiques soient accourus en toute hâte pour annoncer aux provinces la bonne délivrance de Paris, et inviter les autres villes à l'imiter. Mais quand on a écrit l'histoire de cette époque, on a parlé d'ordres secrets, de nobles léponses de qucUiucs gouverneurs , et particulièrement du vicomte d'Orlhe. Je le dis ici haut , la pièce citée par Voltaire a été supposée ; on aurait pu s'en apercevoir au style de cette pièce, assez semblable aux protocoles phi-

fle la nouvelle religion et se contiendront douremenl au dedans de vostre {gouvernement soient par vous maintenus et conserves en toute sùrelé sous ma protection et sauvegarde , sans qu'il leur soit faict en leurs personnes , biens et facultés, aucun trouble ny empeschement. Ce néanmoins j'ay esté adverli qu'il s'est faict beaucoup de saccagemens et pilleries de maisons de ceux de ladicto nouvelle religion, tant aux champs qu'aux villes , sous couleur de l'esraolion advenue à Taris, le 24 du mois passé, chose qui m'est infiniment desplaisant et désagréable et à laquelle je désire estre pourvu. Mon cousin , vous protégerez fous ceux qui se contiendront doucement. » Ce qu'on demandait, c'était l'abjuration surtout. — Le 22 septembre 1572: « Mémoire envoyé par le roy à tous les gouverneurs et lieutenans de ses provinces pour destituer et démettre de leurs estats et charges tous ceux de la religion, encore qu'ils la voulussent abjurer, réservé ceux ([ui sont pourvus de mesmes estats et ofTices auxtiuels Sa Majesté permet de continuer leursdicU estats, pourvu qu'ils abjurent ladicle religion. « Fonta- BIEl'. Jd.

MASSACRES A MEAl'X (1572). 217

losophiqucs du siècle de Louis W . 11 \ eut sans doute des gouverneurs qui empêchèrent les émo- (ions populaires, qui sauvèrent les victimes de la réaction : le vicomte d'Orthe à Bayonne , le comte de Tende en Provence , de Gordes en Dauphinc, Chabot-Charny en Bourgogne, Saint- Herem en Auvergne, de La Guiche à Miicon , furent de ce nombre ; ils firent alors ce que les âmes fermes et élevées font toujours en révolution ; ils s'opposèrent aux excès des masses. Mais en tout ceci il n'y eut rien d'écrit , rien de répondu, parce qu'il n'y eut rien de commandé.

Ce fut à Meaux que la nouvelle de la Saint- Barthélémy retentit d'abord; à Meaux, le berceau de l'hérésie en France. « On commença par piller les maisons de ceux de la religion , enlevant seulement le plus beau et le meilleur. Partant , la multitude se porte au marché d'où s'estoient enfuis tous les hommes: là ils se ruèrent sur les femmes et eu ma.ssacrèrent vingt-cinq ou environ. Les prisons estoient pleines de prisonniers ; pour s'en défaire, les massacreurs s'acheminèrent es dites prisons , avec espées , dagues et grands cousteaux , et en massacrèrent deux cents et davantage ; le greflier du bailliage , iV'icolas Macier ; Jean Adam , sergent au chastelet de Paris, un grand nombre d'artisans parnn lesquels un vieil homme nommé le père Adam; m. 19

218 MASSACUES A SENLIS, A ORLÉANS (1572).

vognu de tous, qui estoil peigiieur de laines*. A Senlis, les mêmes scènes se rej)roduisirent. Or- | lénns avait vu souvent des prêches s'élever et la cène dans ses églises ; il y avait là deuv populations haineuses : elles éclatèrent en armes:» La nuici du mardi 26 aoust, les massacres commencèrent à l'cntourdes remparts, d'unesi estrange façon , que les plus barbares du monde eussent eu horreur et compassion. Il y avoit en tous ces quartiers-là fort grand nombre de ceux de la religion. Toute la nuict on n'entendit que coupa d'arqu cbou7.es et pistoles , brisement de portes et fenestres , cris espouvantables de ceux que l'on massacroit ; le lendemain matin lesdicts massacreurs reconunencèrcut plus cruellement , continuant jusques à la fia de la semaine. Quant au nombre des occis , les meurtriers se sont maintefois vantés d'avoir faict mourir plus de douze cents hommes , item environ cent cinquante femmes , et grand nombre d'enfans. Plusieurs hommes doctes et vertueux sont demeurés estendussur la place et cruellement uunirtris à coups d'espieux et de hallebardes **. » Rouen , tour a tour au pouvoir des hérétiques et des orthodoxes ,

* " Massacre de coix de. la religion à Meaux en IJrie. ■> 1572 (Brochure).

"".Massacres de ceux de In rclif^inn ii Orléans.» 15/2 ( Brochure ).

MASSACKtS A KOL'K> (1572). UI'J

s'était déjà prononcée pour le (Mlliolicisme ; sa population était sympathique avee les halles de Paris ; elles étaient en rapport de chartes et de correspondances ilirigées par le même esprit. Deux fois les huguenots avaient été menacés d'un massacre général ; naguère plusieurs avaient été victime d'une émotion populaire et jetés dans la Seine. « Quand donc arriva à Rouen les nouvelles de Paris , tous les mesmes mutins desgaisnèrent les cousleaux. Les plus sages d'entre ceux de la religion , prévoyant le prochain danger, s'estoient retirés hors la ville , les uns en leurs maisons , aux champs ou chez, leurs amis, et les autres droit en Angleterre ; on emprisonna donc ceux qui estoient restés. Le I T** de septembre ,1e massacre commença: les portes furent fermées, et par les carrefours de la ville on posa des gens armés pour obvier à tous accidens. On commença par en massacrer soixante ou environ ; la pluspart furent assommés ; les autres estoient acconnuodés à coups de dague ; à la longue, les jours suivans , l'on tient que les mas.sacreurs en ont faict mourir plus d(; •ents , y comprenant plus de cinquante fenii ; et tous gens doctes et éloquens ; beaucoup vicils . malades de gouttes et paralyti([ues*. »

• Massacres a Rouen . a\cc h- rooir de plusieurs innssn- •s, (ant lioniincs fjnc fcniinns. • MiT'l ( rirochiire).

220 MASSACRES A LÏO> (1572).

Et à Lyon, sous M. de iVïaiidelot, combien l'émotion dut être plus formidable * ! La grande et pieuse cité avait subi , à deux reprises , la violente domination de la ihàtellenie montagnarde du Dauphiné et des paysans du Rhône; la cathédrale portait encore l'empreinte du marteau iconoclaste; SCS comtes, chanoines de Saint-Jean, avaient été chassés par les huguenots ; Notre-Dame de Fourvière était dépouillée de ses ex voto : quel esprit de vengeance ne devait pas animer cette population ? En lisant attentivement la correspondance de Mandelot, gouverneur de Lyon, on aperçoit le mouvement qui se prépare et l'on s'explique la réaction lyonnaise. « Dès qu'on eut advertissemensà Lyon du massacre faictà Paris**, les portes de la ville lurent fermées et les gardes d'icelles renforcées, les corps-de-garde posés aux deux descentes du pont de la rivière de Saône.

' La correspondance originale de Mandelot avec le roi existe encore en manuscrit à la Bibliothèque royale; elle a été publiée en partie par M. P. Paris, 1830. J'ai trouvé une pièce sous la date du 27 janvier 1572 : « Lettres-patentes (lu roy envoyées à M. de Mandelot, par lesquelles ii est faict comiuandeinent à tous estran;;ers sans aveu et (jui n'exercent art ny profession , que dans huit jours ils ayeut â sortir et vuider ladicte ville. » Bibl. du Roi, rec. de pièces in- 8» coll. "■^'^/^ pièce 6.

Quelques jours avant, un envoyé catholique de Paris ;i\ail en une conrérence avec Mandelot.

MASSACRFS A LYO> (15-;2). 221

Ceux (Je la religion qu'on Irouvoit par les rues estoient menés en j)rison, ce qui fut cause que «•hascun se retira chez soi. Bientost on commença à les rechercher par les maisons, les tuant à quelques coins des ruesàcoupsde poignard, ou bien les jetant dans l'eau. M. Jacques Langlois, ministre, homme éloquent, de bon scavoir et grande piété, fit tué d'un couj) de hallebarde en l'estomach. Lesamedy îlO'", on ouyt à la nuict des cris et voix lamentables tant de ceux qu'on massacroit dans les maisons, que des autres demi-morts qu'on traisnoit à la rivière, et principalement les cris horribles des femmes et petits enfans fendoient le cœur à ceux qui avoient tant soit peu d'humanité. Finalement dixhuit cents hommes, et davantage furent meurtris en si bref csj»ace, dont bon nombre estrangléset estrangemcnt chapplés *. ■ Il y eut aussi un massacre horrible de prisons: le peuple fut barbare, comme il l'est toujours dans les réactions Ce peuple avait vu les huguenots deux fois maîtres de la cité; il considérait ces gentilshommes du ûaupliiné comme des vainqueurs. Ksl-il étonnant que, lorsfjue la nouvelle de la Saint-Barthélémy .irriva , quand on sut que Paris s'était débarrassé (le la chevalerie méridionale, les catholiques de

' • Massacres de ceux de la religion en la \ille de Lyon , <i\cr le dénombrement par ordre de l'alphabet , de qucl- (liics-uns qui furent lors lues. >■ 1572 ( Drocbure).

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